(Pékin) Pourquoi tenir des Jeux olympiques à tout prix quand le monde est enflammé par un virus ?

Publié le 2 février

Quelques heures passées à Pékin me font répondre : justement, parce que le monde entier est infecté. Le monde entier, mais pas nous, la Chine. Ou si peu. Et on va vous prouver qu’on est meilleurs que vous.

Bref, à toutes les raisons politiques de faire ces Jeux, les Chinois en ont ajouté une nouvelle, paradoxale mais impérative : la pandémie.

Ces Jeux doivent avoir lieu coûte que coûte pour dire au reste du monde en détresse, mais surtout aux Chinois, que seul le Parti communiste chinois a su faire face à la COVID-19. Venez voir, on va vous montrer…

Et on nous le montre. Dès l’arrivée au comptoir parisien de la compagnie aérienne, le personnel détonne avec son uniforme « hazmat ».

On a beau être averti, ça fait drôle d’entrer dans un avion où tout le personnel est comme emballé sous vide.

« Ici le capitaine, bienvenue à bord d’Air China… »

Ils se promènent dans les allées comme une équipe de démineurs entreraient dans un champ douteux. Ils viennent prendre notre température : 36 degrés. Pouce en l’air !

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

Dans l’avion vers Pékin, les employés d’Air China portaient des vêtements de protection contre la COVID-19.

J’étais fier.

Ils reviendront trois fois.

Ce qui m’a surpris le plus, c’est à quel point une chose étrange peut rapidement devenir presque normale. À l’aéroport de Pékin, tous les vols internationaux sont suspendus, sauf les vols nolisés pour les Jeux olympiques.

Dans l’aile déserte de l’aérogare, les mêmes habits tout blancs lignés de bleu nous attendent par dizaines et nous guident vers le test COVID. Pas seulement le personnel médical des tests : tout le personnel. Peu à peu, l’humanité perce à travers ces combinaisons de robots mous d’où n’émerge pas le moindre millimètre de peau.

Celui-ci me souhaite « bonne année », car l’année du Tigre commençait mardi. L’autre a un gros badge du Parti communiste chinois, rare fantaisie dans ce cortège uniforme. Ces deux-là ont l’air d’étudiants bénévoles. « Bienvenue à Pékin. » La forme des corps se dessine. On tente de deviner une hiérarchie entre eux par leur emplacement dans les corridors.

Le bus nous mène rapidement à l’hôtel, entouré d’une petite muraille de Chine métallique temporaire. Six personnes, trois de chaque côté, s’affairent à l’ouvrir, comme elles le font toutes les 20 minutes.

Je ne sors de cet enclos que pour reprendre le bus ; bus qui ne circule qu’à l’intérieur de cette bulle dans la ville.

Jusqu’ici, près de 300 cas ont été détectés parmi les quelque 10 000 visiteurs étrangers : athlètes, personnel, médias. Chacun étant testé à l’arrivée, puis quotidiennement, et très sérieusement, sans compter toutes les mesures barrières, les risques de dérapage sont limités et contrôlés.

Ce qui est moins clair, c’est la capacité de survie à long terme de la politique chinoise de « zéro COVID ».

Les frontières du pays sont fermées, et, sauf pour les Jeux, toute personne entrant au pays doit subir une quarantaine de trois semaines dans un hôtel. Dès qu’un cas apparaît dans un quartier, les consignes de confinement sont strictes, et le dépistage est obligatoire pour tous. On est en train de tester 2 millions de personnes dans des districts de Pékin. Xian, une ville de 13 millions d’habitants, a été complètement bouclée pendant un mois après l’apparition de 200 cas en décembre. Confinement total.

Officiellement, la Chine n’a recensé que 133 000 cas depuis le début de la pandémie. Ce serait moins que le Québec depuis deux semaines.

Les chiffres officiels sont hautement douteux, surtout quand la Chine ne rapporte aucun décès COVID depuis le 1er avril… 2020. La Chine, avec ses 1,4 milliard d’habitants, comptabilise officiellement 4636 morts COVID depuis le début de la pandémie – trois fois moins qu’au seul Québec, avec ses 8,5 millions d’habitants.

Statistiquement, ces chiffres n’ont aucun sens aux yeux des analystes occidentaux. Ils servent tout de même de propagande spectaculaire quand on les met en contraste avec ceux des Occidentaux, en particulier ceux des États-Unis, qui approchent le million de morts. Le message : quel régime politique cruel laisserait mourir ses gens en si grand nombre ?

Même si les données officielles sont douteuses, il n’empêche : en dehors des bouclages de quartiers et des confinements sévères occasionnels, la vie chinoise continue sans trop de restrictions sanitaires. Les hôpitaux ne sont pas débordés depuis la première vague.

Des experts occidentaux doutent que la politique zéro COVID puisse survivre au variant Omicron, qui apparaît à peine en Chine. D’autres avancent que le peu de cas dans la population la rend plus « naïve » immunitairement et prépare une flambée future. La réponse officielle se trouve dans la politique de vaccination et le développement de nouveaux vaccins.

Mais pour les trois semaines qui viennent, en toile de fond du jeu sportif et de l’épreuve de force politique, la discipline sanitaire chinoise veut se donner en spectacle et prendre tout le podium.