Vous auriez préféré Patrick Roy. Ou Mathieu Darche. Ou Patrick Roy. Ou Daniel Brière. Ou Patrick Roy. Entendu. Sauf que le Canadien en a décidé autrement. Son prochain directeur général sera plutôt l’ex-agent québécois Kent Hughes.

Publié le 19 janvier

Vous êtes déçu ? Consolez-vous ; votre candidat préféré n’héritera pas d’un cadeau empoisonné. Car le Tricolore, présentement, c’est un peu ça. Une équipe centenaire, légendaire, soutenue par des millions de partisans passionnés qui attendent qu’un chevalier blanc sorte l’équipe de la médiocrité l’année prochaine. Ou, dans le pire des cas, d’ici deux ans.

La vérité ? Kent Hughes se retrouve aujourd’hui au volant d’une machine enlisée dans une mare de fange, elle-même engloutie dans un étang de gadoue au fond d’un océan de boue. Drainer ce merdier ne prendra pas seulement un an. Ni deux ans. Ni trois ans. Ce sera une opération à long terme, aux résultats incertains.

Regardez les Devils du New Jersey et les Sabres de Buffalo. Depuis 2017, ces deux équipes ont chacune repêché deux fois au premier rang. Et les deux sont pourtant encore loin, très loin d’une participation aux séries.

Kent Hughes et son nouveau patron, Jeff Gorton, sont lucides. Intelligents. Pragmatiques. Ils savent qu’ils ont un boulot colossal à entreprendre. Et vite. Les partisans ne toléreront pas un club pourri pendant cinq autres années. Surtout pas après que les propriétaires eurent laissé sur les lignes de côté celui que plusieurs perçoivent comme le sauveur de la franchise.

Patrick Roy.

Par où commencer, donc ?

Réduire la masse salariale

Rang du Canadien pour la masse salariale : 1er.

Rang du Canadien au classement général : 32e.

Pas besoin d’avoir eu A+ en calcul différentiel et intégral pour comprendre que c’est terrible. Pire ? Le Canadien est déjà collé sur le plafond salarial l’année prochaine. Pire que pire ? Le club a déjà des engagements de 70 millions… dans deux ans. C’est vrai, il va pouvoir cacher le salaire de Shea Weber sur la liste des blessés à long terme. Sauf qu’être menotté ainsi complique grandement les possibilités d’améliorer l’équipe.

Le problème ? C’est plus facile à tweeter qu’à faire. Kent Hughes est coincé avec trois contrats mammouthesques. Celui de Jeff Petry (6,25 millions pour encore trois ans et demi). Celui de Brendan Gallagher (6,5 millions pour cinq ans et demi). Et surtout, celui de Carey Price (10,5 millions pour quatre ans et demi).

Les deux premiers connaissent une saison misérable. Personne n’a envie de les payer le plein prix à long terme. Price, lui, n’a même pas encore joué une seule partie cette saison. Le Kraken de Seattle pouvait l’acquérir gratuitement au repêchage d’expansion, l’été dernier, et a préféré passer son tour. Ça en dit long sur sa valeur. Si Hughes réussit à le refiler à une autre organisation sans payer une partie de son salaire, ce sera un coup de circuit.

Un plan B ? Échanger Mike Hoffman (4,5 millions pour deux ans et demi) et Joel Armia (3,4 millions pour trois ans et demi). Maintenant, les prendriez-vous dans votre équipe, à ce salaire ?

Les autres directeurs généraux pensent exactement comme vous…

Améliorer le développement des joueurs

Qu’est-ce qui n’a pas fonctionné ces dix dernières années chez le Canadien : le recrutement ou le développement ? L’œuf ou la poule ? Schtroumpf vert ou vert Schtroumpf ?

Jeff Gorton a déjà indiqué son intention d’investir massivement dans ce secteur, dont les dépenses ne sont pas soumises au plafond salarial. L’organisation a besoin d’idées neuves. Partout. Attendez-vous à une série de nominations dans les prochaines semaines. Parmi les experts qui pourraient se joindre au club : Vincent Lecavalier. Ex-client de Hughes, il est pressenti pour un poste dans l’organisation, a révélé mardi mon collègue Guillaume Lefrançois.

Trouver des défenseurs droitiers

Jeff Petry décline. Shea Weber ne reviendra pas. Chris Wideman (32 ans) et David Savard (31 ans) sont limités. Sami Niku, Louie Belpedio et Josh Brook ne sont pas des solutions à long terme.

