Menaces de mort, messages de haine, abus… Le pilote de Formule 1 Nicholas Latifi a dénoncé, mardi, la violence dont il a été victime sur les réseaux sociaux depuis la finale controversée du dernier Grand Prix de la saison.

Mis à jour le 21 déc. 2021
Katherine Harvey-Pinard
Katherine Harvey-Pinard La Presse

Voilà déjà 10 jours que Max Verstappen a remporté son premier championnat des pilotes dans la controverse. Rappelons qu’il ne restait que cinq tours à parcourir sur le circuit d’Abou Dhabi quand le pilote de Williams Nicholas Latifi a causé un accident, forçant la sortie de la voiture de sécurité.

Lewis Hamilton détenait à ce moment-là près de 13 secondes d’avance sur son grand rival. Mais quand la course a repris avec un seul tour à parcourir, Verstappen l’a devancé pour le priver de son huitième sacre en carrière.

Depuis, Latifi a reçu des milliers de messages de haine sur ses réseaux sociaux. Dans une lettre publiée mardi sur ses comptes Twitter, Instagram et Facebook, il explique avoir longuement hésité entre ignorer ces messages ou y répondre et s’attaquer au « plus gros problème, qui est une triste réalité quand tu utilises les médias sociaux ».

« Ce n’est pas une déclaration scriptée, mais plutôt moi qui parle dans l’espoir que cela déclenche peut-être une autre conversation sur l’intimidation en ligne et les conséquences drastiques qu’elle peut avoir sur les gens », écrit-il d’entrée de jeu.

L’athlète de 26 ans indique ne pas avoir été surpris par les messages qu’il a reçus, au contraire. « C’est une dure réalité du monde dans lequel on vit », déplore-t-il.

Aussitôt que j’ai vu le drapeau jaune tomber, je savais comment les choses allaient se passer sur les réseaux sociaux. Le fait que je pense que ce serait mieux de supprimer Instagram et Twitter sur mon cellulaire pour quelques jours en dit long sur à quel point les choses sont cruelles sur le web.

Nicholas Latifi

Il dit avoir été choqué par le ton « extrême » de la haine à son endroit.

« Avec le recul, il n’y a qu’un seul groupe de personnes à qui je devais m’excuser pour la disqualification : mon équipe. Je l’ai fait tout de suite après. Tout ce qui a suivi était hors de mon contrôle.

« Certains disent que je me battais pour une position qui n’avait pas d’importance avec seulement quelques tours à faire. Mais peu importe que je course pour les victoires, les podiums, les points ou même la dernière place, je vais toujours donner tout ce que j’ai jusqu’au drapeau à damier, comme n’importe quel pilote.

« À ceux qui ne comprennent pas ou ne sont pas d’accord avec ça, c’est correct. Vous avez droit à votre opinion. Mais d’utiliser cette opinion pour proférer de la haine, de l’abus ou des menaces de violence, pas seulement à moi mais à ceux qui me sont proches, ça me dit que vous n’êtes pas de vrais amateurs du sport. »

Le pilote termine sa lettre en remerciant ceux qui lui ont envoyé des messages d’encouragement.

Le sport est, par nature, compétitif. Mais il devrait nous rassembler et non nous séparer. Si partager mes réflexions et souligner le besoin d’agir n’aide qu’une seule personne, alors cela en aura valu la peine.

Nicholas Latifi

L’équipe de Mercedes a commenté la publication sur Twitter, disant au pilote de « rester fort ». « Nous t’appuyons dans la lutte contre la haine et l’abus en ligne », écrit-elle.

C’est loin d’être la première fois que des athlètes sont victimes de tels messages de haine sur les réseaux sociaux à la suite d’une performance. Ç’a été le cas, entre autres, de la patineuse de vitesse sur courte piste Kim Boutin lors des Jeux de PyeongChang, en 2018. La Québécoise avait reçu une pluie d’insultes et de menaces après avoir hérité de la médaille de bronze à la suite de la disqualification de la Sud-Coréenne Choi Min-Jeong en finale du 500 m.