Mal dormi, Jacques ? «Non, pas du tout», s'est-il défendu devant les journalistes attroupés à sa table. Le point de presse terminé, toutefois, le pilote québécois n'a pu réprimer un énorme bâillement.

Jean-Sébastien Gagnon
Jean-Sébastien Gagnon

Mal dormi, Jacques ? «Non, pas du tout», s'est-il défendu devant les journalistes attroupés à sa table. Le point de presse terminé, toutefois, le pilote québécois n'a pu réprimer un énorme bâillement.

«Je me suis endormi tard, disons», a-t-il confié à La Presse.

«C'est très stressant de conduire la nuit sous la pluie. On ne voit rien du tout. Je suais dans le cockpit et pourtant, il ne faisait pas chaud.»

Visiblement, le pilote québécois trouve éprouvante cette première expérience des 24 heures du Mans. D'autant qu'elle se déroule dans les pires conditions météo enregistrées depuis sept ans.

La configuration du circuit n'a rien pour le rassurer. «Je m'attendais à ce qu'on ait teint les vibreurs avec de la peinture fluorescente afin qu'on voit mieux les virages, comme au circuit Paul-Ricard, mais non.»

Et comme la piste est vaste, il faudrait une éternité pour que les secours arrivent si un incident se produisait en rase campagne.

Aussi, Villeneuve s'habitue encore à la présence de pilotes moins expérimentés, les fameux gentlemen drivers. «On a l'impression que certains conduisent avec le nez collé dans le pare-brise», dit-il, ne blaguant qu'à moitié.

Son truc ? Il signale systématiquement son approche par un appel de phares. On imagine l'effet que produit une voiture de course d'une tonne et 700 chevaux lorsqu'elle vous dépasse sous la pluie à 300 km/h...

Et Villeneuve, même s'il n'y voit rien, ne lève jamais le pied, comme en témoignent ses temps, proches de la pole, enregistrés mercredi.

Peugeot a dévoilé hier que c'est Sébastien Bourdais qui s'élancera de la voiture de tête, aujourd'hui à 13h. Dans le bolide numéro 7, Nicolas Minassian, l'un des coéquipiers de Villeneuve, aura le même honneur.

La chose ne semble pas tracasser le Québécois. «Je me fous de qui conduit la bagnole, a-t-il dit. Du moment que nous soyons en avant. Nicolas est un pilote très rapide qui a une bonne expérience du Mans. Il fera un excellent boulot au départ. De toute façon, j'aurai amplement le temps de me rattraper durant la course...»

De fait, les première et troisième places enlevées sur la grille de départ par la Peugeot 908 montrent que les ingénieurs de la firme ont accompli un excellent travail depuis le dévoilement de la première maquette, il y a tout juste 12 mois.

Depuis qu'elle a été lancée en compétition en Le Mans Series, au mois d'avril, la voiture à propulsion diesel est une première de classe : position de tête et victoire aux 1000 kilomètres de Monza et de Valence, meilleur temps à la journée test du 3 juin au circuit de la Sarthe, position de tête des 24 heures.

Hier, toutefois, les dirigeants de Peugeot ont répété leurs voeux de prudence. «Les 24 heures du Mans ne sont qu'une répétition générale en vue de notre objectif : remporter la victoire en 2008», a dit le patron de l'équipe, Serge Saulnier.

«Faute de temps durant les essais de cette semaine, nous n'avons pas pu tester toutes les modifications apportées à la piste, a ajouté le directeur technique Bruno Famin. Nous avons plusieurs scénarios de course sur notre table de travail, mais nous n'avons pas pu déterminer lequel nous allons utiliser.»

Pendant ce temps chez Audi...

Quelques heures plus tard, même scénario chez les concurrents allemands. L'événement officiel d'Audi attire cependant 10 fois plus de journalistes. Et l'organisation est bien rodée : précédée d'un film, la conférence de presse, traduite simultanément en anglais, français et allemand, est captée en temps réel sur une demi-douzaine d'écrans géants.

À tour de rôle, les dirigeants et les neuf pilotes de l'écurie répètent le mot d'ordre d'Audi : «attendez-vous à l'inattendu».

«Il y a beaucoup plus de façons de perdre cette course que de la gagner, a dit l'un des vainqueurs de l'an dernier, Emanuele Pirro. À chaque tour, on risque un accident. À la fin des 24 heures, c'est un vrai miracle s'il n'est rien arrivé.»

On peut le croire sur parole : l'Italien n'a jamais raté le podium depuis 1999.