Devenir le plus grand de son sport : tel est l’objectif de tous les athlètes. La seule manière d’y parvenir est généralement de multiplier les exploits. Mais dans le cas d’Olivier Rioux, marcher sur un court de la NBA suffirait.

Le Québécois est répertorié à 7 pi 9 po par son équipe, les Gators de l’Université de la Floride. À deux pouces de plus que Manute Bol et Gheorghe Mureșan, les plus grands joueurs de l’histoire de la ligue.

Lorsque ces deux joueurs étaient actifs, les mesures étaient prises avec ou sans souliers, à la discrétion de l’équipe. Les règles se sont resserrées depuis 2019 : les mensurations doivent maintenant être prises pieds nus. En utilisant ce système, Rioux mesurerait plutôt 7 pi 7 po et demi, ce qui lui permettrait tout de même d’obtenir le record de justesse.

Bref, trêve de détail technique. Un record semble à la portée de Rioux, une possibilité qui, contre toute attente, le rend… indifférent. Avant une discussion avec La Presse, le natif de Terrebonne ignorait même le fait d’armes potentiel.

« Je m’en fous », lance-t-il en entrevue téléphonique, d’une voix de baryton qui trahit son imposante charpente.

PHOTO FOURNIE PAR L’IMG ACADEMY

Olivier Rioux

Il faut comprendre que le jeune adulte a toujours été reconnu pour sa taille. Partout où il passe, c’est toujours lui le plus grand. Battre un autre record basé sur son physique semble donc pour lui beaucoup moins alléchant. Certainement moins alléchant que d’atteindre la NBA.

Et Rioux ne se berce pas d’illusions : même à pas de géant, sa route pour y parvenir sera longue.

Adaptation continue

Le jeune homme de 18 ans disputera l’an prochain une première saison dans la NCAA, après trois années passées au sein de l’IMG Academy, en Floride. Là-bas, Rioux a dû mettre les bouchées doubles avant d’obtenir des minutes de jeu.

« Ses habitudes de travail n’étaient pas assez bonnes quand il est arrivé à l’académie », admet son ancien entraîneur et ancien joueur de la NBA Daniel Santiago.

Plus jeune, il avait beaucoup plus de facilité que les autres en raison de sa grandeur. Il n’avait qu’à se présenter pour obtenir des minutes. Mais quand tu atteins les niveaux supérieurs, on s’attend à plus de toi. Les joueurs sont plus rapides, plus forts, plus grands.

Daniel Santiago, ancien entraîneur d’Olivier Rioux

Au fil des semaines, Rioux s’est démarqué par son brio défensif. Sa présence dans la bouteille bouleverse complètement les schémas défensifs adverses. Lorsqu’il lève les bras, Rioux prend beaucoup de place, devient difficile à contourner, pousse les adversaires en périphérie.

Après deux saisons, le Québécois a été promu de l’équipe régionale à l’équipe nationale de l’académie. À la fin de son passage, il se trouvait parmi les deux ou trois meilleurs joueurs de l’équipe, estime son entraîneur.

Sa progression s’explique par une amélioration de ses habiletés, de sa condition physique, mais aussi par son adaptation à l’extérieur du terrain. Lorsqu’il est arrivé en Floride, Rioux était « gêné, peinait à prendre sa place », selon Santiago. Puis, il est sorti de sa coquille.

Une sortie salvatrice, car comme joueur imposant, Rioux constitue une cible de choix pour ses adversaires. « Les autres équipes veulent te bousculer, te tester quand tu es grand comme cela. Tu vas recevoir beaucoup plus de coups, être victime de beaucoup plus de langage ordurier que n’importe quel autre joueur », ajoute Santiago.

L’hostilité s’étend jusqu’à l’extérieur du terrain. Lorsque vous mesurez 7 pi 9 po, vous devenez rapidement le centre de l’attention dans les lieux publics.

« Les gens sont curieux, ils ne veulent pas être méchants, indique Rioux. Mais toi, tu dois leur faire comprendre que tu ne peux pas toujours t’arrêter pour discuter. C’est quelque chose que j’apprends encore à faire, je trouve des trucs pour répondre poliment, mais sans ambiguïté. »

PHOTO FOURNIE PAR L’IMG ACADEMY

Olivier Rioux

Négocier avec cette attention nécessite beaucoup de patience. Daniel Santiago en sait quelque chose, du haut de ses 7 pi 1 po. À cet égard, il s’est imposé comme un mentor naturel pour Olivier Rioux.

« Son niveau d’exposition est plus élevé que celui avec lequel j’ai dû composer. J’admire son niveau de patience et d’indulgence avec les gens. »

Miser sur sa notoriété

Plutôt que de s’apitoyer sur son sort, Rioux cherche à tirer profit de cette attention. Sa croissance a d’ailleurs été largement documentée sur Instagram, attirant 112 000 abonnés. Ses publications ont même fait l’objet de commentaires de vedettes de la NBA comme Joel Embiid et Stephen Curry.

Rioux aimerait pousser la note en lançant une chaîne YouTube. L’idée demeure embryonnaire : il ignore toujours quels sujets seraient abordés dans ses vlogues. C’est qu’en dehors du basketball, il compte de multiples intérêts, comme la biologie et les arts. Dans ses temps libres, Rioux s’adonne parfois au dessin et à la peinture, disciplines dans lesquelles il avoue ne « pas être très bon ».

Quand on joue plusieurs matchs en plusieurs jours, c’est important pour moi de me ressourcer ailleurs, de détourner mon attention du basket.

Olivier Rioux

Ses nombreux intérêts compliquent d’ailleurs son choix de programme d’études à l’université. Il hésite logiquement… entre la biologie et l’art. Rioux se fascine aussi pour toutes les questions relatives à l’espace.

« On ne sait rien sur ce qui nous entoure. On connaît très peu nos racines, d’où on vient. Il y a tellement de choses qu’on ne comprend pas dans l’univers », expose-t-il.

Si sa carrière sportive atteint un cul-de-sac, Rioux aimerait faire de la recherche dans le domaine spatial, faire de grandes découvertes.

« Si je ne joue pas au basketball, je veux me faire reconnaître d’une autre manière », insiste-t-il.

Pour que, quand on se souviendra d’Olivier Rioux, sa taille n’aura pas fait ombre aux autres facettes de sa personnalité.

Déjà recordman

Le nom d’Olivier Rioux est déjà inscrit dans le Livre Guinness des records. À l’âge de 15 ans, alors qu’il mesurait 7 pi 4 po, il a été reconnu comme le plus grand adolescent au monde. Sa croissance demeure un mystère, bien que sa mère mesure 6 pi 1 po, tandis que son père, un ancien joueur de volleyball, atteint les 6 pi 8 po.