C’est avec le « salut de Wakanda » que Lewis Hamilton a célébré sa victoire au Grand Prix de Belgique, dimanche, sur le circuit de Spa-Francorchamps, un hommage à l’acteur Chadwick Boseman – l’une des vedettes du film Black Panther –, qui est mort vendredi.

Michel Marois Michel Marois
La Presse

Le pilote de l’équipe Mercedes a devancé son coéquipier Valtteri Bottas et Max Verstappen (Red Bull), pour porter son avantage au Championnat du monde à 47 points et prendre une option encore plus sérieuse sur un septième titre mondial, qui lui permettrait d’égaler le record de Michael Schumacher.

Trop fort, Hamilton ?

Lewis Hamilton a offert une autre performance digne d’un superhéros sur le légendaire circuit de Spa-Francorchamps. Auteur d’un nouveau record du tour en qualifications, meneur de bout en bout, le sextuple champion du monde a dédié sa victoire à Chadwick Boseman.

« J’ai grandi en rêvant aux superhéros, et quand j’ai finalement pu voir un superhéros de la même couleur que moi, cela a été un moment marquant, pour moi et pour la communauté noire, a expliqué Hamilton. J’ai été très ébranlé quand j’ai appris son décès, mais je crois que son souvenir m’a aidé à conduire à la perfection ce week-end. »

Le pilote de 35 ans a d’ailleurs estimé qu’il n’avait sans doute jamais été à un meilleur niveau. « J’aurai bientôt 36 ans, mais j’ai le sentiment de toujours progresser, et c’est très stimulant d’être au sein d’une équipe où tout le monde travaille avec le même état d’esprit, sans rien tenir pour acquis. »

La domination de Hamilton et de l’équipe Mercedes, toujours championne depuis 2014, commence d’ailleurs à peser sur l’intérêt du championnat. Verstappen, deuxième au classement, a déclaré après la course : « Honnêtement, c’était très ennuyant. Rien d’intéressant, rien à faire. J’étais incapable de suivre le rythme des Mercedes quand elles attaquaient un peu… »

Hamilton a convenu : « Je ne peux pas parler au nom des amateurs, mais j’en ai été un et j’ai vécu l’époque Schumacher, donc je sais ce que c’est [de voir un pilote dominer outrageusement]. Je ne fais pas beaucoup d’erreurs, c’est difficile de dépasser sur ce circuit, donc je peux imaginer que ça n’a pas été la course la plus exaltante. […] Essayer de réussir chaque tour est un vrai défi pour moi, mais peut-être que ce n’est pas très amusant à regarder. […] Les gens doivent toutefois comprendre que ça n’est pas notre faute, nous, les pilotes. »

Avec sa 89e victoire en carrière, Hamilton n’est plus qu’à deux du record de Schumacher (91).

Le bon coup de Renault

Le circuit de Spa-Francorchamps est l’un de ceux où les meilleurs pilotes peuvent se démarquer. Pas étonnant que Daniel Ricciardo y ait signé sa meilleure performance de la saison avec une quatrième place et un record du tour à la toute fin de l’épreuve. Avec la cinquième place de son coéquipier Esteban Ocon, l’équipe Renault obtient 23 points au Championnat des constructeurs, sa meilleure récolte depuis son retour officiel en Formule 1, en 2016.

« Nous avions un excellent rythme en course, particulièrement sur les pneus durs après notre ravitaillement. Au début, cela a été serré pour la troisième place avec Max. J’avais pris l’avantage et nous sommes restés côte à côte pendant quelques virages. Les Mercedes et lui ont toutefois fini par prendre un avantage, comme nous l’avions prévu, mais j’ai pu revenir un peu à la fin. »

Ricciardo espère continuer sur sa lancée dimanche prochain à Monza, un circuit où les Renault avaient récolté 23 points la saison dernière. « Nous avions déjà eu du succès ici l’an dernier, mais cela avait été encore meilleur à Monza. Nous ne devons pas anticiper que ce sera facile, mais je crois que nous pouvons envisager le prochain Grand Prix avec confiance. »

Derrière les deux Renault, Alexander Albon, Lando Norris et Pierre Gasly se sont livré un duel enlevant en fin de course. Même s’il s’est contenté de la huitième place, c’est le Français qui a été le grand animateur de la course.