Dans le pipeline, le seul qui se démarque, c’est Logan Mailloux, qui n’est pas sous contrat et dont l’avenir avec l’organisation reste incertain. Vivement des renforts. Kristopher Letang ? D’accord, c’est un ancien client de Hughes. Il deviendra également joueur autonome à la fin de l’année. Sauf qu’à un point par match, à 34 ans, il est en bonne position pour obtenir un dernier gros contrat – ce que le Canadien n’est pas en mesure de lui offrir.

Régler le problème au centre

Le binôme Nick Suzuki-Christian Dvorak est l’un des moins productifs de la LNH.

Les duos les moins productifs au centre*

29. Josh Norris-Chris Tierney (Sénateurs) 21-12-33
30. Jonathan Toews-Kirby Dach (Blackhawks) 10-22-32
31. Nick Suzuki-Christian Dvorak (Canadien) 12-19-31
32. Travis Boyd-Nick Schmaltz (Coyotes) 11-16-27

De plus, Christian Dvorak présentait mardi le pire différentiel (- 18) de tous les attaquants de la ligue. Pas précisément la doublure de Phillip Danault qu’on nous avait annoncée. Le Canadien a besoin d’un autre centre de qualité, qui permettrait à Nick Suzuki d’échapper occasionnellement aux meilleurs couvreurs adverses.

Patrice Bergeron, qui deviendra joueur autonome à 36 ans après la saison, pourrait-il être tenté de venir terminer sa carrière à Montréal auprès de Kent Hughes, qui fut son agent ? Sur papier, il serait le candidat idéal. Le Canadien aurait non seulement besoin de son talent, mais aussi de son leadership, pour faciliter la transition avec le groupe d’espoirs.

Mieux recruter au Québec

Vincent Lecavalier. Patrice Bergeron. Kristopher Letang. Michael Matheson. Anthony Beauvillier. Marco Scandella. Samuel Blais. William Carrier. Joseph Veleno. Kent Hughes a recruté un grand nombre de joueurs québécois au sein de son agence. Un autre ex-protégé, Drake Batherson, est passé par la LHJMQ avant de devenir le meilleur marqueur des Sénateurs d’Ottawa.

Hughes possède un excellent réseau de contacts dans les meilleurs clubs de la province. J’ai hâte de voir si son taux de réussite avec les joueurs locaux sera meilleur que celui de ses prédécesseurs. Honnêtement, ça ne devrait pas être difficile à battre…

Séduire les joueurs de la NCAA

Deux des plus beaux espoirs du Canadien, les défenseurs Jordan Harris et Jayden Struble, évoluent dans la NCAA. Ils n’ont toujours pas signé leur premier contrat professionnel. Dans le cas de Harris, le temps presse ; il deviendra joueur autonome l’été prochain. Hughes les persuadera-t-il de se joindre à l’organisation ? Si quelqu’un peut les convaincre, c’est lui. Hughes a déjà agi comme « conseiller » auprès de Struble, et ses fils Riley et Jack sont des coéquipiers des deux défenseurs à l’Université Northeastern.

Évaluer le personnel d’entraîneurs

Dominique Ducharme a gagné la Coupe Memorial. Le Championnat du monde junior. Il a atteint la finale de la Coupe Stanley à sa première saison comme entraîneur-chef dans la LNH. Il a de grandes qualités. Sauf que présentement, ça ne fonctionne pas. Ses adjoints ne brillent pas non plus. Le Canadien présente le pire bilan des unités spéciales de la LNH.

Efficacité des unités spéciales*

Avantage numérique + infériorité numérique

28. Jets de Winnipeg 91,9 % 
29. Kings de Los Angeles 90,6 % 
30. Canucks de Vancouver 87,1 % 
31. Coyotes de l’Arizona 86,3 %
32. Canadien de Montréal 85,6 %

De plus, aucun de ses gardiens n’est parmi les 50 meilleurs pour les « buts sauvés », et le niveau de leadership collectif est atroce. Quelle part de blâme revient aux entraîneurs ? Aux blessures ? Au manque de talent des joueurs ? Faudra-t-il de nouveau changer le personnel d’entraîneurs au printemps ? Est-ce que Patrick Roy serait un bon candidat pour diriger l’équipe sur la patinoire ?

Plusieurs questions auxquelles Jeff Gorton et Kent Hughes devront répondre dans les prochaines semaines. Comme le soulignait récemment Geoff Molson, il y a en masse de travail pour deux personnes.

Messieurs, comme on disait autrefois à la fin des réunions de production au journal : « Good Night. And Good Luck. »

Bonne nuit.

Et bonne chance.

* Les statistiques ont été compilées avant les matchs de mardi.