La cycliste Karol-Ann Canuel se souvient d’être en train de descendre une côte, de heurter violemment une barrière, mais de rien entre les deux.

Simon Drouin Simon Drouin
La Presse

« J’imagine que j’allais trop vite et j’ai juste glissé, suppute-t-elle. Je pensais que je ne m’étais rien cassé. J’avais seulement manqué de souffle et je m’étais aussi pété la tête. Il n’était donc pas question que je rembarque sur mon vélo. Les secouristes trouvaient que ma clavicule avait une drôle de forme. Ils ont dit : “On va quand même t’amener à l’hôpital.” OK, whatever… »

C’était le 23 mars, dans le dernier tour du Trofeo Alfredo Binda, classique italienne du World Tour féminin remportée pour la quatrième fois par la Néerlandaise Marianne Vos.

Dans l’ambulance, Canuel a commencé à ressentir de la douleur à l’épaule gauche. À l’hôpital, on lui a diagnostiqué une fracture de la clavicule. Le lendemain, à Maastricht, les médecins de son équipe Boels-Dolmans ont conclu que la blessure ne nécessiterait pas une opération puisque l’os n’était pas déplacé. Convalescence : six semaines. Certaine de rater les classiques ardennaises de cette semaine, elle est donc rentrée à Gatineau après un détour par Gérone, où elle a un pied-à-terre.

Quelques jours après son retour, elle a consulté un médecin d’Ottawa pour un suivi. Celui-ci a découvert que la clavicule avait bougé, ce qui rendait l’intervention chirurgicale inévitable. La nouvelle l’a accablée.

« Je suis vraiment émotionnelle. Ça faisait une semaine que je vivais dans la douleur. Tu es loin de chez toi, seule, ce n’est pas facile. Là, tu penses que ça s’est réparé, mais c’était pire. Dans un sens, c’est une semaine perdue. » — Karol-Ann Canuel

Opérée le 3 avril, Canuel est remontée sur le vélo d’exercice cinq jours plus tard. Mais avec le bras dans une attelle, soucieuse du moindre mouvement qui pourrait provoquer un déplacement.

Le soulagement

Au téléphone, jeudi, la cycliste originaire d’Amos avait retrouvé sa bonne humeur. Plus tôt dans la semaine, son chirurgien lui a donné le feu vert pour remettre du poids sur son épaule et commencer la physiothérapie.

« Mentalement, c’est un grand soulagement. Ça devenait difficile. Ce n’était que mauvaise nouvelle après mauvaise nouvelle. Mais je suis restée positive. J’ai pu célébrer ma fête au Canada [le 18 avril]. Je ne me souvenais plus de la dernière fois où c’était arrivé. »

À pareille date l’an dernier, Canuel avait souligné son 30e anniversaire à la Flèche wallonne, conjointement avec sa coéquipière Anna van der Breggen, née le même jour et gagnante de l’épreuve pour la quatrième fois de suite. La Néerlandaise a remis ça pour la cinquième fois mercredi.

La native d’Amos s’est contentée de jeter un œil aux résultats cette année. « J’essaie de me tenir loin, ça me fait un peu mal au cœur de regarder. Mais on a un chat avec l’équipe et j’ai vu passer les beaux commentaires. Sa victoire m’impressionne vraiment. C’est toute une athlète. »

PHOTO BENOIT DOPPAGNE, AGENCE FRANCE-PRESSE

Anna van der Breggen a terminé au premier rang de la Flèche wallonne, mercredi dernier.

Médaillée d’or olympique en 2016, Anna van der Breggen a remporté son premier titre mondial sur route l’an dernier à Innsbruck. Canuel y a connu ses meilleurs Mondiaux en terminant huitième du contre-la-montre individuel et sixième de la course sur route, après un superbe retour en fin d’épreuve.

« Ça m’a donné beaucoup de confiance en partant cette saison. J’étais vraiment en bonne forme avant de tomber. Les chiffres de puissance étaient bons et je me sentais très bien sur le vélo. Je suis un peu déçue que ce soit arrivé, mais je me dis que rien n’arrive pour rien. »

Quelques mois après son dernier accident grave, qui lui avait valu une fracture d’une nouvelle cervicale en 2014, elle avait terminé sixième au contre-la-montre des Championnats du monde, rappelle-t-elle.

Remise à niveau

Si tout se passe bien et que le beau temps est au rendez-vous, Canuel remontera en selle pour la première fois demain, tandis que ses coéquipières auront disputé Liège-Bastogne-Liège. Elle souhaite renouer avec la compétition le 16 mai au Tour de Californie, une course par étapes de trois jours pour les femmes, comparativement à sept pour les hommes, ce que la Québécoise s’explique mal.

« Ce serait parfait pour mon retour. Les routes sont larges en Amérique, ce n’est pas trop technique. Je ne dis pas que je serai en grande forme, mais ce devrait être bon pour me remettre à niveau. »

Juste à temps pour les championnats canadiens de Saint-Georges de Beauce (28 juin-1er juillet) et le Giro féminin (5-14 juillet), ses deux prochains grands objectifs.