Imaginons la scène. Vous et moi sommes assis dans les gradins du Centre Bell durant un match entre le Canadien et les Maple Leafs de Toronto. En milieu de troisième période, le score est de 4-4. L’ambiance est électrique.

Publié le 20 août 2021

Soudain, Auston Matthews fait trébucher Cole Caufield, empêchant le jeune héros de tirer vers le filet adverse. L’arbitre ne signale pas d’infraction. D’un bloc, la foule se lève pour crier sa colère. Dans la rangée derrière nous, un amateur est particulièrement remonté. Bière à la main, il hurle son dégoût. Nous tournons la tête vers lui juste au moment où il expulse un bon nombre de postillons. Ouache !!!

Les questions qui nous viennent alors en tête ne sont pas de savoir si Caufield aurait marqué sans le geste illégal de Matthews, ou si l’arbitre accorde un traitement de faveur à la super vedette des Leafs.

Non, le seul et véritable enjeu qui nous préoccupe est celui-ci : le spectateur qui a hurlé son dégoût et répandu ses gouttelettes a-t-il reçu ses deux doses de vaccin ? Et qu’en est-il des gens autour de lui ? Tous adéquatement vaccinés eux aussi ? Après tout, si la pandémie nous a appris quelque chose, c’est que le malheur sous forme d’aérosols frappe vite et de manière inattendue.

Comment éviter ce scénario ? Très simple : en obligeant tous les gens qui pénètrent dans l’amphithéâtre à prouver qu’ils sont vaccinés. Sans cette mesure incontournable, impossible d’assister à un match en toute tranquillité d’esprit.

Voilà pourquoi j’applaudis la décision des Jets de Winnipeg.

La semaine dernière, affichant un leadership fort, les Jets ont annoncé que tous les sièges de leur amphithéâtre seraient disponibles en 2021-2022. Mais les employés et les spectateurs devront démontrer qu’ils ont reçu leurs deux doses de vaccin. « La majorité de nos détenteurs d’abonnements saisonniers » nous ont dit que cela était « important pour eux », ont-ils expliqué par communiqué.

Quelques jours plus tôt, les Blue Bombers de Winnipeg ont disputé leur match d’ouverture local devant 30 000 spectateurs, tous doublement vaccinés. Selon le Winnipeg Free Press, l’équipe a prévenu les fans plus tôt cet été : pour être de la fête, vous devez avoir reçu votre deuxième dose au plus tard le 20 juillet, soit deux semaines avant la rencontre, afin qu’elle produise son plein effet. (Les enfants de 11 ans et moins, qui ne peuvent recevoir de vaccin, ont été admis s’ils étaient accompagnés d’un adulte vacciné.)

PHOTO JOHN WOODS, LA PRESSE CANADIENNE

Au début du mois d’août, les Blue Bombers de Winnipeg ont disputé leur match d’ouverture local devant 30 000 spectateurs, tous doublement vaccinés.

Maple Leaf Sport & Entertainment, propriétaire des Maple Leafs de Toronto, des Raptors et du Toronto FC, a aussi dévoilé ses propres mesures, moins convaincantes que celles des équipes de Winnipeg. Une preuve de vaccination sera nécessaire pour assister aux matchs dès la mi-septembre. Les modalités (notamment le nombre de doses requises) seront précisées au cours des prochaines semaines, selon le Toronto Star. Une personne non vaccinée aura aussi accès aux stades si elle a subi un test de dépistage négatif.

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Nous vivrons encore longtemps avec les conséquences et les menaces de la COVID-19. Des ligues professionnelles l’ont compris et ajustent leurs pratiques en conséquence. Les 17 derniers mois ont fait très mal à leurs finances et des gestes énergiques sont nécessaires pour préserver la prochaine saison.

La Ligue nationale de football (NFL) a donné le ton le mois dernier. Sans obliger les joueurs à se faire vacciner, elle a pris des mesures dont l’effet est semblable.

Ainsi, une équipe incapable de disputer un match en raison d’une éclosion de cas de COVID-19 – parmi les joueurs ou les autres membres du personnel non vaccinés – encaissera un revers à sa fiche si le match ne peut être reporté sans prolonger la saison. Les joueurs des deux équipes en cause perdront leur salaire pour cette rencontre, mesure à laquelle l’Association des joueurs ne s’oppose pas.

PHOTO DAMIAN DOVARGANES, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Selon NFL Network, près de 92 % des joueurs du circuit Goodell ont reçu au moins une dose du vaccin.

Certains joueurs de la NFL continuent d’être réfractaires au vaccin. Mais la pression pour qu’ils l’acceptent est très forte. Cette semaine, les Falcons d’Atlanta sont devenus la première équipe à révéler que tous leurs joueurs étaient vaccinés, ce qui leur vaudra de mener une vie collective normale. Selon NFL Network, près de 92 % des joueurs du circuit ont reçu au moins une dose du vaccin. Les autres sont soumis à des protocoles stricts qui compliquent leur routine quotidienne.

La Ligue canadienne de football a adopté un protocole semblable. Mais si un match est annulé pour cause d’infection à la COVID-19, les joueurs d’une équipe touchée toucheront leur salaire si 85 % d’entre eux sont vaccinés.

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Avec la quatrième vague de la COVID-19 qui commence déjà, les organisations sportives ont tout intérêt à exiger des fans qu’ils soient pleinement vaccinés pour assister aux matchs.

Au Québec, le passeport vaccinal entrera en vigueur le 1er septembre et son utilisation sera requise pour les évènements non essentiels. Dans La Presse, le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, a expliqué que le but était de permettre « aux personnes adéquatement vaccinées d’avoir accès à des évènements publics à fort achalandage et activités à haut taux de contact de socialisation, pour des activités non essentielles ».

Malgré notre amour du sport, on sait tous que les matchs du Canadien, des Alouettes et du FC Montréal ne sont pas essentiels. Alors oui à l’utilisation du passeport vaccinal à l’entrée des stades et des amphithéâtres. C’est un atout incontournable dans la lutte à la COVID-19 et une simple question de bon sens.

Après tout, personne n’a envie de s’inquiéter si un partisan dans la rangée au-dessus de la nôtre manifeste très fort son dégoût envers l’arbitre durant un match riche en émotions. Avoir l’esprit en paix en assistant à une rencontre, c’est un élément de la liberté.

Sources : The Toronto Star, Winnipeg Free Press