Les voitures de F1 reviennent en piste ce week-end en Autriche pour la première épreuve d’une saison dont de nombreux éléments restent à définir en raison de la pandémie. Les favoris sont encore les pilotes des équipes Mercedes, Ferrari et Red Bull, mais la lutte s’annonce vive derrière eux. Les pilotes canadiens Lance Stroll et Nicholas Latifi pourraient bien en profiter.

Michel Marois Michel Marois
La Presse

Une occasion à saisir pour Lance Stroll

PHOTO MARK SUTTON, AP

Lance Stroll en est à sa quatrième saison en F1. Sa voiture, la Racing Point RP20, devrait lui permettre d'être compétitif.

À sa quatrième saison en F1, Lance Stroll devra prouver qu’il a vraiment sa place en Grand Prix. Le pilote montréalais de 21 ans n’a sans doute jamais disposé d’une meilleure voiture que celle que l’équipe Racing Point a mise en piste cette saison, mais il refuse de s’emballer à quelques heures de la reprise d’un Championnat du monde largement remanié en raison de la pandémie.

«  C’est encore trop tôt pour savoir où nous sommes par rapport aux autres équipes, a-t-il insisté, jeudi, en vidéoconférence à partir de Spielberg, en Autriche. Nous n’avons pas encore disputé une course ! On a bien fait [l’hiver passé] pendant les tests, mais ce n’étaient que des tests. On verra…  »

«  On pense qu’on sera plus compétitifs, a reconnu le pilote canadien, et on espère être en position de marquer des points à chaque Grand Prix. Mais il faut quand même être prudent. Je n’ai pas d’attentes pour le moment. Nous allons disputer une course et voir où nous nous situons par rapport aux autres.  »

Largement inspirée de la Mercedes de la saison dernière, la Racing Point RP20 n’a pas évolué depuis les essais de Barcelone, en février. «  Nous n’avons rien changé sur la voiture, a expliqué Stroll. Des améliorations sont prévues plus tard cette saison, mais nous allons disputer les deux premières épreuves ici en Autriche avec la voiture que nous avions à Barcelone.  »

Interrompu la veille de la première épreuve, en Australie, le Championnat du monde repart dans des conditions particulières en raison de la pandémie. Pour l’instant, huit épreuves sont prévues, toutes en Europe et en l’absence de spectateurs. Des consignes et des protocoles très stricts ont été imposés aux équipes.

«  C’est très différent  », a souligné Stroll, dont le visage était protégé par un masque pendant la vidéoconférence.

Il n’y a pas de spectateurs, on porte tous des masques ici. On verra ce qui se passera au cours des prochaines semaines, mais pour l’instant, je pense que la F1 fait tout ce qu’il faut. On doit passer des tests régulièrement, les consignes sont claires. Je pense qu’on fait ce qu’il faut pour créer un environnement de travail sécuritaire.

Lance Stroll

Stroll est à l’aise sur le Red Bull Ring. «  C’est une piste où j’ai connu beaucoup de succès au fil de ma carrière junior. J’ai toujours aimé le rythme sur cette piste, ça coule bien, et c’est toujours très serré entre les équipes ici parce que les tours sont très courts. C’est important de mettre toutes les pièces du casse-tête ensemble et de compter sur les bons réglages. Je suis donc très excité pour le week-end.  »

Au Canada en octobre ?

Le père de Stroll, Lawrence, a investi des sommes importantes pour faire de Racing Point une formation de pointe en F1. Il a aussi investi dans le manufacturier britannique Aston Martin, qui donnera son nom à l’équipe la saison prochaine. Dans cette perspective, de nombreux observateurs croient que le volant du pilote canadien pourrait être confié à un pilote mieux coté dans un avenir proche si ses performances ne sont pas plus convaincantes cette saison.

Fidèle à lui-même, Stroll a jugé que, s’il y avait des choses à améliorer dans son pilotage, c’est surtout la voiture qui changeait la donne. «  Je pense que notre voiture n’était pas aussi compétitive l’année dernière en termes de vitesse  », a-t-il expliqué.

