Alexandre Tagliani et Alessandro Zanardi seront toujours liés l’un à l’autre. L’accident s’est passé à des centaines de kilomètres-heure, le 15 septembre 2001, au Lausitzring, en Allemagne. C’était inévitable, tout le monde l’a reconnu. Zanardi et Tagliani étaient tous les deux au mauvais endroit au mauvais moment.

Jean-François Tremblay Jean-François Tremblay
La Presse

Le 15 septembre 2001, c’est le jour fatidique où la monoplace du Québécois a percuté latéralement celle de l’Italien, qui en est ressorti vivant, mais terriblement blessé aux jambes. On a dû les lui amputer, peu après.

Les images donnent encore froid dans le dos. Pour Tagliani commençait une longue remise en question de sa carrière de pilote. Pour Zanardi commençait un long chemin de croix, celui de la rééducation, suivi de la renaissance sportive en cyclisme handisport. Deux chemins qui se séparaient après s’être tragiquement croisés en piste. Pourtant, à travers l’épreuve est né un lien qui ne disparaîtrait jamais.

Lien du texte Sans filtre où Alex Tagliani raconte l’incident

C’est ce qui a rendu le récent accident qui a laissé Zanardi entre la vie et la mort plus bouleversant encore pour Tagliani.

PHOTO JONATHAN FERREY, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Le 15 septembre 2001 au Lausitzring, en Allemagne, la voiture d’Alexandre Tagliani percute violemment celle d’Alessandro Zanardi.

Lisez le message (en anglais) d'Alexandre Tagliani

Revoyez l’accident

« J’ai eu de la difficulté après l’accident en 2001. Je me demandais pourquoi c’est moi qui étais impliqué là-dedans », a expliqué « Tag ». « J’ai fait ce qu’on m’a dit de faire, j’ai regardé l’accident, j’ai regardé les données, mais quand tu vas te coucher, il y a tout le temps quelque chose. J’avais de la difficulté à passer au travers des courses. J’ai une grande mémoire des courses et des détails, mais la course d’après en Angleterre m’avait marqué. Je ne me souvenais de rien. J’ai fait une course et je n’ai aucune idée de ce qui s’était passé. Je n’avais pas la tête à ça.

Je me suis posé la question : un gars qui n’est pas concentré, dans une voiture à cette vitesse… Je me suis posé beaucoup de questions. Tu ne peux pas avoir la tête ailleurs dans ce sport.

AlexandreTagliani

Les deux pilotes avaient tissé un certain lien dans les paddocks. D’abord en raison de leurs origines italiennes. Ensuite de la compatibilité de leurs tempéraments. Et si Tagliani a retrouvé la paix d’esprit en piste, c’est grâce à Zanardi et à sa force de caractère.

À son désir profond de redevenir coûte que coûte le sportif de grand calibre qu’il était, malgré son nouvel état. Zanardi a fameusement dit à son réveil, après l’annonce qu’il avait perdu ses jambes, que c’était « une belle journée, car il était en vie ».

Les deux pilotes s’étaient revus au Molson Indy de Toronto, à l’été 2002. Un grand et beau moment de soulagement pour Tagliani, mais qui illustrait aussi l’homme qu’est Zanardi.

PHOTO GIAMPIERO SPOSITO, ARCHIVES REUTERS

Alex Zanardi

« Quand il était revenu à Toronto et m’avait dit à la blague qu’il mesurait maintenant un pouce de plus [avec ses prothèses], c’est comme s’il m’avait enlevé un point dans la poitrine. C’est grâce à lui que j’ai peut-être continué avec la tête en paix. »

L’accident du 19 juin

Rappel de l’accident. Le 19 juin dernier, Zanardi, 53 ans, menait un petit groupe de cyclistes dans une longue courbe descendante, pilotant un vélo à main spécialement conçu pour lui. Selon les rapports d’incident, une petite bosse lui a fait perdre la maîtrise de son vélo, et il a heurté un semi-remorque qui circulait en sens inverse. Gravement blessé à la tête, défiguré, Zanardi a été héliporté vers Sienne, en Italie, où il a subi d’urgence une intervention chirurgicale au crâne.

Pour l’heure, il reste aux soins intensifs, dans un état décrit comme « grave, mais stationnaire ». L’Italie retient son souffle. Les médecins ont d’ores et déjà admis craindre des dommages irréversibles. Un choc, évidemment, pour une nation pour qui il était devenu un héros.

PHOTO ANDREW MEDICHINI, ASSOCIATED PRESS

Le 24 juin dernier, le pape François a écrit une prière pour Alessandro Zanardi.

Zanardi était déjà un pilote accompli avant l’accident, notamment avec quelques saisons derrière la cravate en F1. Malgré son handicap, il avait d’abord trouvé le moyen de revenir en piste dans différentes séries, roulant même en essai dans une Sauber adaptée pour lui en 2006. Mais c’est en handisport qu’il avait écrit l’autre moitié de sa biographie sportive.

D’abord remarqué dans quelques marathons, il s’impose finalement à celui de New York en 2011. Sa renaissance lui vaudra aussi quatre titres paralympiques, deux médailles d’argent paralympiques ainsi que huit titres mondiaux.

PHOTO ANDREW WINNING, ARCHIVES REUTERS

Alessandro Zanardi a remporté quatre titres paralympiques, deux médailles d’argent paralympiques, ainsi que huit titres mondiaux.

« J’ai pu continuer grâce à son courage et à sa force, poursuit Tagliani, ébranlé. Pour tout ça, quand est arrivé ce nouvel accident, ça m’a fait un point au cœur. Pourquoi lui ? Ça ne devrait pas arriver. Il est tellement un bon gars. Ça m’a fait de quoi.

« Mais les tragédies, certains ne sont pas faits pour avoir ça, d’autres sont capables de les encaisser. Lui, d’après moi, il est capable de surmonter n’importe quoi. Il y a encore énormément de questions pour connaître l’étendue des dommages. On ne peut pas s’avancer, mais il a réussi à se créer une deuxième vie d’athlète, comme s’il était né comme ça. Ça prend toute une personnalité, tout un mental pour faire ce qu’il a fait depuis l’accident. Peu importe ce qui lui arrive, à moins que ce soit irréversible, il a ce qu’il faut pour passer au travers. »