Des côtes brisées. Un poumon perforé. Une opération d’urgence. Les médecins étaient pessimistes. Ce sera « presque impossible » pour vous d’assister aux Jeux de Pékin, ont-ils annoncé à Claude Julien.

Mis à jour le 11 février

C’était il y a deux semaines, à Davos, en Suisse. Claude Julien venait tout juste de participer à une activité d’intégration, avec les joueurs et les entraîneurs de l’équipe masculine de hockey du Canada. « On faisait de la luge, sur un petit toboggan », raconte-t-il. C’était glissant. Il a chuté et percuté un arbre. Le choc a été violent. Il s’est immédiatement rendu à l’hôpital.

Les médecins l’ont d’abord soumis à des examens aux rayons X. Diagnostic : des contusions aux côtes. Sauf qu’en revenant à l’hôtel, Claude Julien avait de plus en plus mal. « Je ressentais des symptômes qui m’indiquaient qu’il y avait quelque chose de plus. Je suis retourné à l’hôpital. Ils m’ont fait passer d’autres examens [en tomodensitométrie]. C’est là qu’ils ont découvert qu’en plus de côtes fracturées, j’avais aussi un poumon perforé. »

Moins de 24 heures après son accident, Claude Julien s’est retrouvé sur la table d’opération. Ça ne se présentait pas bien, confie-t-il. « C’était difficile à accepter. Les autres entraîneurs et moi, on avait mis beaucoup de temps pour préparer l’équipe. Avec la pandémie, on avait fait beaucoup de dépistage avec la vidéo. C’était décevant, mais c’était la réalité. »

L’opération a été un succès. « Ça a aidé non seulement mes côtes, mais aussi mon poumon qui était perforé. » Malgré tout, les médecins préféraient rester prudents.

Ils m’ont dit que c’était presque impossible que je puisse me rendre en Chine, et à ce moment-là, c’était vrai.

Claude Julien

Le 30 janvier, Hockey Canada a donc publié un communiqué, pour annoncer que l’ancien entraîneur-chef des Blackhawks de Chicago, Jeremy Colliton, allait remplacer Claude Julien à la tête de l’équipe masculine. « Claude était emballé et honoré de faire partie d’Équipe Canada pour les Jeux, et nous sommes tous déçus qu’il ne puisse plus diriger notre formation à Pékin », avait même déclaré le directeur général d’Équipe Canada, Shane Doan.

Puis Claude Julien a repris du mieux.

Vite.

Très vite.

« Je suis resté une semaine à Davos. Là-bas, on est à 5000 pieds au-dessus du niveau de l’océan. J’ai fait tous les exercices qu’on me demandait pour guérir mon poumon. Ça s’est bien passé. »

Après le départ d’Équipe Canada, des médecins suisses l’ont pris en charge. « Si je suis en Chine aujourd’hui, c’est beaucoup grâce à eux. Le gars qui m’a opéré a été fantastique. Son travail m’a permis de guérir plus rapidement. Quand l’équipe est partie, ils sont venus me voir presque tous les jours. Ils venaient vérifier comment j’allais. Ils poussaient vraiment fort pour que je puisse aller aux Jeux. Ils sont restés en contact avec le personnel médical canadien, et lui ont dit : on va tout faire pour vous redonner votre coach. »

Les gens qui connaissent bien Claude Julien ne seront pas surpris d’apprendre que pendant sa convalescence, l’ancien entraîneur-chef du Canadien a continué de superviser Équipe Canada – à distance.

« La pilule a d’abord été difficile à avaler. Mais le personnel d’entraîneurs, mené par Jeremy, a fait un très bon travail. Il a suivi le plan de match qu’on avait préparé. J’ai été capable de voir tous les entraînements, ainsi que la partie hors-concours contre les États-Unis. J’ai pu continuer à avoir un œil sur tout ça. Les joueurs se sont aussi très bien adaptés. Nous avons un groupe tellement formidable. Si ça s’est mieux passé que prévu, c’est à cause de la personnalité des gens dans notre équipe. »

Puis contre toute attente, environ une semaine après son accident, Claude Julien a obtenu le feu vert des médecins pour rejoindre l’équipe à Pékin. « Il n’y avait plus de risques. C’est pour ça qu’ils m’ont laissé partir. »

Sauf que Claude Julien n’était pas encore au bout de ses peines. On n’entre pas aussi facilement en Chine, en pleine pandémie, que dans une épicerie de quartier. Il y a un formulaire à remplir. Et un autre. Et un autre. Et un autre. Plus les tests contre la COVID-19.

« À quel moment as-tu ressenti un soulagement ? », lui ai-je demandé.

« Quand je suis embarqué dans l’avion. Là, je savais que j’étais en route pour de bon. Le vol a été excellent. J’ai même dormi. Et à l’aéroport de Pékin, tout s’est passé rapidement. À leur arrivée, les gars de l’équipe avaient attendu trois heures. Moi, je suis passé en une demi-heure [rires]. »

Quelques heures plus tard, Claude Julien s’assoyait dans les hauteurs du Palais omnisports de Wukesong, à Pékin, pour assister au premier match des Canadiens contre les Allemands. Il a beaucoup apprécié ce qu’il a vu.

« Ce que j’aime de notre équipe, c’est qu’on a de gros joueurs, et de bons patineurs. Et comme nous jouons sur une petite glace, nous sommes confortables avec notre style de jeu. On veut jouer à la canadienne, c’est-à-dire un bon échec avant, une bonne pression sur l’autre équipe. Nous voulons étouffer nos adversaires dans leur propre zone. Tuer les jeux le plus tôt possible. Nos gars l’ont bien fait [contre les Allemands]. Nous souhaitons également de belles transitions en zone neutre. Je pense que notre équipe s’en est très bien tirée dans ce premier match. »

Vendredi, face aux Américains, Claude Julien ne sera plus dans les hauteurs de l’aréna, mais au niveau de la glace, derrière le banc.

Là où il se sent le mieux.

Là où, il y a deux semaines, il était « presque impossible » de l’imaginer.