Parti de la 11e place sur des pneus durs, Gasly espérait profiter d’un arrêt tardif pour grimper au classement. L’intervention de la voiture de sécurité au 11e tour – après l’accident spectaculaire de l’Italien Antonio Giovinazzi – a gâché sa stratégie, et il a dû se battre jusqu’au bout pour revenir dans les points.

Grand ami du pilote Anthoine Hubert – qui est mort l’année dernière à Spa et qu’on a honoré avant la course –, Gasly a expliqué : « C’était une journée importante pour moi, car je voulais bien faire pour Anthoine. Nous avons dû travailler doublement, et c’est très satisfaisant de revenir comme nous l’avons fait. Je me suis battu sans cesse et cela a été très intense quand j’ai doublé Pérez [une action courageuse, dans la montée de l’Eau Rouge]. C’est vraiment bien d’avoir été choisi le pilote du jour. »

Déception pour Stroll et Latifi

Encore dans les points, Lance Stroll (9e) et Sergio Pérez (10e) n’étaient pourtant guère satisfaits après le Grand Prix. L’équipe Racing Point avait bien amorcé le week-end, vendredi, mais les performances des voitures ont stagné par la suite.

« J’ai pris un bon départ pour gagner une place et j’étais assez à l’aise pendant la première partie de la course, mais les choses se sont dégradées après le passage aux pneus durs, et je n’ai pu garder mon rythme », a expliqué Stroll, qui a glissé de la cinquième à la septième place au classement des pilotes.

« J’étais quand même encore septième en fin de course et c’est très décevant de terminer à la neuvième place, mais je ne pouvais vraiment rien faire pour conserver ma position. C’est positif d’avoir néanmoins pu marquer des points après une journée difficile. »

PHOTO JOHN THYS, AP

Lance Stroll

Je crois que nous aurons de bonnes chances de faire mieux le week-end prochain à Monza, un circuit qui convient habituellement à notre voiture.

Lance Stroll

De son côté, Nicholas Latifi a poursuivi son apprentissage de la Formule 1 avec une 16e place, à tout juste sept secondes de la 11e. « La voiture n’était pas parfaitement réglée en début de course et j’avais de mauvaises sensations au volant, a-t-il expliqué. Les conditions de piste étaient différentes et cela a été très éprouvant. La fin de l’épreuve a toutefois été plus intéressante quand j’ai pu pousser à fond pour tenter de rejoindre Romain [Grosjean] et les pilotes des Ferrari qui roulaient juste devant moi. »

La honte pour Ferrari

Les deux prochaines épreuves seront disputées en Italie, dans des fiefs de Ferrari à Monza et à Mugello, où on célébrera le 1000e Grand Prix de la Scuderia. Les choses risquent toutefois de mal se passer. Seulement 13e et 14e dimanche à Spa, Sebastian Vettel et Charles Leclerc ont été très sévères pour leur équipe.

« Ce résultat, c’est notre réalité, a insisté Vettel. Il faut y faire face, même si c’est dur. On n’a pas eu d’accidents, on n’a pas commis d’erreurs, cette 13e place, c’est celle qu’on mérite, c’est la réalité. »

Interrogé à la télé française, Leclerc a avoué : « Je n’ai pas les mots après une telle course. Il va falloir qu’on trouve quelque chose et qu’on réagisse. Ça ne peut pas continuer comme ça. Malheureusement, à Monza, ça devrait être pareil, voire pire. Mais j’espère qu’à partir du Mugello, on pourra revoir la lumière du jour. »

C’est une chance pour les dirigeants de l’équipe que les tifosis ne soient pas admis sur le site du Grand Prix le week-end prochain à Monza…

Prochaine épreuve : Grand Prix d’Italie, à Monza, le 6 septembre