Un tel déclin semble difficile à avaler pour un grand constructeur comme Renault, qui n'a pas vocation à se laisser battre par ses concurrents directs - en l'occurrence le groupe Fiat (avec Ferrari), Mercedes (avec McLaren) et BMW.

Luc Domenjoz COLLABORATION SPéCIALE

Un tel déclin semble difficile à avaler pour un grand constructeur comme Renault, qui n'a pas vocation à se laisser battre par ses concurrents directs - en l'occurrence le groupe Fiat (avec Ferrari), Mercedes (avec McLaren) et BMW.

Au début de la saison, les dirigeants de Renault, Flavio Briatore en tête, clamaient leur volonté de décrocher un nouveau titre mondial cette année. Normal, leurs commanditaires n'auraient pas compris qu'il en soit autrement.

À Monaco, alors qu'il était devenu évident que tout espoir de titre était déjà envolé, Carlos Ghosn, le patron de Renault, s'est déplacé en personne pour marteler que les chances de Renault restaient intactes au championnat - faisant preuve d'une grande méconnaissance de la F1. Il a répété au passage que le coût entraîné par la Formule 1 ne se justifie qu'en cas de victoire.

D'où le malaise. Car les piètres résultats engrangés jusqu'ici ne permettent certainement pas cette justification. Le tout nouveau commanditaire de l'écurie, la banque néerlandaise ING, juge en tout cas avoir été quelque peu "trompée sur la marchandise": au moment de signer le contrat avec la banque, l'an dernier, Renault était en passe de décrocher le titre mondial pour la deuxième fois consécutive, et s'est vendu comme une écurie de pointe. «Aujourd'hui, les investissements que nous avons consentis ne se justifient plus par de tels résultats», explique un peu candidement la patronne d'ING.

Briatore, le patron de l'écurie française, observe le tout avec un regard étrangement distant. D'habitude si bavard et prompt aux moqueries, il ne dit mot. Vendredi, contraint de participer à la conférence de presse de la Fédération internationale de l'automobile (FIA), questionné sur le manque de compétitivité de son équipe, il s'est contenté de servir une vague explication technique, arguant que l'écurie s'était concentrée trop longtemps sur le championnat 2006 et qu'elle a du coup démarré trop tard le développement de sa machine 2007.

Une explication qui ne résiste pas à l'analyse: côté moteur, les RS27 figure certainement toujours parmi les meilleurs du plateau, mais le nivellement à 19 000 tours/minute imposé par le règlement 2007 a réduit son avantage à néant. Côté pilotes, la perte de Fernando Alonso et l'embauche de Heikki Kovalainen pour le remplacer n'a certainement pas non plus fait progresser les chronos.

Briatore n'en a cure. À 57 ans, l'Italien songe sans doute qu'il est temps d'aller regarder le soleil briller dans sa propriété de Sardaigne, le «Billionnaire club». Il y a deux ans, lors de l'arrivée de Carlos Ghosn à la présidence de Renault, l'Italien avait prévu son départ pour fin 2005, avant de le reporter.

Désormais, il semble décidé à quitter le navire de la F1 avant le début de la saison prochaine. Du coup, les résultats de Renault, cette saison, lui sont presque indifférents. À moins qu'il n'ait même décidé, dans son agenda secret, de rater soigneusement cette saison 2007. Histoire de quitter la F1 en étant certain que son successeur ne pourra rien remporter avant des années. Machiavélique? Sûrement. Preuve d'un ego surdimensionné? Sans doute. Heureusement, ce n'est pas le genre de Briatore...