Daniel Ricciardo pouvait difficilement choisir un meilleur moment pour donner une démonstration époustouflante de son talent, il y a quelques jours, en remportant le Grand Prix de Monaco.

Publié le 7 juin 2018
Michel Marois
Michel Marois LA PRESSE

L'Australien a reçu les éloges unanimes de tout le gratin de la F1 et il est le pilote le plus recherché du plateau en cette période de la saison où les équipes embauchent leurs pilotes pour l'année suivante.

La grande séduction pour Ricciardo

Les dirigeants des trois équipes de pointe - Mercedes, Ferrari et Red Bull (son employeur actuel) - lui font les yeux doux, et ceux des autres équipes ne peuvent que rêver d'avoir un pilote aussi talentueux au volant de leurs voitures. Même Lewis Hamilton lui a offert ses services pour négocier son prochain contrat !

Une rumeur laisse entendre que Ricciardo aurait déjà conclu une entente verbale avec Ferrari, mais le principal intéressé l'a démentie à Monaco.

En fait, aucune option n'est vraiment parfaite pour le sympathique pilote de 28 ans. Chez Ferrari ou chez Mercedes, il serait aux prises avec un coéquipier bien installé dans le siège du premier pilote, que ce soit Sebastian Vettel ou Lewis Hamilton, deux quadruples champions du monde qui sont en mesure d'imposer leur volonté.

Ce n'est d'ailleurs pas étonnant qu'ils aient récemment l'un et l'autre vanté leurs coéquipiers actuels, Kimi Räikkönen et Valtteri Bottas, deux pilotes doués, certes, mais bien moins « dangereux » que Ricciardo.

Éclipser Vettel

Vettel a déjà pu mesurer le talent de l'Australien en 2014, quand ce dernier l'a rejoint chez Red Bull.

L'Allemand venait de remporter quatre titres consécutifs, mais à la surprise de tous, c'est Ricciardo qui a vite pris l'ascendant et Vettel est parti chez Ferrari. Quatre ans plus tard, il n'a sûrement pas envie de revivre un scénario similaire...

Avec déjà deux victoires cette saison, Ricciardo est troisième au classement du Championnat du monde et ses rivaux, Lewis Hamilton le premier, ne doutent pas qu'il puisse se mêler à la lutte pour le titre.

Pendant que son jeune coéquipier Max Verstappen multiplie les erreurs, Ricciardo exploite chaque occasion d'obtenir un résultat souvent meilleur que ce que sa voiture vaut vraiment. On l'a bien vu à Monaco, alors qu'il a résisté pendant toute la course à un groupe compact de rivaux, même si le moteur de sa voiture ne fonctionnait qu'à environ 80 % de ses possibilités.

« Les meneurs ont encore une bonne avance, a toutefois tempéré Ricciardo après sa victoire. Lutter pour le Championnat n'est pas impossible, mais ce n'est sûrement pas en tête de mes préoccupations actuellement. Il va falloir prouver au moins une fois avant la pause estivale que nous sommes capables de gagner sur des circuits différents. Si nous le faisons, on pourra parler d'une lutte pour le titre. »

En 2014, Daniel Ricciardo (à g.) s'était joint à Sebastian Vettel (à d.) chez Red Bull. Ricciardo avait vite pris le dessus. On les voit ci-haut avec Lewis Hamilton après les qualifications du GP de Chine le 19 avril 2014. Photo AP

La clef, c'est le moteur

Ce serait toutefois surprenant que sa Red Bull soit vraiment en mesure de rivaliser avec la Mercedes de Hamilton ou la Ferrari de Vettel sur tous les circuits. L'équipe austro-britannique n'a en effet pas les mêmes ressources que ses rivales, sur le plan du moteur en particulier, et c'est là que le bât blesse pour Ricciardo.

Au contraire de ses deux rivales, l'équipe Red Bull n'est que la cliente de Renault. Le groupe propulseur français concède encore une bonne marge de puissance à ceux de Mercedes ou de Ferrari, même si une version améliorée fait ses débuts cette semaine sur le circuit Gilles-Villeneuve.

Les dirigeants de l'équipe étudient la possibilité d'utiliser les moteurs Honda, en grand progrès cette saison dans les voitures de l'équipe Toro Rosso, la formation « B » de Red Bull.

Christian Horner, directeur de l'équipe, a d'ailleurs expliqué à Monaco qu'une décision sur le motoriste en 2019 devrait être prise avant qu'on puisse régler le dossier de Ricciardo, mais il est loin d'être acquis que l'Australien voudra sacrifier une ou deux saisons au développement d'un nouveau moteur.

Autre détail d'importance : Verstappen touche pratiquement le double du salaire de Ricciardo cette saison ! En fait, l'Australien ne reçoit que 6 millions, bien loin des 50 millions de Vettel ou des 40 millions de Räikkönen.

L'heure du choix est arrivée pour Daniel Ricciardo et l'équipe qui va le convaincre de signer avec elle devra y mettre le prix !

Des victoires mémorables

Daniel Ricciardo est réputé pour être l'un des meilleurs « finisseurs » en Grand Prix et même si la F1 moderne ne favorise guère les dépassements, ses victoires ont souvent été marquées par des remontées spectaculaires.

Lors de sa toute première, au Canada en 2014, l'Australien n'était que huitième après son deuxième changement de pneus. Mais il est remonté jusqu'à la troisième place, avant de doubler Sergio Perez, puis le meneur Nico Rosberg en vue de l'arrivée.

Ricciardo a encore refait le coup, cette année en Chine, doublant successivement Kimi Räikkönen, son coéquipier Max Verstappen, Lewis Hamilton, Sebastian Vettel et finalement Valtteri Bottas pour arracher une victoire très méritée.

Une célébration odorante : le shoey

Ricciardo célèbre ses victoires avec une tradition australienne, le « shoey ». Cela consiste à boire du champagne dans une chaussure, en l'occurrence un de ses bottillons de course, et le pilote a même réussi à convaincre quelques dignitaires invités sur les podiums de l'imiter.

Les dirigeants de la F1 ont d'ailleurs tenté d'obtenir une licence pour l'utilisation exclusive de l'expression à des fins commerciales, mais une société australienne d'articles de surf et de pêche l'avait déjà fait pour les vêtements et Liberty Media s'est contenté d'une licence pour les verres, bouteilles, flasques, sculptures et figurines.

Daniel Ricciardo en bref

Australien, 28 ans

Né à Perth, le 1er juillet 1989

1,80 m, 70 kg

Revenus en 2018 : environ 6 millions

Site internet : https://danielricciardo.com/

Début en F1 : 2011, chez Toro Rosso

Grands Prix : 134

Victoires : 6

Podiums : 28

Positions de tête : 3

Meilleurs tours : 12

Points : 863