(Genève) Le patron de la Fédération internationale de l’automobile (FIA) Jean Todt a salué « l’engagement » du champion du monde Lewis Hamilton contre le racisme, tout en insistant sur la « liberté » de chaque coureur d’exprimer ou non ses convictions.

Nina LARSON
Agence France-Presse

Q : Que pensez-vous du mouvement antiraciste et des commentaires de Lewis Hamilton reprochant à la F1 de ne pas assez s’engager ?

R : On s’est parlé très longuement (avec Hamilton) en vidéoconférence. J’ai beaucoup d’estime pour quiconque a une vocation, un engagement, et je pense que c’est formidable quand on est un leader dans son domaine de vouloir s’engager. Et nous, on est engagés depuis très longtemps au niveau de la FIA sur la diversité, l’égalité de genre… Sous réserve que ça ne soit pas un débat politique. Notre organisation est apolitique, comme le Comité olympique, avec lequel nous travaillons très étroitement. Je suis tout à fait d’accord pour que le sport soit une bonne plateforme, et d’ailleurs, avec la Formule 1, on a donné la possibilité à ceux qui avaient envie de s’exprimer. Il y en a qui peuvent avoir envie de se mettre à genou (pour protester contre le racisme), il y en a qui peuvent ne pas avoir envie de s’exprimer de la même manière. C’est la liberté, la démocratie. La compétition automobile est une plateforme médiatique pour répondre aux défis de la société, comme la sécurité routière, le racisme, le handicap, la discrimination… Ainsi, on aimerait avoir beaucoup plus de femmes en automobile.

PHOTO FABRICE COFFRINI, AFP

Le président de la FIA Jean Todt

Q : La compétition a repris alors que la pandémie de COVID-19 continue à faire des ravages, avez-vous des craintes sanitaires ?

R : Il fallait recommencer la compétition automobile, il fallait recommencer le sport, tout comme rouvrir les magasins, les restaurants… On ne pouvait pas envisager de rester indéfiniment confinés à la maison. Impossible. Donc on a décidé avec nos partenaires, les promoteurs de Formule 1, de refaire un calendrier extrêmement original et puis ensuite d’essayer avec des équipes médicales structurées de recommencer à vivre, de recommencer à organiser des courses. On a déjà fait 3 compétitions de F1, et pour chaque compétition il y a eu plus de 4000 tests, ce qui est énorme. Toute la préparation, avant, pendant et après, s’est avérée un grand succès. Mais on n’a pas le droit de crier victoire, parce qu’on est à la merci de ce virus… tant qu’on n’a pas de vaccin. « 

Q : Vous vous occupez également de sécurité routière, quel impact les confinements ont-il eu dans ce domaine ?

R : Dans chaque crise il y a des côtés positifs. Donc clairement à partir du moment où il y avait moins de véhicules sur les routes, moins de piétons, moins de deux-roues, il y a eu moins d’accidents.  Mais pour moi il y a un enseignement essentiel. Parce que le virus pour l’instant, il a tué un peu plus de 600 000 personnes en quelques mois. La route, tous les ans, tue environ 1,4 million personnes. Avec entre 30 et 50 millions de personnes qui sont blessées avec des séquelles. Et contrairement à la COVID-19 où aujourd’hui il n’y a pas le vaccin, pour la route, on a le vaccin : c’est l’éducation, l’application des lois, le niveau des véhicules, des routes, et la qualité des secours après l’accident. Les États ont organisé un confinement obligatoire, et se sont assurés qu’il était respecté. Moi, mon message, mon hurlement, c’est demander aux gouvernements d’adresser le même message pour la sécurité routière et de la faire respecter de la même manière.