Il a 18 ans, s’appelle Francis Juneau et a un objectif très clair en tête quand on lui parle de cyclisme. « Je veux en faire ma vie. C’est mon plaisir. »

Pascal Milano Pascal Milano
La Presse

N’allez pas croire que la réponse, qui fuse comme un sprint de Peter Sagan, est une simple parole en l’air. En voici la preuve : le jeune cycliste espoir rentre tout juste au Québec après avoir passé les cinq derniers mois sur les routes de France.

Au sein d’une équipe de Division nationale 3, la Team Macadam’s Cowboys, Juneau a multiplié les épreuves, gagnant l’une d’elles au passage, et vécu un séjour fort instructif. « Ce n’est pas un tremplin [vers le professionnalisme], mais c’est une grande évolution pour ce qui est de mon coup de pédale, de l’expérience et de la gestion de course », résume-t-il.

À quelques jours de la conclusion de sa parenthèse hexagonale, nous avons joint Juneau entre deux étapes de la Ronde Nancéienne. Il nous ramène vite quelques mois plus tôt, à la genèse de ce projet. C’est l’un de ses amis, déjà passé par là, qui lui propose de l’accompagner en France. Malgré le désistement rapide de ce camarade, Juneau franchit le pas et s’installe à Dombasle- sur-Meurthe, pas très loin de Nancy (Lorraine).

Mais il a d’abord fallu présenter, et faire accepter, cette idée à sa famille. 

« Ils s’ennuient, mais ils savent que je le fais pour progresser. Je fais ce que j’aime et je suis avec des gens bien dans une bonne équipe. Je pense que c’est plus difficile pour ma famille que pour moi, même si je m’ennuie aussi. » — Francis Juneau, à propos de sa famille

Au tout début de son aventure, il a fait un mois et demi d’entraînement, dans le nord-est de la France, sous des températures frisquettes avec même de la neige sur le bord de la route. « C’était quand même mieux qu’au Québec parce que tu ne peux pas rouler avec deux mètres de neige », nuance-t-il.

Puis est venu le temps des premières courses dans un peloton où il était souvent le plus jeune. Le 31 mars dernier, lors du Grand Prix Enduiest, il s’est ainsi retrouvé en échappée avec deux rivaux qui ont deux fois son âge (35 et 36 ans). L’un d’eux, Steve Chainel, champion de France 2018 de cyclocross, a été professionnel sur route pendant huit ans.

« Je l’ai eu au sprint, relate Juneau. J’ai été très surpris parce que je ne pensais pas avoir déjà le niveau pour gagner des courses de catégorie 1. » 

« J’ai battu de bonnes équipes et de bons coureurs, mais je dois tout ça à mon équipe. Les directeurs sportifs et mon coéquipier, Dimitri Hopin, qui est aussi mon colocataire, m’ont poussé à fond. Dimitri m’a permis de mieux comprendre le cyclisme en France. » — Francis Juneau, à propos de sa première place au Grand Prix Enduiest

Depuis, il a pris le deuxième et le cinquième rang lors du Tour de Haute-Saône. Il a également conclu une manche de la Coupe de France DN3 à la 13e place. Celui qui se décrit comme un coureur « passe-partout » est évidemment très fier de ses résultats et des contacts noués. Mais il est surtout satisfait de ses apprentissages dans des pelotons de 160 à 180 coureurs.

« Ça fait en sorte que tu peux progresser en ce qui concerne le placement et l’intelligence de course. C’est plus difficile à gérer. Aussi, le rythme est plus élevé et, en fin de course, tu es moins frais que lors d’une course au Québec. J’ai aussi beaucoup appris pour ce qui est des tournants et des descentes puisque les routes sont plus sinueuses. Je suis plus à l’aise. »

Objectif : « Passer professionnel »

Grâce aux commanditaires, les équipes françaises peuvent se permettre de payer les courses ou le logement aux coureurs. Les primes, remportées lors des différentes courses, sont versées à la fin de l’année. Juneau n’est, de toute façon, pas dans une logique financière à ce stade de son parcours. « Non, je n’y pense pas trop et, à vrai dire, les primes ne sont pas immenses à mon niveau. Mon objectif était de m’améliorer pour passer professionnel. »

Malgré la distance, il a pu compter sur les commentaires de son entraîneur Pierre Hutsebaut. Ce dernier, ancien directeur des programmes de haute performance de l’Association cycliste canadienne, a contribué aux succès de David Veilleux, Hugo Houle et Antoine Duchesne.

« On se parle par Facebook. Il connaît mon calendrier de courses et il a accès à toutes mes données grâce à un capteur de puissance qui enregistre tout. Il peut connaître ma fatigue, mes heures d’entraînement, l’intensité de l’entraînement, et il peut adapter mon programme avec ça. »

Justement, parlant de programme, Juneau participera aux Championnats canadiens, au Grand Prix cycliste de Saguenay et peut-être au Tour de Beauce. Il retournera ensuite en France pendant un mois avant de finir la saison au Québec. Entre ces allers-retours, il poursuit un diplôme d’études collégiales (DEC) en architecture. « Ça rallonge mes études, mais c’est à ce moment-ci d’une vie qu’il est temps de vivre ce genre d’expérience. »