(Paris) Le sextuple champion du monde Lewis Hamilton s’est encore illustré dans le rôle d’aiguillon de la Formule 1, dénonçant le silence des « plus grandes stars » de son sport « dominé par les blancs » après la mort de George Floyd aux États-Unis.

Jean-Louis Doublet
Agence France-Presse

« Personne ne bouge le petit doigt dans mon sport qui est bien sûr dominé par les blancs. J’y suis l’une des seules personnes de couleur, je reste encore seul », a lancé au cours du week-end sur Instagram le pilote britannique, lui-même métis, alors que les États-Unis s’enflammaient.

« J’aurais cru que vous verriez maintenant pourquoi cela arrive et réagiriez, mais vous ne pouvez pas vous dresser à nos côtés. Sachez juste que je sais qui vous êtes et que je vous vois », a encore écrit Hamilton.

Il a de nouveau publié un message mardi sur la même plateforme, affirmant avec une photo d’un poing levé « cette dernière semaine a été si sombre, je n’ai pas pu contrôler mes émotions ».

« Je suis submergé par la rage en voyant un tel mépris pour les vies de notre peuple », a-t-il ajouté, affirmant que « cette injustice doit cesser ».

Ce n’est pas la première fois qu’il utilise sa notoriété pour défendre des causes allant au-delà du sport. L’écologie, la défense des animaux, le réchauffement climatique l’ont vu « monter au créneau », même s’il n’apparaît pas le mieux placé en la matière compte tenu de la nature même du sport automobile.

Mais à 35 ans et fort d’une extraordinaire carrière, son aura est énorme avec 16,3 millions de personnes qui le suivent sur Instagram et 5,7 millions sur Twitter.

Plusieurs autres pilotes l’ont ensuite imité, sur un ton parfois contrit.

« Pour être complètement honnête, je ne me sentais pas à ma place et pas à l’aise de partager mes pensées sur les réseaux sociaux. Mais j’avais complètement tort », a répondu sur Twitter le pilote monégasque de Ferrari Charles Leclerc, 22 ans.

Un point de vue partagé par le Britannique George Russell (Williams), aussi âgé de 22 ans, et également par Alex Albon (Red Bull), 24 ans, dont la mère est thaïlandaise.  

« Défendre ce qui est juste »

Le Britannique Lando Norris (McLaren), l’un des plus actifs à 20 ans sur les réseaux sociaux, a reconnu que son audience lui donnait un rôle particulier à tenir pour « défendre ce qui est juste ».

Mais cet activisme n’est pas unanimement partagé. Le contre-exemple est Sebastian Vettel, qui court encore jusqu’à la fin de la saison pour Ferrari.

Le quadruple champion du monde allemand a fait le choix d’être absent des réseaux sociaux et garde un silence total sur sa vie personnelle et ses opinions.

Cela ne joue pas nécessairement en sa faveur alors qu’il est pour le moment sans volant en 2021, après avoir annoncé qu’il quittait Ferrari.  

Une source proche de la F1 faisait ainsi observer à l’AFP qu’un éventuel futur patron ne pouvait ignorer le fait que le double champion du monde espagnol Fernando Alonso, désireux à 38 ans de revenir dans la catégorie, pèse plus lourd de 7 millions d’abonnés.

Mercedes, pour qui Hamilton court depuis 2013 et a remporté cinq de ses six couronnes mondiales, lui a en tout cas immédiatement apporté son soutien dimanche. « Nous sommes avec toi Lewis, la tolérance est l’un des principes élémentaires de notre équipe », a affirmé sur Instagram l’écurie allemande.

Devenu un des porte-voix de ses pairs lors des récentes négociations sur le nouveau règlement de la F1, quitte à critiquer les propositions des instances dirigeantes de son sport, le Britannique n’est pas le premier pilote à « l’ouvrir ».  

L’Écossais Jackie Stewart, dans les années 1960 et 1970, avait mené une campagne pour la sécurité des circuits et des pilotes qui lui avait aliéné beaucoup de monde. L’Autrichien Niki Lauda, décédé l’an dernier à 70 ans, était également réputé pour son franc-parler et son caractère frondeur.  

Mais la plupart de leurs prises de position restaient dans le cadre de la F1 et du sport automobile, dont n’hésite pas à sortir Lewis Hamilton.

Il avait été ainsi le premier à dire publiquement, en plein début de pandémie de nouveau coronavirus mi-mars, que la F1 n’avait rien à faire en Australie où allait se disputer le premier Grand Prix de la saison, dénonçant au passage « l’argent roi ». Moins de 36 heures après, tout le monde avait plié bagage suite à un premier cas positif sur le paddock.