«  C’est vrai que je dois travailler et je veux toujours m’améliorer, en qualifications et en course. Ce sera ma quatrième saison en F1 et je veux essayer de maximiser toutes les occasions qui se présenteront. C’est tout ce que je peux faire.  »

Les dirigeants de la F1 espèrent une saison d’au moins une quinzaine d’épreuves, mais le calendrier est encore indéfini après le Grand Prix d’Italie, le 6 septembre. Les promoteurs du Grand Prix du Canada sont toujours sur les rangs et une décision devrait être prise bientôt quant à l’organisation éventuelle d’une épreuve au début du mois d’octobre.

«  On ne connaît pas les détails de ce qui se prépare, mais c’est certain que j’aimerais pouvoir courir au Canada, a souligné Stroll. C’est mon Grand Prix préféré, c’est chez moi, notre équipe est canadienne. J’espère vraiment que nous aurons l’occasion de nous rendre au Canada et que je pourrai passer un peu de temps à la maison.  »

Des débuts différents pour Latifi

PHOTO JOE KLAMAR, AGENCE FRANCE-PRESSE

Nicholas Latifi

Nicholas Latifi était à quelques heures de faire des débuts en F1, en mars dernier, quand la pandémie a forcé l’annulation du Grand Prix d’Australie. Près de quatre mois plus tard, c’est dans un contexte très différent que le pilote de l’équipe Williams va s’élancer sur le Red Bull Ring en Autriche.

«  L’ambiance n’est pas la même, c’est certain, a confié le pilote torontois, jeudi, en vidéoconférence. Il n’y a pas de spectateurs, beaucoup moins de monde dans les paddocks. Nous devons porter des masques, subir des tests, respecter des consignes. Ce ne sera pas comme en Australie, mais je suis quand même très excité d’aller en piste et d’enfin pouvoir disputer un week-end de Grand Prix.  »

La recrue entend se montrer prudente.

Je vais m’en tenir à des choses simples : y aller une étape à la fois, un tour à la fois. Mon objectif est simplement de terminer chacun des tours, chacune des séances, en évitant les erreurs et en effectuant les tâches que l’équipe va me confier.

Nicholas Latifi

« Nous ne savons pas vraiment où nous nous situons par rapport aux autres équipes et j’ai l’impression qu’il faudra attendre quelques courses, sur d’autres circuits, pour nous fixer des objectifs plus précis. »

Comme son compatriote Lance Stroll, Latifi doit beaucoup à son père, Michael, qui a financé sa carrière en sport automobile. La société Sofina, propriété de M. Latifi, est d’ailleurs l’un des commanditaires principaux de l’équipe Williams cette saison.

Nicholas ne pourra toutefois compter sur la présence de ses proches en Autriche. « Avec les restrictions, les familles ou les amis ne sont pas admis dans les paddocks, a-t-il rappelé. Cela aurait été bien qu’ils soient ici. Ils ont partagé ce rêve avec moi et je sais que cela représente beaucoup pour eux, pour mon père en particulier. Plus tard cette saison, quand les choses seront rentrées dans l’ordre, je sais qu’ils seront là. »

Latifi espère que cela puisse être le cas en octobre à Montréal. « Je sais que c’est une possibilité, a-t-il souligné. Courir à la maison est évidemment très important pour moi et ce serait vraiment génial s’il pouvait y avoir une partie des spectateurs dans les gradins, car ce sont vraiment eux qui rendent cela si spécial. »

Réaliste, le pilote torontois préfère toutefois se concentrer sur ses débuts, ce week-end, en Autriche. Et il est bien habitué aux contraintes de la pandémie. Lundi dernier, c’est en solitaire qu’il a célébré son 25e anniversaire. « Le fait saillant de ma journée, ç’a été un test de la COVID-19 ! »

Hamilton, un favori sous pression

PHOTO EDGAR SU, REUTERS

Lewis Hamilton

Interrompu par la pandémie de COVID-19, le Championnat du monde de F1 recommence ce week-end en Autriche avec les mêmes acteurs dans les rôles clés.

Le Britannique Lewis Hamilton, de l’équipe Mercedes, est à nouveau favori pour enlever ce qui serait son septième titre mondial, ce qui lui permettrait de rejoindre l’Allemand Michael Schumacher au sommet du palmarès. Le pilote de 35 ans est aussi bien placé pour établir plusieurs records et personne ne s’attend à ce qu’il ralentisse, alors qu’il semble particulièrement motivé.

