Nous, les Québécois, comme le reste des Nord-Américains, n'aimons pas les motocyclettes de petites cylindrées. C'est du moins la conclusion qu'on pourrait facilement tirer des piètres ventes chez nous de tout modèle routier de plus ou moins 250 cc.

Bertrand Gahel, Collaboration Spéciale LA PRESSE

Comment donc expliquer que l'été dernier, les détaillants Kawasaki aient écoulé toutes leurs nouvelles Ninja 250R 2008 presque instantanément? Un phénomène d'autant plus impressionnant que la période actuelle est plutôt morose pour tout ce qui touche le créneau sportif.

La réponse est simple: il s'agit d'une bonne et d'une belle moto vendue à très bon prix. Soustrayez l'une de ces trois caractéristiques et l'intérêt s'estompe.

L'ancienne génération de la Ninja 250R était bonne et relativement bien dessinée, mais trop chère. D'autres petits modèles sont bon marché, mais complètement dénués d'intérêt autant du point de vue du pilotage que de la ligne. Aucune de ces montures n'a obtenu un quelconque succès sur notre marché.

La dernière évolution du plus petit membre de la célèbre lignée des Ninja est conçue de manière simple, mais habile. Dans le but de garder le coût du modèle aussi bas que possible, le constructeur a même reculé à certains égards. Par exemple, un cadre en acier tubulaire plus commun remplace l'ancien châssis en aluminium, tandis qu'on a préféré conserver une alimentation par carburateur plutôt que de faire le saut à l'injection d'essence. Autre fait surprenant, la puissance du nouveau modèle est inférieure à celle de l'ancien. Le couple à bas régime, lui, progresse toutefois.

Parfaite pour les débutants

Sur papier, tout semble donc pointer vers une monture beaucoup plus économique à produire - à 4249$, la Ninja 250R 2008 est offerte à environ 2000$ de moins que le modèle précédent - mais aussi potentiellement moins intéressante à piloter. La réalité est néanmoins tout autre.

Les proportions de la petite Ninja sont similaires à celles d'une sportive de 600 cc, mais la nouveauté a quelque chose de beaucoup plus accueillant, de beaucoup moins intimidant. Ultramince, dotée d'une selle inhabituellement basse pour une sportive et donnant l'impression d'être aussi lourde qu'une bicyclette, la Ninja 250R possède toutes les qualités pour mettre immédiatement à l'aise les débutants les plus craintifs.

L'une des facettes les plus étonnantes de la Ninja miniature est qu'au-delà de ces belles qualités de monture d'initiation, il s'agit d'une sportive en bonne et due forme, position de conduite très agressive en moins.

Si ses performances ne sont évidemment pas miraculeuses, elles n'en demeure pas moins parfaitement suffisantes pour suivre tout genre de circulation, ce qui inclut même un rythme rapide sur l'autoroute. Une vitesse de 120 km/h est maintenue sans problème puisqu'une bonne trentaine de kilomètres à l'heure sont alors encore en réserve, et même un peu plus avec de la patience. Bien qu'on ne puisse pas vraiment parler de souplesse mécanique, la petite Ninja produit assez de puissance à bas et moyen régimes pour ne pas forcer le pilote à étirer les rapports jusqu'à la zone rouge en conduite normale. On s'en sort même très bien en ville en passant les vitesses vers les mi-régimes. Même si le petit moulin tourne régulièrement haut et semble toujours travailler fort, ses vibrations sont très bien contenues et ne deviennent jamais gênantes.

L'une des facettes du pilotage où la Ninja 250R impressionne le plus est la tenue de route. Qu'il s'agisse des nouvelles suspensions calibrées de manière ferme, mais pas rude, des nouvelles roues de 17 pouces chaussées de gommes sportives ou de la précision de la direction, la petite Ninja se montre capable de supporter un rythme très élevé sur une route sinueuse.

Il faut avoir piloté de «vraies» sportives pour réaliser à quel point le comportement général de la 250R est authentiquement sportif. Sa direction légère mais pas nerveuse, sa grande sérénité en pleine courbe, sa stabilité sans faute, son freinage aussi puissant que facile à doser précisément, ses suspensions capables d'encaisser une cadence rapide en virage, tout y est.

Évidemment, l'aspect esthétique compte pour beaucoup dans ce créneau. Sans révolutionner quoi que ce soit, les stylistes de Kawasaki ont tout de même réussi à établir un lien de famille clair entre la ligne de la plus petite des Ninja et celle de ses grandes soeurs, ce qui semble beaucoup plaire aux acheteurs.

On trouve finalement très peu à reprocher à la dernière génération de la Ninja 250R. Il s'agit du produit «beau, bon et pas cher» que tant cherchent si souvent mais ne trouvent que si rarement. Et surtout, il s'agit d'un très honnête préambule à la conduite d'une sportive de plus grosse cylindrée.