Après une année difficile, la médaillée de bronze des Mondiaux juniors de l’an dernier est prête à se relancer

Simon Drouin Simon Drouin
La Presse

Pour la première fois de sa carrière, Simone Boilard n’a rien gagné cette année. Enfin, rien gagné sur un vélo.

« Je pense que j’ai eu de plus grandes victoires encore que sur un vélo. Des victoires personnelles. J’ai appris à me connaître, à me faire confiance, à écouter ma petite voix qui dit : “Ça ne va pas, il faut que je prenne une pause.” »

Un an après sa médaille de bronze à la course sur route junior des Championnats du monde d’Innsbruck, la cycliste de 19 ans revient de loin. D’un voyage au bout d’elle-même, dont elle a parfois douté de pouvoir rentrer.

« J’avais l’impression d’aller vite, vite, vite, mais dans une direction opposée à tout le monde », a-t-elle expliqué plus tôt cette semaine, à sa première entrevue depuis qu’elle a raconté son année difficile à la collègue Audrey Lemieux, sur RDS.ca. « Et il n’y avait pas de frein. Je faisais juste avancer sans trop poser de questions. La pause m’a vraiment permis de retrouver des freins, de faire demi-tour, et d’essayer de trouver mon chemin. »

Simone Boilard n’a pas couru depuis le 7 avril, date à laquelle elle a abandonné la Joe Martin Stage Race, présentée en Arkansas. Des tensions au dos lui causaient de l’inconfort. Mais le mal était plus profond.

Avec le recul, elle peut dire que son malaise a pris racine à Innsbruck, lieu de son plus beau succès sportif. Sa huitième place, un an plus tôt en Norvège, avait allumé « une flamme incroyable ». Elle rêvait de devenir championne mondiale.

Avec Christine Gillard, son entraîneuse de toujours, elle s’est soigneusement préparée, arrivant en Autriche en pleine possession de ses moyens. Cinquième du contre-la-montre, elle s’est distinguée à l’épreuve sur route sur un parcours sélectif. Mission accomplie. Elle a quand même eu un pincement en voyant l’Autrichienne Laura Stigger revêtir le maillot irisé sur le podium.

PHOTO FOURNIE PAR ROB JONES

Simone Boilard a terminé troisième à l’épreuve sur route des Mondiaux juniors 2018, présentés à Innsbruck, en Autriche.

Des doutes ont commencé à l’envahir. Déjà après le chrono, des gens lui disaient qu’ils auraient pu l’aider à adopter une position plus aérodynamique, qui l’aurait fait gagner (elle a fini à 24 secondes de la médaillée d’or). D’autres lui faisaient regretter son inexpérience des courses européennes, ses limites techniques en descente ou dans les virages, son incapacité à exploiter son sprint dans la dernière ligne droite.

« Je me suis demandé quelles opportunités j’avais manquées. J’avais une super belle équipe autour de moi, un bon soutien. Qu’est-ce que je ne faisais pas correctement ? Ça a tourné plus négatif que positif. »

Des équipes européennes l’ont approchée, mais elle a accepté une offre de la formation américaine Sho-Air TWENTY20, prête à la suivre dans son développement. Elle s’est lancée tête baissée dans sa nouvelle carrière, s’inscrivant au cégep à distance pour passer l’hiver à s’entraîner en Arizona. « Ça m’a causé beaucoup de soucis. Être ma propre professeure, gérer mon horaire, mes échéances. »

Boilard devait aussi composer avec son nouveau statut de professionnelle, soigner ses relations, trier les invitations, s’improviser agente. « Je me suis un peu perdue dans tout ça. »

Premier signal d’alarme

Sur le vélo, elle a mis les bouchées doubles, essayant de nouvelles recettes, observant comment ses collègues plus aguerries se comportaient. Sur papier, ça fonctionnait. Elle a pris le quatrième rang du contre-la-montre initial de la Classique Redlands, à moins d’une minute de sa coéquipière Amber Neben, double championne mondiale de la discipline.

J’avais de bons résultats, mais ce n’était pas les sensations physiques que je connaissais. C’était comme une “moi” différente. J’étais vraiment toute mêlée.

Simone Boilard

Son abandon à la Joe Martin en Arkansas a été un premier signal d’alarme. Elle a annulé un stage en altitude pour rentrer à la maison à Québec. Elle était méconnaissable : fatiguée, perturbée, anxieuse.

Elle ne voyait qu’une solution : se botter le derrière et redoubler d’efforts. Mais le cœur n’y était pas. Après 10 coups de pédale, des crises d’anxiété la paralysaient. À tel point qu’elle priait sa mère de rester avec elle à la maison.

« Elle me demandait ce qui me stressait. Tout ce que j’arrivais à lui dire, c’était : “Y a des monstres dans ma tête.” »

Elle tentait de les chasser en pédalant, de les oublier en écoutant de la musique. Un jour, elle a grillé un feu rouge et a été renversée par une auto.

