Si vous passez par le Quartier des spectacles ce week-end, vous pourrez voir les meilleurs joueurs de basketball à 3 contre 3 au monde dans le cadre de l’étape montréalaise de la Série mondiale de basketball de la FIBA.

Katherine Harvey-Pinard
Katherine Harvey-Pinard La Presse

Du 3 contre 3 ? Mais qu’est-ce que ça mange en hiver ? Réponse : rien. C’est en été que ça se passe !

Bon. Un peu de sérieux. Commençons par le commencement : le basketball à 3 contre 3, qui a fait son entrée dans le programme olympique aux Jeux de Tokyo en juillet dernier, est très différent du basketball traditionnel à 5 contre 5.

D’abord, il se joue sur un demi-terrain et avec un seul panier. Les matchs ne durent que 10 minutes et seuls six joueurs – trois par équipe – sont sur le terrain en même temps. Un maximum de 21 points peut être marqué par une même équipe.

En résumé : « C’est beaucoup plus physique et très rapide », explique Catherine Traer, qui fait partie de l’équipe canadienne féminine pour l’évènement de ce week-end.

Originaire de Chelsea, en Outaouais, Traer a joué pour les Ravens de l’Université de Carleton et les Gee Gees de l’Université d’Ottawa pendant ses études. Elle a continué à jouer au basketball par la suite, en Europe principalement, en plus de travailler dans le domaine de l’aide humanitaire à Affaires mondiales Canada.

PHOTO MICHAEL BELL, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Catherine Traer (11)

C’est à l’été 2019 qu’elle a été invitée à essayer le basketball à 3 contre 3 pour la première fois. La toute première équipe canadienne féminine voyait alors le jour.

« Mes coéquipières m’ont dit : “Attends-toi à ce que ce soit vraiment physique, plus physique que jamais.” Je me disais : “OK, qu’est-ce que ça veut dire ?” Je ne comprenais pas trop », se souvient-elle.

« [Les arbitres] laissent jouer beaucoup, ils ne sifflent pas beaucoup de fautes, explique-t-elle. Tu peux faire beaucoup en défense, tu peux vraiment pousser les filles comme tu veux. C’est vraiment une game différente, et en plus, c’est super rapide. Le temps n’arrête pas vraiment non plus. »

En plus d’être extrêmement physique, ça rend hyper fatiguée parce que tu cours tout le temps !

Catherine Traer

C’est pendant l’été qu’ont lieu chaque année les épreuves de la Série mondiale de la Fédération internationale de basketball (FIBA), surtout en Europe. Les femmes ne reçoivent pas de salaire pour représenter leur pays. Ainsi, quand l’hiver arrive, elles s’adonnent généralement au basketball à 5 contre 5, pour lequel elles sont payées.

« C’est ça vraiment partout à travers le circuit des femmes, note Traer. Chez les hommes, par contre, c’est différent. Il y a une ligue professionnelle, donc eux, ils font beaucoup d’argent en jouant au 3 contre 3. Ils peuvent vivre de ça pendant les mois d’été, et la saison est plus longue. »

Au Quartier des spectacles

Le spectacle de ce week-end devrait être particulièrement captivant. L’épreuve montréalaise sera présentée dans le cadre du Festival Distrix, ce qui veut dire qu’en marge de la compétition auront aussi lieu des performances artistiques de toutes sortes.

Il y aura 20 équipes au tournoi (12 masculines et 8 féminines) provenant d’un peu partout dans le monde. Les gagnants des derniers Jeux olympiques, la Lituanie chez les hommes et les États-Unis chez les femmes, seront notamment présents.

Selon Traer, le basketball à 3 contre 3 a de quoi plaire au public, notamment par la rapidité du jeu. En d’autres mots : impossible de s’ennuyer en regardant un match.

« Pour quelqu’un qui ne s’y connaît pas trop, ça peut être long, une partie de basket [traditionnelle]. Mais je crois que le 3 contre 3, c’est vraiment fait pour ces personnes-là. Oui, les accros du basket vont adorer ça, mais juste la population en général… À Montréal, ça va être en plein cœur du centre-ville. Tu vas marcher, tu vois ça, tu te dis : “Oh, la game dure 10 minutes, je vais la regarder.” »

C’est vraiment excitant, il y a de la musique tout le long, l’atmosphère est vraiment le fun. Je crois que c’est vraiment une bonne idée, le 3 contre 3, ça fait grandir le sport.

Catherine Traer

L’athlète de 26 ans, qui est de retour au Québec depuis le début de la pandémie, ne devait initialement pas jouer ce week-end. Elle a appris la nouvelle il y a un mois, elle qui n’a pas joué avec les pros depuis 2020 en raison de la pandémie. Elle et son conjoint, le basketteur canadien Thomas Scrubb, ont aussi accueilli leur premier enfant en avril dernier.

C’est donc dire qu’en plein congé de maternité, quatre mois après son accouchement, elle disputera d’intenses matchs de basketball contre les meilleures joueuses au monde.

« J’allaite, donc c’est sûr que ça vient avec ses petits challenges, explique-t-elle. Le tournoi est comme une bulle, comme les Olympiques. Il a fallu qu’on me donne une autorisation spéciale pour que mes parents puissent venir et s’occuper de mon fils quand je vais être sur le terrain. C’est sûr que c’est difficile quand il mange toutes les deux ou trois heures, mais on fait avec. C’est vraiment un bon bébé. »

« Pour la première fois, il va pouvoir voir sa maman jouer, et non son père ! », lance-t-elle.

Paris 2024

PHOTO ANDREW BOYERS, ARCHIVES REUTERS

Le basketball à 3 contre 3 fait maintenant partie du programme olympique.

Avec l’arrivée du basketball à 3 contre 3 au sein du programme olympique en 2021, joueurs et joueuses voient leurs chances d’un jour participer aux Jeux olympiques augmenter. « Ça nous a donné une chance de plus, dit Catherine Traer. Si on ne peut pas faire l’équipe de 5 contre 5 pour des raisons quelconques, qu’on n’est plus dans leur circuit ou leur liste, on peut quand même aller aux Olympiques. Pour moi, ç’a toujours été un rêve d’aller aux Jeux. En 3 contre 3 ou en 5 contre 5, moi, ça m’est égal. » Ni l’équipe masculine ni l’équipe féminine du Canada ne s’étaient qualifiées pour les Jeux de Tokyo, en juillet dernier. Traer croit toutefois qu’une qualification pour ceux de Paris, en 2024, est un objectif tout à fait réalisable.