Après un premier Tour de France où il a brillé, Hugo Houle signe un nouveau contrat de trois ans avec Astana, dont il est devenu un précieux lieutenant.

Simon Drouin Simon Drouin
La Presse

Hugo Houle avait causé une surprise en s’engageant avec l’équipe kazakhe Astana en 2017. Le cycliste québécois s’apprêtait alors à quitter AG2R La Mondiale, formation française dans laquelle il semblait parfaitement à son aise depuis ses débuts dans le WorldTour, cinq ans plus tôt.

Sa volonté de progresser et de découvrir un nouveau milieu avait motivé ce changement à l’époque. Deux ans plus tard, force est de constater qu’il a pris la bonne décision. Après un premier Tour de France où il s’est révélé dans la haute montagne, en juillet, il vient de signer un nouveau contrat de trois ans avec Astana.

Les négociations se sont déroulées sur plusieurs mois, quelques autres équipes ont cogné à la porte, mais il a toujours été évident pour Houle qu’il souhaitait « poursuivre l’aventure » avec Astana. D’autant que le patron Alexandre Vinokourov lui avait envoyé un signal en ce sens dès le printemps en marge du Tour des Flandres.

Le terme de trois ans, qui le mènera jusqu’à la fin de 2022, a été un facteur déterminant pour la conclusion de l’entente, paraphée vendredi. Les contrats d’une telle durée sont rarissimes en cyclisme sur route.

« Même Peter Sagan n’a pas ça », a souligné Houle, mi-sérieux, venu annoncer l’heureuse nouvelle aux médias sur le belvédère du mont Royal, hier après-midi. Egan Bernal, gagnant du Tour de France, est une exception avec son pacte de cinq ans avec Ineos, qui court jusqu’en 2023.

Évidemment, Houle n’aura jamais le palmarès ni le statut de ces champions, mais ce nouveau contrat témoigne de la confiance que lui voue Astana, soutenue par deux partenaires québécois, Argon 18 et Premier Tech.

Les salaires des coureurs cyclistes ne sont jamais officiellement dévoilés, mais l’athlète de 28 ans n’a pas caché qu’il bénéficierait d’une hausse considérable.

« C’est beaucoup pour faire du vélo », a-t-il résumé, conscient de sa valeur comme coureur, mais presque étonné de gagner si bien sa vie à partir d’un rêve né une dizaine d’années plus tôt dans son salon à Sainte-Perpétue.

Deuxième famille

Chez Astana, Houle a découvert une véritable deuxième famille, contrairement aux « préjugés » que certains pourraient entretenir au sujet d’une organisation kazakhe, a-t-il relevé. « En fait, ils sont vraiment comme les Québécois, super gentils, des gars de famille. »

L’esprit résolument offensif de la formation en turquoise l’a aussi convaincu de croire en ses moyens. « Ils m’ont mis en confiance, m’ont dit que j’étais capable. Ils m’ont prouvé, petit à petit, que je pouvais devenir meilleur. »

Facile d’approche, Houle n’a pas mis de temps à s’intégrer à un effectif multinational, avec un accent danois. Il s’est d’ailleurs attiré la confiance de Jakob Fuglsang, chef de file de l’équipe sur le Tour avant une chute qui a mené à son abandon. Au contact du vice-champion olympique, il a appris à mieux lire et gérer les situations de course. Fuglsang l’a aussi encouragé à perdre du poids, ce qui a eu un impact immédiat sur ses performances dans les cols cette année.

Au même titre que Fuglsang et ses six autres coéquipiers pour le Tour, Houle a bénéficié d’une préparation idéale, avec stages en altitude dans les îles Canaries, où les membres du personnel de soutien l’accompagnaient sur une base quotidienne. « Ça te met dans un bon état d’esprit. Tu sais que tu es prêt pour les courses, tu es préparé en conséquence. Tu sais à quoi t’attendre. »

Méconnu à son arrivée, le Québécois a réussi à gagner la confiance de ses dirigeants. « Hugo est un gars d’équipe précieux, toujours loyal, prêt à donner son meilleur pour le leader, a souligné Vinokourov dans un communiqué. Dans plusieurs courses, on l’a vu travailler dur pour Jakob Fuglsang ou Alexey Lutsenko. »

Hugo est un coureur sur lequel tu peux toujours compter dans n’importe quel type de course.

Alexandre Vinokourov, patron de l’équipe Astana

Vinokourov a ajouté que son protégé avait beaucoup progressé depuis deux ans, tant dans les classiques d’un jour que dans les tours. « Je crois qu’il a le potentiel d’obtenir des résultats dans les épreuves par étapes courtes, par exemple. »

Houle vient d’ailleurs d’en faire une démonstration éloquente à l’Arctic Race of Norway, à la mi-août. Il y a décroché une impressionnante cinquième place tout en servant de lieutenant principal à Lutsenko, vainqueur in extremis par une seconde devant le champion français Warren Barguil.

Il espère poursuivre sur sa lancée les 13 et 15 septembre aux Grands Prix de Québec et de Montréal, où il aura à cœur de « faire plaisir » à ses partisans, de plus en plus nombreux.