Les grandes équipes, elles, semblent difficiles à freiner dans leur ardeur à dépenser. Par nature, les écuries vont toujours tenter d'obtenir davantage d'argent de la part de leurs commanditaires, et elles réussiront ensuite toujours à le dépenser, quelles que soient les limites que fixe le règlement.

Luc Domenjoz COLLABORATION SPéCIALE

Les grandes équipes, elles, semblent difficiles à freiner dans leur ardeur à dépenser. Par nature, les écuries vont toujours tenter d'obtenir davantage d'argent de la part de leurs commanditaires, et elles réussiront ensuite toujours à le dépenser, quelles que soient les limites que fixe le règlement.

Cette saison, par exemple, la FIA a décidé de figer le développement des moteurs jusqu'en 2011. En agissant ainsi, Max Mosley, le président de la FIA, a clairement expliqué qu'il souhaitait limiter les dépenses des motoristes, qu'il estimait disproportionnées par rapport au gain en puissance qu'ils arrivaient à obtenir chaque année - une vingtaine de chevaux.

Malgré l'aide de la FIA, l'exercice consistant à joindre les deux bouts s'avère toujours extrêmement périlleux pour les écuries. Les revenus proviennent de diverses sources (commanditaires, droits télévisés, merchandising), et il s'agit évidemment de ne pas dépenser plus que l'on gagne. Un équilibre d'autant plus difficile à réaliser que les montants ne cessent d'augmenter.

Il y a encore 15 ans, en 1992, une écurie visant à remporter le championnat du monde devait dépenser moins d'une centaine de millions de dollars. La moitié de cette somme permettait déjà de figurer dans les quatre meilleures équipes.

Plus tôt encore, Guy Ligier, le fondateur de l'écurie portant son nom, se souvient qu'en 1976, lorsqu'il s'est lancé en Formule 1, son budget annuel se montait à 637 000 dollars canadiens. Cinq ans plus tard, en 1981, lorsque Jacques Laffite se battait pour décrocher le titre mondial (il a fini par échouer), l'écurie disposait de 4,25 millions de dollars canadiens

Aujourd'hui, c'est par centaines de millions qu'il faut compter les dollars pour espérer remporter des Grands Prix - une condition nécessaire, mais pas suffisante, comme en attestent les cas des écuries Toyota et Honda, parmi les mieux nanties, et qui nourrissent peu d'espoir de remporter un Grand Prix cette saison.

Ce qui, en soi, représente une bonne nouvelle pour Ferrari. Il y a encore cinq ans, la Scuderia pouvait se vanter (elle s'en gardait bien) de disposer du plus gros budget du plateau. Depuis, alors que ses moyens stagnent, certaines autres écuries, lourdement soutenues par des grands constructeurs automobiles, disposent de budgets nettement plus importants. Chez Ferrari, le partenaire et propriétaire historique de la Scuderia, le groupe Fiat, ne lui verse plus un euro depuis longtemps.

Ce qui n'empêche pas la Scuderia de faire mieux que ses rivales plus fortunées sur la piste. Pour boucler son budget, elle compte sur ses commanditaires (pour environ 150 millions de dollars canadiens), sur les droits télévisés partagés entre les écuries (37 millions), sur les partenariats techniques noués avec certains fournisseurs (32 millions), qui sont parfois aussi commanditaires, comme le pétrolier Shell, le manufacturier de pneus Bridgestone ou l'équipementier Brembo. Elle compte enfin sur la vente de produits dérivés (vêtements, objets divers), pour une somme d'environ 60 millions de dollars canadiens par an - au nombre de casquettes vendues, la Scuderia est largement championne du monde.

Côté dépenses, il est très difficile de pénétrer le mystère qui entoure le budget des écuries. Chez Toyota, par exemple, on compte non moins de 1000 employés pour aligner deux monoplaces les dimanches après-midi de Grand Prix. Ce qui représente une somme respectable, de l'ordre de 100 millions de dollars par an, à laquelle il faut ajouter le salaire des pilotes, des patrons, et les frais de déplacement de tout ce monde. Mais les plus grosses dépenses restent liées à la recherche et au développement : travail en soufflerie, en essais privés, en simulations informatiques. Comme le disait Peter Sauber, l'ex-patron de l'écurie BMW: «Donnez dix millions à un ingénieur, il vous les dépensera dans l'instant. Donnez lui 100 millions, et il fera exactement pareil !»

Si l'on additionne le budget des 11 écuries engagées dans le championnat du monde de Formule 1 2007 (voir la liste ci-dessous), on obtient une sorte de «chiffre d'affaires» des équipes, soit 2,568 milliards de dollars canadiens.

Un nombre certes impressionnant, mais qui ne permettrait - et de très loin - pas à la F1 de faire partie du «Fortune 500», soit les 500 plus grosses compagnies américaines. On est toujours les pauvres de quelqu'un.

Budget 2007 des écuries

(en dollars canadiens)


1. McLaren > 447 millions

2. Toyota > 419 millions

3. Renault > 344 millions

4. Honda > 340 millions

5. BMW Sauber > 327 millions

6. Ferrari > 279 millions

7. Red Bull > 129 millions

8. Williams > 103 millions

9. Super Aguri > 75 millions

10. Toro Rosso > 67 millions

11. Spyker > 38 millions

Source : F1 Racing (mai 2007)