La Formule 1 s'orientait en mars vers un triste championnat à neuf équipes, aucun repreneur sérieux ne s'étant présenté à Honda, retiré des courses en décembre; puis Ross Brawn a racheté l'écurie, et ses Brawn GP, en quelques jours à peine, étaient devant les autres monoplaces.

Joris Fioriti AGENCE FRANCE-PRESSE

L'histoire paraît si invraisemblable que le petit monde de la F1 croit encore rêver. Présent depuis 1964 - avec des intermittences - dans la série reine de la course automobile, le constructeur japonais avait annoncé son départ le 5 décembre, pour cause de crise économique.

«Honda va se retirer de la Formule 1 et 2008 sera sa dernière saison», avait déclaré le président de Honda Motor, Takeo Fukui. «Cette décision difficile a été prise à la lumière de la dégradation rapide de l'environnement dans le secteur de l'industrie automobile», avait-il poursuivi, visiblement très ému.

Une prise de conscience très forte des autorités sportives s'en était suivie, avec la «réduction des coûts» de la discipline comme leitmotiv. Des mesures drastiques avaient été annoncées. Puis médias et initiés avaient retenu leurs souffles, trois mois durant, dans l'attente d'un hypothétique rachat.

La bonne nouvelle est survenue le 6 mars. Faute de repreneurs externes sérieux, Honda consentait à revendre son écurie à son ancien directeur technique, Ross Brawn, pour une somme non communiquée. L'intérêt du championnat s'en retrouvait renforcé. Les 700 salariés de la structure pouvaient souffler.

Deux secondes devant Hamilton

La Brawn GP, pilotée par les anciens pilotes Honda, le Brésilien Rubens Barrichello et le Britannique Jenson Button, rejoignait les autres équipes à Barcelone le 9 mars, dans une livrée blanche immaculée, dénuée de sponsors.

La merveilleuse histoire de la dernière-née des écuries de F1 pouvait débuter. Rapidement, la BGP 001 se portait aux avant-postes de ces essais privés. L'ironie était mordante, tant sa devancière, la Honda RA108, se traînait en queue de peloton. En 2008, les deux pilotes n'avaient grignoté que 14 petits points à son volant.

Puis la Brawn GP se détachait en tête, à plus d'une seconde de ses poursuivants et à deux, même, du champion du monde Lewis Hamilton (McLaren-Mercedes).

«Brawn, on ne sait pas combien d'essence ils transportent, mais nous, même en roulant sans essence, nous n'arriverions pas à faire leurs temps», estimait l'Espagnol Fernando Alonso (Renault). «Tout en haut, très au-dessus de nous, il y a Brawn Grand Prix», renchérissait Nico Rosberg (Williams).

«Nous savons que Honda préparait la voiture de 2009 en 2007. Super Aguri (une écurie patronnée par Honda, aujourd'hui disparue) avait à son bord les développements futurs», expliquait ensuite Alonso.

La tendance s'est poursuivie cette semaine à Jerez de la Frontera, où Brawn GP, avant de plier bagages, était une demi-seconde devant la concurrence. Barrichello clame haut et fort que son écurie sera «la surprise de l'année».

Moribonde il y a deux semaines, Brawn GP, miraculée de la F1, a déjà relancé un championnat qui n'en demandait pas tant.