En temps normal, Hugo Houle aurait ronchonné un peu. Quinze degrés, de la pluie, ce n’est pas l’ordinaire de Monaco. Après avoir été cantonné dans la principauté pendant près de deux mois, cloisonné dans son appartement presque 24 heures sur 24, ce n’était cependant pas le moment de se plaindre.

Simon Drouin Simon Drouin
La Presse

Lundi, le cycliste a pu prendre un premier bol d’air depuis le confinement strict imposé le 18 mars au début de la pandémie.

Les Monégasques avaient eu droit à un premier relâchement des mesures sanitaires la semaine dernière. Houle en avait profité pour faire quelques tours sur le territoire de 2 km2. Les feux de circulation ont beau être rares, la côte de l’hôpital comparable à la voie Camillien-Houde, le plaisir de pédaler dans l’endroit le plus densément peuplé au monde a ses limites.

Il était donc retourné à son simulateur sur le balcon, jusqu’à sa sortie de lundi dans l’arrière-pays de Nice. Il ne s’est pas trop énervé : trois heures, deux cols, 74 km, une averse au milieu. « Je roule pas vite ! » a-t-il lancé quelques heures plus tard.

PHOTO TIRÉE DU COMPTE INSTAGRAM @HUGOHOULE

Hugo Houle à l’entraînement sur son support intérieur, alors qu’il était encore au Québec.

En réalité, il était bien heureux de son coup de pédale sur le col d’Èze et dans la montée vers La Turbie, avec un retour par Menton, près de la frontière italienne.

« Faire du rouleau, ce n’est pas pareil. La liberté, les roues sur le bitume, retrouver tranquillement les réflexes. C’était surtout de renouer avec les sensations d’avant le confinement, quand je grimpais. J’ai été agréablement surpris de voir que la forme était encore très bonne. […] Sans trop pousser aujourd’hui, je sentais que la base est excellente. Ça va être relativement simple et rapide de revenir à un très bon niveau. »

Parti tôt, le membre de l’équipe Astana a roulé seul, sans croiser l’un des 50 cyclistes professionnels qui résident comme lui à Monaco. Comme dans toute la France, ils sont tenus de circuler à 10 mètres l’un de l’autre et ne peuvent dépasser un rayon de 100 km autour de leur domicile. Signe que les gens avaient hâte de sortir, le Québécois a noté que le trafic automobile avait repris son cours normal.

Houle a été impressionné par la façon dont ses concitoyens ont respecté le confinement jusque-là. Comme dans les pays européens les plus touchés par la crise de la COVID-19, ils ne pouvaient quitter leur résidence que pour un maximum d’une heure par jour et ne devaient s’en éloigner de plus d’un kilomètre. Une attestation n’était pas nécessaire comme en France, mais les contrôles policiers étaient fréquents.

« Ça ne m’a pas paru si long. J’ai de la misère à concevoir que ça fait deux mois qu’on n’est pas sortis. Je ne recommencerais pas, c’est sûr, mais ça s’est bien passé, étape par étape. Il y avait des moments où je trouvais ça plus long, mais je n’étais ni triste ni malheureux. J’étais en bonne compagnie avec ma copine. On s’est plus vus durant le confinement que l’année dernière ! C’était bien agréable. »

Depuis le début de sa carrière, l’athlète de 29 ans ne se souvient pas avoir vécu « deux mois au même endroit sans bouger ». Il en a profité pour refaire le plein d’énergie et perfectionner son italien, deuxième langue de son équipe kazakhe : « Je dois pouvoir commander ma gelato ! »

Sur le plan physique, il a fait preuve de discipline, sans pousser la note en passant six ou sept heures sur le simulateur, comme certains de ses collègues. Une épreuve virtuelle ici et là, un peu de musculation et le maintien de son poids lui permettent d’envisager une reprise sereine des courses en août.

« On aura trois mois sur la route pour retrouver notre pic de forme, il n’y a pas de stress, c’est un très bon délai », juge celui dont le dernier départ remonte à Kuurne-Bruxelles-Kuurne, le 1er mars.

À moins d’un changement, Houle s’attend à conserver son programme original, avec un retour au Critérium du Dauphiné et une deuxième participation au Tour de France, prévu du 29 août au 20 septembre. Pour la suite, il ne sait pas encore s’il fera la Vuelta (20 octobre-8 novembre) ou s’il s’alignera sur les classiques ardennaises et flandriennes, dont l’ordre traditionnel a été inversé dans le nouveau calendrier.

Écoulant la première année d’un contrat de trois ans, l’athlète de Sainte-Perpétue a subi une coupe salariale de 30 % sur trois mois, comme l’ensemble de ses coéquipiers d’Astana. Un moindre mal en ces « circonstances exceptionnelles », tempère-t-il, soulignant que les commanditaires ont également bénéficié d’une réduction de 30 % de leurs engagements.

« Il y a des gens qui sont beaucoup plus affectés que moi, qui perdent leur job et vivent des situations très difficiles. Moi, je suis assis dans mon divan à attendre la fin du confinement. Ce ne sont pas de grands problèmes. »

Propriété d’un conglomérat d’entreprises étatiques, la formation Astana a été particulièrement frappée par la chute du prix du pétrole et la dévaluation de la monnaie kazakhe, relevait son directeur général Alexandre Vinokourov en entrevue au site internet cyclismactu.net. Ce dernier croit que son équipe et d’autres disparaîtront si des courses n’ont pas lieu.

« L’avenir nous le dira, mais de ce que j’ai entendu, on n’est pas en danger par rapport à ça, a commenté Houle. Après, c’est évident que les partenaires voudront une reddition de comptes. S’ils payent un an et qu’on ne fait rien, je ne connais pas les ententes à ce moment-là. Je n’y peux pas grand-chose. »

Pour l’heure, il n’a qu’à enfourcher son vélo et à écraser les pédales. Le soleil doit revenir mardi à Monaco.

Des réserves sur les GPCQM

Ne comptez pas sur l’équipe Deceuninck-Quick-Step pour s’engager avec le plus d’enthousiasme sur les Grands Prix cyclistes de Québec et de Montréal (GPCQM), s’ils ont lieu tels que programmés en septembre. Tout en leur lançant des fleurs, le directeur général Patrick Lefevere, l’un des plus influents du peloton, a exprimé de grosses réserves sur l’idée de les présenter en même temps que le Tour de France et Tirreno-Adriatico. « Je n’ai rien de mal à dire sur les courses canadiennes — elles ont donné un nouveau souffle au cyclisme à l’époque, tant sur le plan de l’internationalisation que de l’organisation, a-t-il écrit dans sa colonne hebdomadaire publiée dans le Het Nieuswblad et relayée par cyclingnews.com. « Mais ont-elles leur place dans le calendrier cette année ? On ne devrait certainement pas parler du Tour de Guangxi — ce sera une obligation pour les coureurs encore plus que d’habitude. » À méditer pour le président des GPCQM, Serge Arsenault.