« Je ne faisais pas du tout attention à ce que je faisais. Il y a eu beaucoup plus de peur que de mal. Je m’en suis sortie avec une commotion. Mais là, je me suis dit : “Il faut vraiment que je prenne une pause. La prochaine fois, ce sera un autobus.” »

Ses grands objectifs de la saison approchaient : Tour de Gila, Tour de Californie et Championnats canadiens. L’anxiété a laissé place à la tristesse et à la déprime. « J’avais de la misère à juste faire mes journées, à me lever le matin. C’était vraiment horrible. »

Sa mère l’a accompagnée chez le médecin pour dresser un vrai portrait de la situation. La cycliste est sortie de la consultation avec une ordonnance prescrivant une pause complète d’école et de vélo.

Le plus dur a été de prévenir son équipe. Sa directrice Nicola Cranmer a offert un appui inconditionnel à sa plus jeune coureuse : on croit en toi, on ne va pas te laisser tomber. Soulagée, elle s’est quand même sentie « lâche ». « Quelques mois plus tard, je vois plus ça comme un acte de courage, parce que ça m’a pris tout mon petit change pour [m’arrêter]. »

Le « déclic »

D’un commun accord, Boilard a pris ses distances avec son entraîneuse Christine Gillard, qui la connaît depuis qu’elle a 3 ans. Elle a profité de la vie, voyagé en famille, laissé sa mère lui cuisiner ses plats favoris (« n’importe quoi avec de l’érable ! »). Elle a demandé à Charles Castonguay, l’ancien préparateur d’Alex Harvey, de lui donner un plan tout léger : yoga, randonnée, un peu de vélo.

Elle a suivi son copain, le cycliste Nickolas Zukowsky, sur quelques courses, où il a cartonné. Elle s’interrogeait sur son avenir sportif. Arriverait-elle un jour à retrouver son meilleur niveau ? Il lui a assuré que oui.

Le « déclic » est survenu à la fin août quand l’entraîneur chevronné Pierre Hutsebaut, qui accompagnait Zukowsky au Tour de l’Avenir, l’a appelée. Il était prêt à la prendre sous son aile, à gérer tous les aspects de sa carrière, à devenir son « bodyguard », selon l’expression du coach. « Pierre est convaincu que ça va marcher, ça me donne un peu confiance. »

Simone Boilard a retrouvé le sourire, commencé à étudier au cégep de Limoilou, à deux pas de la maison. Toute la semaine, elle a suivi les Mondiaux dans le Yorkshire, avec « des papillons dans le ventre ».

Pour moi, c’est l’essence du vélo. Il y en a pour qui c’est les Jeux olympiques, le Tour de France, moi, c’est les Championnats du monde.

Simone Boilard

« Je trouve ça fabuleux de réussir à être à son sommet physique et psychologique pour une journée en particulier. »

Sa coéquipière américaine Chloé Dygert Owen, un prodige de 22 ans, a démoli la concurrence au contre-la-montre élite. Celle-ci n’avait pas touché à son vélo pendant six mois après ses deux titres juniors en 2015. Elle échange régulièrement avec la Québécoise, lui conseillant de s’entourer d’une équipe solide et de s’engager « à 100 % » si jamais elle décide de reprendre la compétition.

« De la part d’une légende comme elle, c’est tellement inspirant. J’ai encore de grands rêves. Je regarde ce que Chloé a fait : qui ne serait pas allumé par une performance comme celle-là ? Je me suis dit : “Je ne peux pas arrêter.” Crime, j’ai encore trop la volonté d’être à ce niveau-là pour dire que ma carrière est terminée. » Voilà déjà une première victoire.

« Nous pouvons être fières de notre course », dit Canuel

Karol-Ann Canuel estime que « toute l’équipe canadienne peut être fière de ce qu’elle a accompli » à la course sur route élite d’hier, dans le Yorkshire, au Royaume-Uni, aux Championnats du monde de cyclisme sur route. La Québécoise Gabrielle Pilote-Fortin, les Albertaines Alison Jackson et Sara Poidevin ainsi que la Britanno-Colombienne Gillian Ellsay sont les autres représentantes de l’unifolié à avoir pris part à la compétition. La Néerlandaise Annemiek van Vleuten a remporté la médaille d’or avec un chrono de 4 h 6 min 5 s. Sa compatriote Anna van der Breggen, coéquipière de Karol-Ann Canuel chez Boels-Dolmans, a décroché l’argent. L’Australienne Amanda Spratt a complété le podium. Alison Jackson (+ 5 min 20 s) a été la plus rapide de la formation canadienne, prenant le 16e rang, tandis que Sara Poidevin (+ 5 min 38 s) a terminé la course de 149,4 km au 42e rang. Canuel l’a suivie de près, au 46e échelon, à 5 min 51 s de la gagnante. Aujourd’hui, les Québécois Hugo Houle, Antoine Duchesne, Guillaume Boivin et James Piccoli seront en action, à l’occasion de la course sur route chez les élites. — Sportcom