« Nous vivons tous des temps difficiles, a-t-il rappelé en vidéoconférence jeudi, mais c’est aussi un moment où l’action a pu laisser la place à la réflexion. J’ai eu du temps pour penser à autre chose que la F1. » Premier champion du monde noir, le Britannique a toujours été sensible au racisme et aux inégalités. La mort de George Floyd et les évènements survenus aux États-Unis l’ont beaucoup touché et il s’est engagé personnellement, dans une fondation notamment.

C’est dommage qu’il a fallu une autre mort pour qu’on s’empare enfin de ce combat contre le racisme. Nous pouvons utiliser l’audience de la F1 pour faire passer un message, éduquer les gens. Et c’est bien que la F1 soit finalement plus active dans ce domaine.

Lewis Hamilton

Les dirigeants de la F1 et les équipes ont annoncé plusieurs initiatives. Mercedes, par exemple, a décidé de peindre ses voitures dans une livrée noire. « J’ai passé beaucoup de temps à discuter avec les gens de mon équipe pour qu’ils me suivent et je suis content de voir qu’ils le font. Il y a toutefois encore beaucoup à faire. Les possibilités sont très nombreuses dans les métiers du sport automobile, mais très peu sont offertes aux minorités. »

Au-delà de son équipe, Hamilton veut aussi impliquer concrètement les autres pilotes. « Nous verrons ce que nous ferons dimanche, mais le plus important est de le faire ensemble. Il ne suffit toutefois pas de faire passer un message un jour et de l’oublier ensuite », a-t-il insisté, bien conscient de l’importance de saisir l’occasion.

Sur le plan sportif, Hamilton et son coéquipier Valtteri Bottas tenteront d’offrir à leur équipe son septième double titre (pilote et constructeur) en sept saisons. La Mercedes W11 a été impressionnante aux essais hivernaux, mais la saison s’amorce sur un circuit, le Red Bull Ring, où l’équipe a souvent connu des ennuis.

« C’est un circuit difficile pour nous, a rappelé Hamilton. L’année dernière, nous avons connu des problèmes avec la température de la voiture. En principe, ça devrait aller mieux cette saison, mais il faudra voir. Contrairement à nous, l’équipe Red Bull a souvent été très forte ici et Max [Verstappen] progresse chaque année. Il sera un adversaire redoutable, ici, lors des deux prochains week-ends, et toute la saison. »

L’année de Verstappen

PHOTO JOAN MONFORT, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Max Verstappen, pilote chez Red Bull

À 22 ans, le Néerlandais Max Verstappen a effectivement beaucoup progressé. Plus constant, même si son tempérament le pousse parfois à des manœuvres risquées, le pilote de Red Bull s’est montré le plus sérieux rival de l’écurie Mercedes, la saison dernière.

Cette année, il a l’avantage de disputer les deux premières courses sur un circuit où il s’est imposé lors des deux dernières saisons et veut en profiter pour vite afficher ses ambitions.

« La piste m’a beaucoup manqué, mais je ne pense pas avoir été mieux préparé que cette saison. J’ai pu faire pas mal de simulateur durant le confinement et je suis heureux d’être de retour, particulièrement ici, en Autriche. L’équipe a beaucoup travaillé et nous sommes bien placés. Nous aurons déjà des évolutions ici [par rapport aux essais hivernaux] et j’ai vraiment hâte de voir où nous serons par rapport à Mercedes et à Ferrari. »

Reste à voir si Verstappen pourra éviter les erreurs dans une saison écourtée où chaque faux pas sera chèrement payé. « Que nous ayons 8 ou 22 courses, ce sera la même chose pour moi, a-t-il quand même assuré. Je ne changerai pas mon approche en piste, je veux toujours faire le mieux à chaque Grand Prix, courir pour gagner. Une erreur coûtera plus cher, c’est certain, mais ça ne changera pas mon pilotage. »

La guerre chez Ferrari ?

