À première vue, voilà un titre bizarre pour qualifier le rendement de la pire équipe de la LNH. Sur le plan de la performance, la saison du Canadien est en effet un désastre. Mais en sport comme dans la vie, il faut parfois reculer pour mieux rebondir. L’organisation avait besoin d’un solide coup de barre et Geoff Molson l’a enfin donné.

Publié le 2 mai

Il était temps de couper les liens avec le directeur général Marc Bergevin et le recruteur en chef Trevor Timmins, qui ont montré leurs limites au cours des dernières années : absence des séries en 2016, élimination en première ronde en 2017, nouvelles absences en 2018 et en 2019 et qualification malgré une 24e place au classement général en 2020 en raison de la pandémie.

L’été dernier, l’étonnante participation à la finale de la Coupe Stanley, en grande partie le résultat des miracles de Carey Price, a failli sauver Bergevin et Timmins. Mais ils n’ont pas saisi cette occasion pour assurer leur place.

Évoluant dans un univers parallèle où même la sélection de Logan Mailloux leur a paru un choix judicieux qui serait accepté au Québec, les deux hommes ont commis plusieurs erreurs.

Leur manque de sensibilité envers les joueurs du Québec a éloigné l’organisation de ses fans. C’est sous leur régime que, pour la première fois de sa longue et glorieuse histoire, le Canadien a disputé un match sans aligner un seul joueur d’ici. C’était le 10 mai 2021, une date sombre dans les annales du club.

L’été dernier, dans un ultime baroud d’honneur, Bergevin a embauché et repêché plusieurs Québécois. Cela a senti à plein nez la gestion de crise. En revanche, pour un écart de 500 000 $ US par saison, il a laissé filer à Los Angeles Phillip Danault, un attaquant populaire et efficace.

Quelques mois plus tard, après un terrible début de saison, Geoff Molson est finalement sorti de son hibernation et a pris les décisions qui s’imposaient en faisant maison nette.

Après l’obscurité, l’éclaircie. Elle s’est manifestée par les embauches audacieuses de Jeff Gorton, Kent Hughes, Martin St-Louis et Chantal Machabée. Comme si le CH s’était transformé en laboratoire où tenter des expériences est soudainement devenu la norme.

Gorton ? Un vice-président hockey qui ne parle ni ne comprend le français. Il est donc coupé d’une grande partie du marché dans lequel son équipe évolue. Imaginez le grand patron des Yankees de New York ou des Cowboys de Dallas, deux autres équipes légendaires, qui ne dirait pas un mot d’anglais. C’est pourtant la situation qu’on vit à Montréal.

Hughes ? Zéro expérience comme DG. Être un agent renommé, c’est une chose. Être DG, c’en est une autre.

St-Louis ? Sa seule expérience de coaching avant de s’installer derrière le banc du CH était dans les rangs pee-wee.

Machabée ? Belle feuille de route, mais 30 ans à l’antenne de RDS ne préparent pas nécessairement à gérer les communications du Canadien.

Oui, un laboratoire. On verra si les résultats seront concluants, mais pour l’instant, ce quatuor inspire confiance. On sent une démarche cohérente, on apprécie une transparence accrue, et on ravive l’espoir que l’équipe reprenne peu à peu du tonus.

Gorton n’a pas participé au bilan médiatique de samedi. C’est la première fois dans l’histoire contemporaine du CH que le vrai patron hockey évite ainsi les questions, un choix bizarre. Peut-être que Molson ne souhaite pas trop rappeler que son bras droit ne parle pas français.

En revanche, Hughes est un excellent communicateur, qui explique bien les défis auxquels son patron et lui font face.

Plus important encore : les échanges de Tyler Toffoli, Ben Chiarot et Artturi Lehkonen avant la date limite des transactions montrent que les deux hommes sont prêts pour la reconstruction.

N’ayons pas peur de ce mot. Reconstruire ne signifie pas larguer les trois quarts des joueurs sur un coup de tête, mais plutôt procéder à des modifications significatives dans le fonctionnement de toutes les opérations (recrutement, développement, encadrement). Cela se fait par des changements de personnel, bien sûr, mais aussi par l’adoption de nouvelles stratégies pour renforcer l’organisation.

L’arrivée de St-Louis représente la plus belle surprise. Son amour viscéral du hockey, son énergie contagieuse et son attitude positive lui ont permis de redonner vie à l’équipe, un tour de force dans les circonstances. Sous sa gouverne, les joueurs ont fourni un véritable effort. Sa plus grande réussite : avoir redonné des ailes à Cole Caufield, dont les ennuis inquiétaient de plus en plus.

St-Louis deviendra-t-il un grand entraîneur dans la LNH ? Il en a le potentiel. Mais comment réagira-t-il aux inévitables crises, petites et grandes, qui perturbent la vie d’une équipe ? Pour l’instant, il savoure une lune de miel avec les fans, qui ne lui ont même pas tenu rigueur d’une série de neuf revers d’affilée en fin de calendrier, la plus longue du Canadien depuis la Seconde Guerre mondiale.

Quant à ses joueurs, ils ont évolué sans pression puisque les séries éliminatoires étaient hors de portée à son arrivée derrière le banc. Ce sera différent la saison prochaine. Les attentes, sans être démesurées, seront plus élevées, notamment à propos du jeu défensif.

De son côté, Machabée a apporté une certaine sérénité aux relations médiatiques du CH. On sent l’organisation moins sur la défensive, déjà un changement de cap.

Le CH était mûr depuis trois ans pour une refonte en profondeur. Les résultats ne seront pas immédiats. Il y aura des séquences pénibles, et des erreurs seront commises. Mais une page a été tournée au cours des derniers mois.

Alors même si l’équipe a terminé au dernier rang du classement, j’estime que la saison a été un succès, puisque de nouvelles fondations ont été creusées.

Les deux prochaines campagnes seront difficiles. Mais si le CH joue avec énergie, si on sent du dynamisme et une progression sur la patinoire et si les jeunes joueurs obtiennent une véritable chance de briller, les fans – j’en suis convaincu – encourageront leurs favoris avec enthousiasme et tolérance.