Au début de l’été 1984, un garçon de 10 ans entre seul dans un avion d’Alitalia, à destination de Milan. Pendant le vol, une agente de bord s’occupera de lui.

Frédérick Duchesneau Frédérick Duchesneau
La Presse

Ce voyage en solo du jeune Alex Tagliani avait d’abord pour objectif qu’il apprenne l’italien. C’était le souhait de ses parents. Sur place, les grands-parents paternels et maternels allaient veiller sur lui tour à tour, en rotation toutes les deux semaines. Bref, une espèce de « camp d’été » linguistique chez la famille.

Tagliani parlait couramment la langue à son retour au Québec, quelques mois plus tard, affirme-t-il. Mais ce n’est pas cet apprentissage qui l’aura le plus marqué au cours de cet été qui définira le reste de sa vie.

« Quand je suis arrivé à l’aéroport de Malpensa, mon grand-père paternel m’attendait et, en chemin, on s’est arrêtés tout de suite chez CRG [alors Kalì Kart], où il m’a acheté un petit go-kart. Le même type que ce avec quoi Ilie va courir, précise le pilote automobile aujourd’hui âgé de 47 ans. Il s’est arrêté avec sa Volkswagen Rabbit diesel, il a ouvert le hatchback et il a rentré le go-kart par le nez. Le derrière pendait parce qu’on ne pouvait pas fermer le coffre. »

Ils ont ainsi poursuivi leur route jusqu’à la résidence du grand-père, une petite maison en montagne à 6 km de la ville de Brescia, dans le nord du pays.

Le grand-père paternel était un « gars de char, de mécanique ». Il avait un atelier dans lequel il préparait des voitures de course pour des clients et il faisait de la course lui-même. Tout le contraire, raconte Tagliani, du grand-père maternel, un artiste dont la famille habitait au lac de Garde (Lago di Garda), un peu à l’est de Brescia.

Dès le lendemain, le jeune Alex était au volant pour la première fois.

« On est allés sur la piste de… » Il réfléchit. « C’était la piste de Rezzato. J’ai commencé à rouler, il y avait plein de pilotes de kart qui pratiquaient. Je roulais comme eux. Quand je suis embarqué là-dedans, c’est comme si c’était fait pour moi. »

PHOTO FOURNIE PAR ALEX TAGLIANI

Alex Tagliani, en piste à Rezzato (Italie) à 10 ans avec son premier kart

Au fil des entraînements, le grand-père a réalisé que son petit-fils enregistrait de très bons temps.

« À un moment donné, il a appelé mon père et ma mère pour leur dire que de grosses courses s’en venaient, qu’il y avait même un championnat du monde durant l’été. Il leur a demandé s’il pouvait m’inscrire aux courses parce que je roulais vite », relate-t-il.

Réponse : non. Les parents ont refusé de signer sa licence, ne voulant pas que leur garçon se lance dans des compétitions en leur absence.

Donc, j’ai fait des pratiques tout l’été. Je faisais des tests. J’ai même roulé avec ce kart dans la rue où mon grand-père habitait parce qu’une fois que tu m’avais assis dedans, je ne voulais plus débarquer.

Alex Tagliani

Une obsession

À la fin de l’été, quelque temps après le retour du jeune au Québec, le kart l’a rejoint à la maison, envoyé par bateau par le grand-père.

« Quand je suis revenu, je ne voyais que mon go-kart. Malheureusement, c’était l’hiver et il restait storé dans le garage. Ça me démangeait ! Tout ce que je faisais, c’était passer du Windex dessus, coller des stickers, en enlever, en recoller. Je m’assoyais dedans, je dormais dedans. C’était fou ! Donc, mes parents se sont retrouvés avec un kid qui voulait courser. Le kart était là, ils n’ont comme pas eu le choix ! »

PHOTO FOURNIE PAR ALEX TAGLIANI

Alex Tagliani au Québec, à 11 ans, dans son premier kart acheté en Italie l’été précédent, auquel une carrosserie a été ajoutée.

Son père avait déjà les mains dans la course, cela dit. En fait, il entretenait même des relations avec le fabricant de karts italien, puisqu’il en importait pour la Formule 125, dont il était l’un des instigateurs et dans laquelle ont couru les Claude Bourbonnais, Christian Vandal et Stéphane Proulx.

« Mais il ne savait pas que mon grand-père allait m’acheter un go-kart rendu là-bas ! », raconte Tagliani.

Le vétéran comprend donc l’enthousiasme de son apprenti qui, à 9 ans seulement, se dirigera en Italie en juin pour faire partie de l’équipe officielle de CRG.

« Parce qu’en plus, il en a déjà fait. Moi, c’était mes premiers tours de roue en karting, alors qu’Ilie s’en va là-bas, dans une grosse équipe, et il sait ce que c’est. Ça doit être vraiment excitant pour lui. »

Pour Alex Tagliani, les pistes italiennes ont été le point de départ. On saura dans quelques années si, pour Ilie Tristan Crisan, elles auront servi de tremplin vers l’élite.

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