Transi par le froid et la pluie, Michael Woods n’a pu se faire justice aux Championnats du monde dans le Yorkshire, où il a abandonné il y a 10 jours. Vive déception pour le médaillé de bronze de l’année précédente, qui s’était préparé avec le sérieux d’un moine dans les montagnes de Sutton et du Vermont.

Simon Drouin Simon Drouin
La Presse

Le cycliste d’Ottawa a connu une autre déconvenue, mardi, aux Trois Vallées Varésines, classique italienne remportée par David Veilleux en 2012. Alors qu’il se destinait à batailler pour la victoire, Woods et un groupe de meneurs sont sortis de parcours en suivant une moto de télévision dans une déviation. Le temps de réaliser l’erreur, le peloton était déjà passé.

Ce n’était que partie remise. Quatre jours après une deuxième place annonciatrice au Tour d’Émilie, Woods a gagné la 100e présentation de la classique Milan-Turin, hier.

C’est la plus grande victoire de ma carrière dans une course d’un jour. J’en suis vraiment fier. C’est grâce au dur travail réalisé par mon équipe aujourd’hui.

Michael Woods, à la télévision locale

Woods ne l’a pas volée. Initiateur du coup gagnant au bas de la Superga, côte décisive franchie à deux reprises dans le final, le représentant d’EF Education First a multiplié les attaques dans les cinq derniers kilomètres. Il s’est imposé devant Alejandro Valverde, celui qui l’avait battu l’an dernier aux Mondiaux d’Innsbruck.

Cette fois, le Canadien n’a pas attendu le sprint final, sortant l’Espagnol de sa roue avec 400 m à faire, en route vers l’un des plus importants triomphes de sa carrière après son succès d’étape l’an dernier sur la Vuelta.

Parmi les autres victimes des à-coups de Woods : l’Australien Adam Yates, troisième à cinq secondes, le Colombien Egan Bernal (6e à 10 s), champion du Tour de France, et David Gaudu (5e), rival le plus tenace qui n’a pas ménagé ses efforts lui non plus.

« Dans le final, on était tous à la rupture, a relaté le jeune grimpeur français. Ça s’est joué à la jambe et à l’acide lactique dans les 500 derniers mètres. »

Pendant un moment, Woods s’est demandé s’il n’en avait pas trop fait dans la dernière ascension de cinq kilomètres. Le rusé Valverde, 39 ans, avait su profiter du travail de Bernal pour revenir sur la tête de course, et Yates pouvait compter sur Jack Haig, son coéquipier de Michelton-Scott. Les Astana d’Hugo Houle étaient aussi en nombre avec Jakob Fuglsang (8e) et les deux frères Izagirre (Ion 11e, Gorka 15e).

« Je crois cependant que mon instinct était le bon, a analysé Woods. J’ai attaqué [à 3,7 km] après que Fuglsang a fait un long relais. Oui, j’ai attaqué souvent, mais j’ai le sentiment que cette montée favorise les gars qui ne cessent d’attaquer. »

PHOTO MARCO BERTORELLO, AGENCE FRANCE-PRESSE

« C’est la plus grande victoire de ma carrière dans une course d’un jour », a dit Michael Woods.

À sa première saison dans le World Tour, en 2016, l’ex-coureur à pied avait pris le deuxième rang de la même épreuve, battu par le Colombien Miguel Ángel López. Disputée pour la première fois en 1876, Milan-Turin est la plus vieille course d’un jour du calendrier professionnel. Sans avoir le prestige du Tour de Lombardie, l’un des cinq « monuments », elle a connu un regain depuis sa relance en 2012, sacrant quelques grands noms comme Alberto Contador et Thibaut Pinot l’an dernier.

Paulo Saldanha, entraîneur de Woods, est persuadé que son protégé a été motivé par son coup de malchance de la veille aux Trois Vallées. « Sa victoire s’est mise en place un peu à cause de ça, a noté l’entraîneur québécois. Il n’était pas tellement content. Il voulait leur montrer qu’il était en bonne forme. »

Après ce sacre et son deuxième rang au Tour d’Émilie derrière le Slovène Primož Roglič, Woods s’annonce comme l’un des prétendants, samedi, à l’Il Lombardia, où il avait terminé 13e en 2018.

« Certainement, je dois être considéré comme l’un des favoris maintenant, mais je crois toujours que Primož Roglič est le gars à battre. Il était tellement fort à Emilia, tellement fort aussi aux Trois Vallées Varésines [1er]. »

Hier, dans les hauteurs de Turin, Woods était le plus costaud.

Hugo Houle : « Son jour de gloire »

Hugo Houle a appris la victoire de son compatriote Michael Woods en voyant son nom affiché en haut du tableau quand il a franchi la ligne d’arrivée au 39e rang. « Je suis très content pour lui », a indiqué le Québécois d’Astana, qui a placé ses meneurs Fuglsang et Izagirre au pied de la dernière montée de la Superga. « Il a travaillé fort pour se faire valoir aux Mondiaux et il n’a pas pu à cause d’un coup de froid. Au fond de lui, il savait qu’il était prêt. Il avait déjà très bien performé au Giro dell’Emilia. Il a presque réussi à suivre Roglič, qui était juste phénoménal. Aujourd’hui, c’est son jour de gloire. Ça fait longtemps qu’il tourne autour. Ça montre qu’il est capable de grimper avec les meilleurs. C’est très impressionnant. Même mes coéquipiers m’ont dit qu’il était très fort dans le final. » Libéré des maux d’estomac dont il avait souffert la veille aux Trois Vallées Varésines, Houle conclura sa saison au Tour de Lombardie, cinquième monument dont il prendra le départ depuis le début de sa carrière.