La plupart des observateurs de la Formule 1 ont longtemps cru que le Grand Prix de 2005 à Indianapolis avait sonné le glas de ce sport aux États-Unis. La course à Austin, dimanche, pourrait confondre les sceptiques. Pourtant, on est passé tout près d'une mort annoncée.

Publié le 16 nov. 2012
Sébastien Templier LA PRESSE

«Adieu la Formule 1», a hurlé Bernie Ecclestone. «Bernie, go home and never come back», ont crié des membres de l'organisation de la course. «Formule zéro», a titré en une le quotidien sportif L'Équipe le 20 juin 2005 au matin. Le Grand Prix des États-Unis était devenu la veille le plus grand fiasco qu'ait jamais connu la F1. À l'issue d'un week-end épique qui a été dommageable pour beaucoup d'acteurs.

À commencer par Ralf Schumacher, le pilote par qui tout a commencé. Lors de la séance d'essais libres du vendredi, le petit frère de Schumi est victime d'une violente sortie de piste après que le pneu arrière gauche de sa Toyota se soit désintégré dans le virage numéro 13, particulièrement incliné et rapide. Le pilote s'en sortira quasiment indemne.

Mais le mal est fait. Pour Michelin ensuite. Le fournisseur de pneus constate que ses pneumatiques qui équipent 7 des 10 écuries ne peuvent tenir plus de 10 tours en piste. Dès le vendredi, Michelin tente l'impossible pour résoudre le problème.

Des discussions interminables sont entreprises le samedi alors que les qualifications ont lieu. Des propositions sont avancées: créer une chicane de pneus dans le fameux virage afin de ralentir les voitures, faire venir de nouveaux pneus, laisser partir en tête les voitures équipées de pneus Bridgestone. En vain. La Fédération internationale de l'automobile (FIA) les refuse et se réfugie derrière ses règlements, avançant des solutions inacceptables pour tous.

«On avait alors un problème de réglementation à la base. Bernie Ecclestone ne pouvait rien faire dans ce cas-là. C'était à Max Mosley, le président de la FIA, de faire quelque chose. Il y en avait des solutions», témoigne Normand Legault, qui était à l'époque promoteur du Grand Prix de Montréal.

Les tractations durent toute la nuit du samedi et la matinée du dimanche. La FIA se montre inflexible pendant que Ferrari bloque l'unanimité requise parmi les équipes pour trouver une solution. L'impensable se produit au départ de la course. Les 14 voitures équipées de pneus Michelin rentrent aux puits après le tour de chauffe, laissant Ferrari et deux des moins bonnes équipes - chaussées de Bridgestone - disputer une parodie de Grand Prix. Les spectateurs sont furieux dans les gradins.

«Une catastrophe», résume Normand Legault qui ajoute que cela a été «une gifle pour la F1, Indianapolis, les amateurs et Michelin».

L'avenir de la Formule 1 aux États-Unis s'annonce alors comme une période des plus noires. «Cinq ans d'efforts ont été réduits à néant en un jour. [...] Ce qui vient de se passer est un énorme pas en arrière», laisse tomber après la pseudo-course Joie Chitwood, chef des opérations de l'Indianapolis Motor Speedway. Son patron, Tony George, propriétaire du circuit, est écoeuré.

Pour certains journalistes, c'est tout simplement la fin de ce sport au sud de la frontière. La F1 s'est discréditée aux yeux d'un pays qu'elle avait eu tant de mal à courtiser.

Après ce fiasco, il y aura pourtant deux autres Grand Prix sur le circuit d'Indy.

Avant que les Américains ne boudent pendant cinq ans. Et qu'Austin accueille dimanche la 54e course de F1 en sol américain.

Tout de même.