Si une seule image devait résumer le week-end pitoyable qu’a connu Ferrari, c’est certainement celle de Carlos Sainz fils tentant, en vain, de sortir du gazon mouillé où sa monoplace glissait comme Bambi sur la glace.

Au 54tour, l’Espagnol venait de perdre la maîtrise de son bolide. Sur la même séquence, Alexander Albon a endommagé sa Williams en tentant de l’éviter. La course était terminée pour les deux, qui ont toutefois fait la paix par la suite, l’un reconnaissant l’accident malencontreux de l’autre.

De retour dans les paddocks, Sainz fils a rejoint son coéquipier Charles Leclerc, qui était rentré une dizaine de tours plus tôt. Le Monégasque avait tellement peiné qu’on lui avait présenté le drapeau bleu : avec plus d’un tour de retard sur les meneurs, il devait leur laisser la voie libre. Une évidente humiliation pour celui qui avait remporté l’épreuve précédente, à Monaco.

Peu de temps après cet affront, il entrait aux puits pour ne plus revenir.

Le drapeau bleu était frustrant, mais je savais que la course était terminée à ce point. Il y avait tellement de poussière dans mes miroirs, je ne voyais plus rien derrière moi, je ne voulais pas être dans le chemin des autres. C’était une situation merdique, mais je savais que c’était fini.

Charles Leclerc

Après un week-end de rêve à Monaco, où Sainz fils avait par ailleurs terminé au troisième rang, les Rouges se sont retrouvés en enfer à Montréal. Une qualification déjà difficile les avait laissés en 11e et 12places sur la grille de départ. Et une fois le départ donné, « on n’a jamais été compétitifs », a résumé Sainz fils.

PHOTO DOMINICK GRAVEL, LA PRESSE

Le pilote Ferrari Charles Leclerc

« Chaque tour, je perdais 1 seconde, puis 1,2, puis 1,5, a énuméré Leclerc. Lorsque je pesais sur l’accélérateur, je ne savais jamais à quoi m’attendre. […] Quand la piste était mouillée, on pouvait essayer de récupérer dans les virages, mais quand ç’a séché, on se faisait larguer dans les lignes droites. »

Après que Leclerc eut composé avec des problèmes de moteur, l’équipe a tenté le tout pour le tout en troquant ses pneus intermédiaires pour des durs, et ce, même s’il devait recommencer à pleuvoir d’une minute à l’autre. « Tiens le coup pendant deux tours, puis ça va sécher et on ira vite », lui a dit son ingénieur de course sur les ondes radio. L’expérience n’a pas duré.

« C’était le mieux qu’on pouvait faire à ce point, s’est défendu le coureur. Je savais qu’on ne finirait pas dans les points, alors il fallait essayer quelque chose. Je suis davantage frustré par la performance globale que par ce choix. Si ç’avait marché, ç’aurait été notre seule chance de finir au 9e ou au 10rang. »

Erreur de parcours

La déconfiture est complète pour l’écurie qui était arrivée dans la métropole comme la plus sérieuse candidate pour (enfin) menacer l’hégémonie de Red Bull au championnat des constructeurs. Il faudra se reprendre dans deux semaines en Espagne.

« Ça va nous prendre plus de Monaco et moins de Canada », a dit Sainz fils pour illustrer le rythme que cherchera à retrouver la Scuderia pour le reste de la saison.

À ses yeux, les sept premières courses de 2024 étaient plus représentatives de la véritable identité de Ferrari que la dernière. Les deux pilotes ont chacun remporté une épreuve et ajouté sept présences supplémentaires sur le podium. En ce sens, le Grand Prix du Canada ressemble à une erreur de parcours.

« On doit comprendre ce qui s’est passé, a insisté Sainz fils. En qualifications, on aurait pu mieux gérer les pneus. Et en course, on était coincés en milieu de peloton et on était incapables de progresser. Ça n’a jamais cliqué. Ce n’était pas notre week-end. »

On n’aurait pas mieux dit.