PHOTO MAXIM SHEMETOV, REUTERS

Sebastian Vettel et Charles Leclerc

Évincé de l’équipe Ferrari la saison prochaine, l’Allemand Sebastian Vettel va côtoyer cette année le nouvel enfant chéri de la Scuderia, le Monégasque Charles Leclerc. Les relations n’ont pas toujours été cordiales la saison dernière entre les deux pilotes, avec notamment quelques touchettes, au Brésil en particulier. Chose certaine, le quadruple champion du monde n’entend pas se contenter du rôle de second violon.

« Nous sommes une équipe et nous ne devons pas la laisser tomber, mais en même temps, chaque pilote court aussi pour lui, a rappelé Vettel, jeudi, en vidéoconférence. Pour l’instant, on ne sait pas vraiment comment les choses vont se dérouler, si nous serons compétitifs, s’il faudra donner la préférence à l’un ou à l’autre des deux pilotes. Je ne vais pas rendre la vie plus facile à Charles sur la piste. Exactement comme l’an passé. »

Leclerc ne s’en est pas offusqué. « Sebastian m’a beaucoup appris lors de la dernière saison. On s’est bagarrés parfois sur la piste, mais on a aussi travaillé en complémentarité, comme une équipe, ce qui est le plus important en fin de compte. Cela sera sans doute la même chose en 2020. »

Plus que d’une éventuelle « guerre interne », les deux pilotes se sont plutôt inquiétés de la compétitivité de la nouvelle SF1000 face à ses rivales. Le directeur de la Scuderia, Mattia Binotto, a reconnu que la voiture était en retrait des nouvelles Mercedes et Red Bull l’hiver dernier et qu’il faudrait sans doute patienter quelques courses et l’introduction de nouvelles pièces pour voir Leclerc et Vettel lutter aux avant-postes.

Des règles strictes

PHOTO LEONHARD FOEGER, REUTERS

Des employés du Red Bull Ring, en Autriche, entrent sur le circuit automobile.

Près de quatre mois après un lancement avorté, le Championnat du monde de F1 repart dimanche en Autriche dans des conditions encore bien incertaines. Pandémie oblige, il n’y aura pas de spectateurs et les équipes devront travailler avec des protocoles très stricts. Les deux premières épreuves seront disputées dimanche et dimanche prochain à Spielberg en Autriche. Situé dans la campagne de Styrie, le Red Bull Ring est à l’écart des grands centres et les dirigeants de la F1 y ont créé un environnement protégé pour relancer la saison. Chaque équipe est regroupée et isolée dans un hôtel, les effectifs sont réduits, des contrôles de température sont effectués pour accéder aux paddocks et tout le monde doit se soumettre à des tests plusieurs fois par semaine. Un nombre restreint de représentants des médias a été admis pour assurer la télédiffusion de l’évènement.

Un calendrier à compléter

Le patron de la F1, Chase Carey, a confirmé hier qu’il espérait dévoiler « au cours des prochains jours » la suite du calendrier 2020, qui s’ajoutera aux huit épreuves déjà prévues. Carey a souligné que l’organisation de plusieurs évènements était déjà acquise, avec notamment des épreuves à Bahreïn et Abou Dhabi en fin de saison, mais que les dates définitives de certains d’entre eux étaient encore à préciser. Il a aussi reconnu que la portion nord-américaine du calendrier, avec notamment la possibilité d’organiser un Grand Prix à Montréal au début de l’automne, restait incertaine en raison de l’évolution constante de la pandémie dans les pays concernés. Carey a finalement confirmé que les dirigeants de la F1 espéraient encore pouvoir accueillir un nombre restreint de spectateurs plus tard cette saison. Les amateurs canadiens et étrangers devront donc patienter encore un peu !

On pense déjà à 2021

La saison 2020 n’est pas encore en marche, mais les équipes préparent déjà l’avenir, avec d’importants changements prévus lors des deux prochaines saisons. Les nouvelles règles techniques ont été reportées d’une année, en 2022, mais les voitures seront quand même différentes en 2021 puisque les équipes ont convenus de modifications aérodynamiques qui permettront à Pirelli d’utiliser les mêmes pneus que cette saison. Les budgets des équipes seront aussi limités, un changement particulièrement crucial en raison de la pandémie. Plusieurs équipes risquent néanmoins de ne pas traverser la crise et on dit que Williams et McLaren sont à la recherche d’investisseurs, voire d’acquéreurs pour leur programme de F1.