Tommy Lemaire-Ouellet se voit ouvrir les portes du circuit américain de drift

Frédérick Duchesneau Frédérick Duchesneau
La Presse

Comme plusieurs autres pilotes avant lui, Tommy Lemaire-Ouellet a parfois été victime de la dictature des ressources financières dans le sport automobile. Pas d’argent, pas de volant. C’est principalement ce qui l’a amené vers les compétitions de dérapage contrôlé (drift), une branche de la course dans laquelle il est entré « un peu par la porte arrière ».

Après neuf ans en karting, Lemaire-Ouellet a choisi de passer à une autre étape. Trois fois champion québécois, deux fois champion canadien, il n’avait plus rien à prouver.

« Et, rendu à 14 ans, j’arrivais à maturité en termes de grandeur aussi. Mesurer 6 pi 1 po, ce n’était pas l’idéal en karting ! », fait-il remarquer.

Son objectif était donc de faire le saut en Formule 500. Mais le mur du budget l’a freiné une première fois.

« C’était des montants astronomiques, lance le jeune pilote de 23 ans. Je n’ai pas eu le choix de faire autre chose. »

Il s’est donc tourné vers la ChumpCar, des courses d’endurance de 7 à 14 heures. Il y a couru pendant une saison, accumulant beaucoup d’expérience tout en apprivoisant la conduite avec suspension, absente sur les karts.

Mais les débouchés sont minces de ce côté. À moins, on y revient, de se diriger vers des séries extrêmement coûteuses… Mur numéro deux.

PHOTO FOURNIE PAR TOMMY LEMAIRE-OUELLET

Tommy Lemaire-Ouellet (à gauche)

Sauf que Lemaire-Ouellet travaille au circuit ICAR de Mirabel comme instructeur depuis ses 16 ans. Et il y a fait connaissance avec la glisse, autre terme pour drift.

« J’ai commencé à en faire pour m’amuser et j’ai eu la piqûre », indique-t-il.

Rapidement, l’instructeur et pilote a donc eu envie de se lancer dans le compétitif. En 2016, il intègre la catégorie Pro-Am (semi-pro) du Drift Mania Canadian Championship (DMCC)… et il remporte le titre, ce qui lui permet de monter en Pro dès l’année suivante. L’an dernier, il était en voie de remporter aussi ce championnat jusqu’à ce qu’un bris mécanique à la dernière épreuve ne change la donne.

Une question de contrôle

D’entrée de jeu, nous avons utilisé le mot « course » pour parler du drift, mais ce n’est pas tout à fait exact.

En réalité, ces compétitions ne sont pas des courses en soi. Il n’y a pas de chrono et le gagnant n’est pas celui qui franchit le fil d’arrivée le premier.

Il s’agit plutôt de duels. Chacun des deux opposants doit faire un tour comme meneur et un tour comme chasseur. Le chasseur cherche à se rapprocher le plus possible de l’autre voiture, sans lui toucher, évidemment.

Puis, trois juges se prononcent selon cinq critères : la vitesse, le positionnement sur la piste, l’angle de dérapage, le style et la proximité.

Toutes les voitures doivent être à propulsion et leurs modifications sont généralement semblables. Pas de contraintes sur le type de voiture. Tant que c’est à propulsion, c’est légal.

En moyenne, les bolides génèrent 700 chevaux. Et la vitesse dans tout ça ? Au circuit Riverside Speedway de Sainte-Croix, dans Lotbinière, le plus rapide, les pilotes atteignent 155 km/h. « Ça rentre vite ! », lance Lemaire-Ouellet.

Direction États-Unis en 2021

En raison de la pandémie, il n’y a eu que deux compétitions cette saison, il y a quelques semaines. À Shannonville, en Ontario, et au circuit de Sainte-Croix, le week-end précédent. Tommy Lemaire-Ouellet était chaque fois le plus jeune des 24 ou 25 pilotes inscrits. Et il a gagné les deux fois.

Or, à la victoire à Shannonville, en plus du chèque de 4000 $, était assorti un permis pour le circuit américain en 2021. Le Formula Drift USA est le plus important circuit du genre dans le monde. Le Québécois est admis au championnat Pro 2, qui compte quatre courses. Pour monter en Pro – où l’on court à huit reprises –, il faut impérativement signer un top 3 en Pro 2.

« Ce n’est pas la porte la plus facile que je suis en train d’emprunter, mais c’est peut-être celle qui va me faire connaître le plus rapidement », calcule Lemaire-Ouellet.

Au Canada, outre des bourses aux vainqueurs, les pilotes ne sont pas payés. Ils doivent avoir un « vrai » boulot. Celui de Tommy Lemaire-Ouellet, c’est son académie de drift, qu’il a démarrée après quelques années à ICAR, à qui il loue la piste. Un partenariat, explique-t-il. Mais l’idée d’avoir la chance de vivre de la compétition ne le rebute pas, bien au contraire.

« Aux États-Unis, les pros, s’ils ont de bons commanditaires, ils sont payés pour faire ça, c’est leur métier. C’est mon objectif final. Mais ce n’est pas atteignable tout de suite, ça va prendre beaucoup de travail », indique le jeune Québécois, bien conscient de ne pas être arrivé à destination, malgré ce billet pour les grandes ligues.

L’univers de la course étant ce qu’il est, Lemaire-Ouellet espère donc se faire remarquer rapidement pour aller chercher ce gros commanditaire. Qu’il soit d’ici ou d’ailleurs.

> Consultez le site du DMCC

> Consultez le site de Formula Drift USA