En course automobile, les femmes pilotes sont rares. De passage à Montréal à l’occasion du Grand Prix du Canada, Demi Chalkias et Nicole Havrda, de l’écurie Mercedes-AMG, veulent prouver que ce n’est pas une fatalité. Elles se montrent très optimistes quant au rôle croissant joué par les femmes dans les sports mécaniques.

Publié le 19 juin
Vincent Marcelin
Vincent Marcelin La Presse

Demi Chalkias a la course dans le sang depuis son plus jeune âge.

« J’ai toujours aimé conduire tout ce qui avait un moteur », explique la pilote ontarienne, qui cumule huit ans d’expérience en sports motorisés. « Quand j’étais petite, nous vivions à la campagne et n’avions ni internet ni télévision. Alors je rentrais à la maison, j’enlevais mon sac à dos et je montais sur le VTT ou le tracteur. » Elle se remémore les concours de conduite improvisés dans son allée, slalomant entre des ballons de basketball pour assouvir son rêve de vitesse.

« Mais ce n’est que la première fois que j’ai pu conduire une voiture de course sur une piste de course que je me suis rendu compte à quel point ce sport vous apporte de l’adrénaline et de l’excitation », explique Demi Chalkias, dont le père était déjà pilote.

La fascination de Nicole Havrda pour le sport automobile est également venue d’une histoire de famille. « Mon père a toujours regardé la F1, et il nous a emmenés en 2018 au Grand Prix d’Autriche. J’y allais pour la première fois et je lui ai dit : “Papa, c’est incroyable. Comment je peux y arriver ?” Et mon père m’a regardée et m’a dit : “Quoi ? C’est une blague ?” » Un an plus tard, la pilote de 16 ans, originaire de Colombie-Britannique, remportait sa première médaille en karting.

« Je n’ai jamais vu cela comme une faiblesse »

Les deux pilotes ont ensuite dû faire leurs preuves dans un environnement encore très masculin. « Lorsque vous êtes une femme dans la course, c’est sûr qu’au début vous êtes considérée un peu différemment, reconnaît Demi Chalkias. Certaines personnes vous regardent et disent : “Oh, tu es mignonne, tu veux faire des courses…” »

Combattre les stéréotypes sexistes nécessite alors une détermination supplémentaire : « Vous devez entrer dans ce sport avec un état d’esprit peut-être plus combatif. Vous pourriez ne pas être prises aussi au sérieux dès le début ou recevoir autant de respect dès le début. Mais je n’ai jamais vu cela comme une faiblesse », ajoute la pilote de 27 ans, revenue à la compétition en un temps record après une tumeur aux articulations.

Nicole Havrda, qui a d’abord connu la compétition en tant que skieuse et nageuse, voit dans les sports automobiles un potentiel beaucoup plus égalitaire.

Nous sommes tous ensemble et personne ne se soucie de votre genre. Vous mettez juste un casque et vous conduisez. Je suis en compétition avec des gars et je veux être meilleure qu’eux.

Nicole Havrda

Demi Chalkias et Nicole Havrda ont pu s’appuyer sur l’exemple de certaines pionnières du sport automobile, comme Lyn St. James, qui a créé une fondation pour défendre la place des femmes dans le sport automobile, et Danica Patrick, devenue en 2008 la première femme de l’histoire à remporter une course d’IndyCar.

Une quête d’inspiration

Si la présence de ces femmes pilotes relevait autrefois de l’exception, Demi Chalkias souligne qu’elles sont aujourd’hui de plus en plus nombreuses au haut niveau. « C’est très agréable de voir le nombre de femmes augmenter parce que maintenant, avec l’auditoire que nous avons, nous pouvons être des modèles pour les jeunes filles de notre région, pour qu’elles sachent qu’elles peuvent faire la même chose. » Elle-même s’implique beaucoup à l’échelle de sa collectivité en initiant des jeunes filles au sport automobile.

Toutes les deux nourrissent des projets ambitieux pour la suite de leur carrière. Nicole Havrda vise à obtenir l’année prochaine un volant à plein temps dans les W Series, championnat à participation libre exclusivement féminin, avant d’évoluer vers les échelons supérieurs. Demi Chalkias, elle, participera en juillet prochain aux 24 Heures de Spa (Belgique), où elle espère se classer dans les dix premières places. Elle est également le sujet d’une émission documentaire autour d’une équipe féminine en AMG GT 4.

Quant à savoir si l’on reverra bientôt des femmes en Formule 1, les deux pilotes y croient fermement. « Tout mouvement visant à promouvoir la présence des femmes dans l’industrie du sport automobile sera un bon début pour voir des femmes en F1 », estime Demi Chalkias.

« La Formule 1 est devenue tellement énorme qu’elle crée d’autres plateformes », abonde Nicole Havrda, qui s’entraîne désormais pour courir en Formule 3.

Alors que le Grand Prix du Canada se déroule ce week-end, les parcours des deux pilotes sont la preuve qu’il pourrait bien un jour se conjuguer au féminin.