Daniil Kvyat regardait tranquillement dans le canapé d'un appartement moscovite un épisode de Game of Thrones lorsque son téléphone a sonné un soir de la semaine dernière. Au bout du fil, Helmut Marko.

Sébastien Templier LA PRESSE

Le directeur de la formation des jeunes pilotes chez Red Bull n'avait pas une bonne nouvelle à lui annoncer. Une vingtaine de minutes plus tard, le jeune Russe a repris la télécommande du téléviseur. Renvoyé chez Toro Rosso, le pilote de Red Bull venait de perdre une bataille. Victime peut-être d'un choix stratégique.

La réalité avait rejoint la fiction qu'il était en train de regarder...L'exercice était périlleux et il ne s'en est pas trop mal sorti. Les dents serrées, Daniil Kvyat a été au coeur de toutes les attentions hier lors de la traditionnelle conférence de presse des pilotes qui précède un week-end de Grand Prix, en l'occurrence celui d'Espagne. Bombardé de questions, le Russe a quelques fois renvoyé la balle à ses anciens employeurs de Red Bull pour avoir plus d'explications sur ce qui s'apparente à une rétrogradation très sévère. Et surprenante aux yeux des observateurs et des pilotes.

Tout juste une semaine après l'annonce de Red Bull de renvoyer le Russe chez Toro Rosso et de le remplacer par le jeune Max Verstappen en provenance de cette même écurie, Daniil Kvyat s'est pour la première fois exprimé sur le sujet et a d'abord donné une réponse « politiquement correcte » à la première question.

« Cette décision a été un petit peu un choc pour moi. Je pense que j'ai toujours fait de mon mieux en piste. Rien ne va changer, je vais continuer à donner le meilleur de moi-même. Il reste 17 courses, je reviens chez Toro Rosso avec qui j'ai couru en 2014. J'ai vraiment aimé cette équipe. Il y a des possibilités pour l'équipe et moi-même et je vais repousser les limites sur la piste », a-t-il dit.

Sa fougue au Grand Prix de Russie, au début duquel il a heurté par deux fois l'arrière de la Ferrari de Sebastian Vettel, envoyant ainsi l'Allemand dans les barrières amortissantes, lui a coûté cher. 

« Je ne pense pas que je suis arrivé trop tôt chez Red Bull, a-t-il ajouté. Il y a trois semaines, j'étais sur le podium. Le patron a pris une décision et je dois l'accepter et faire de mon mieux avec l'équipe avec laquelle je suis. Je pense que j'ai tout fait correctement. »

Mais les réponses de Daniil Kvyat sont devenues plus directes et plus cinglantes lorsque est venu le temps d'en savoir plus sur les raisons de cette éviction. « Il n'y a pas de réelles explications. Si le patron veut que quelque chose arrive, il fait en sorte que cela arrive. C'est aussi simple que cela », s'est-il contenté de dire dans un premier temps.

Évincé de Red Bull, renvoyé dans la toute première écurie avec laquelle il a débuté en F1, Kvyat a tenté de jouer l'apaisement hier en se penchant uniquement sur le travail à faire avec Toro Rosso. « L'important d'abord est de faire du bon travail, les 17 courses qui restent sont très importantes. Après, attendons de voir [pour la suite]. »

Kvyat n'a cependant pas caché qu'il a considéré un instant que Helmut Marko et Christian Horner, le patron de l'écurie Red Bull, venaient de porter un dur coup à sa carrière.

« Évidemment, les premières heures suivant cette annonce, tu y penses. Mais le travail recommence, tu vas à l'usine et tu vois que les gens de Toro Rosso sont très motivés, qu'ils ont très faim. Je ne vois pas cette sentence comme un blocage, mais de manière positive maintenant, plus positive que vous ne pouvez l'imaginez. Je pense que nous pouvons faire vraiment du bon travail chez Toro Rosso. Je pense que vous avez toujours des opportunités dans une carrière. »

Le pilote russe connaît-il cependant les vraies raisons de cette éviction ? Apparemment non, à bien l'entendre, des trémolos dans la voix : « Je pense que j'ai tout fait pour l'équipe, je pense que j'ai apporté des points, j'ai contribué au travail de mise au point, on a beaucoup travaillé ensemble. Je pense que c'est une question à poser aux gens qui ont pris cette décision. Ils donneront une meilleure réponse. Je ne vois pas de raisons. C'est une question pour eux. »

Assis à ses côtés hier après-midi, Max Verstappen, le grand bénéficiaire de cet échange, s'est montré évidemment peu bavard. « Ce n'est pas à moi de dire qui mérite quoi ou qui ne le mérite pas. Je suis heureux de la chance qui m'est offerte. [...] On verra pour l'avenir. Il n'y a pas grand-chose à dire à propos de ça, nous devons travailler, être au niveau sur la piste. Tout est pas mal clair. »

« Je pense que les gens autour de nous sont aptes à évaluer le bon travail que l'on est capable de faire dans ces circonstances. Il sera intéressant de voir qui sera capable de mieux et plus travailler pour apporter des résultats », a conclu celui qui fut l'attraction de la journée.

Premiers éléments de réponse cette fin de semaine.

Incompréhension chez les pilotes

La décision de Red Bull de renvoyer Daniil Kvyat chez Toro Rosso après son double accrochage avec Sebastian Vettel à Sotchi a surpris plus d'un pilote. La sanction est « extrêmement dure », selon les propres termes de Romain Grosjean (Haas F1). Fernando Alonso (McLaren) est plus nuancé : « C'est à Red Bull de juger. C'est une surprise, mais ils font du très bon travail à découvrir de nouveaux talents. Ils donnent des opportunités, c'est leur manière de faire et ils ont fait du très bon travail dans le passé. » Lewis Hamilton n'est pas tout à fait d'accord. « Red Bull a beaucoup fait pour les jeunes pilotes, mais je pense qu'ils doivent être conscients que les jeunes pilotes ont besoin de temps pour progresser, dit-il. De telles choses arrivent parfois. Il y a tellement de choses à apprendre, il y a tellement de pression sur les épaules. »

Christian Horner, le patron de l'écurie Red Bull. Photo : AFP

Évincé de Red Bull et remplacé par Max Verstappen (à droite), Daniil Kvyat a tenté de jouer l'apaisement avant le GP d'Espagne dimanche, en se penchant uniquement sur le travail à faire. Photo Reuters