Brillantes sur les terrains de basketball en tant que joueuses, certaines Québécoises se font un devoir de redonner au sport après leur retraite. L’objectif : utiliser leur bagage sportif pour faciliter la tâche des étoiles montantes qui souhaitent suivre leurs traces vers les plus hauts sommets du sport.

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Jennifer Mathurin et Frédérique Potvin partagent les mêmes passions. Elles sont toutes les deux diplômées en travail social et ont atteint de hauts niveaux en basketball, participant notamment au prestigieux March Madness. Toutefois, elles comptaient peu de modèles à suivre au Québec à leurs débuts.

Une situation qui a beaucoup évolué au fil du temps et dont auraient bien aimé bénéficier les deux anciennes joueuses.

« Quand je jouais, c’est comme si j’avançais avec un bandeau et que je trébuchais toujours sur des roches sans savoir où j’allais, illustre Jennifer Mathurin. Si j’avais eu quelqu’un pour me tenir par la main et me dire où aller, j’aurais pu être repêchée ou juste devenir meilleure bien plus vite. »

Avec les meilleures de sa conférence

Après avoir joué avec le Collège Champlain Saint-Lambert, la Montréalaise a disputé quatre saisons avec l’Université NC State. Elle avait été recrutée une première fois lors d’un tournoi estival aux États-Unis, alors qu’un dépisteur venait jeter un œil sur une de ses adversaires… qu’elle a complètement dominée durant la partie. Plusieurs autres programmes ont ensuite commencé à s’intéresser à elle.

Constatant qu’elle était en mesure de rivaliser avec les meilleures joueuses de la conférence à sa troisième saison universitaire, elle a compris qu’elle pouvait atteindre les rangs professionnels. « J’y avais pensé plus jeune, mais j’avais vite mis l’idée de côté parce que ça me semblait impossible. En me comparant, j’ai gagné en confiance et j’ai compris que j’avais ce qu’il fallait, mais ç’a été long », explique celle qui dirige maintenant au Séminaire Saint-François.

Jennifer Mathurin a ainsi joué chez les professionnelles au Luxembourg, en Finlande et en Australie avant qu’une rupture du tendon d’Achille vienne brusquement mettre fin à sa carrière.

Ne pas passer inaperçue

De son côté, Frédérique Potvin a dû envoyer les bandes vidéo de ses rencontres pour se faire remarquer au sud de la frontière et ne pas passer sous le radar. Elle a opté pour l’Université de Pittsburgh, où elle a joué trois saisons avant de revenir au Canada pour des raisons académiques et remporter le Championnat canadien avec les Martlets de l’Université McGill.

« C’était plus difficile de se rendre aux États-Unis avant. Il y a maintenant un bassin au Québec qui est connu et les équipes viennent voir les matchs. Les portes sont ouvertes, mais on peut aussi se développer au Canada », estime-t-elle.

Après son parcours universitaire, Frédérique Potvin a accepté un poste à l’École Jeanne-Mance pour le programme « Bien dans ses baskets », qui prône la persévérance scolaire par l’entremise du basketball. Elle entraîne aussi à l’école Gérard-Filion à Longueuil.

Lizanne Murphy a été une des premières Québécoises à s’illustrer sur la scène internationale. Après une carrière professionnelle de dix saisons en Europe, elle est demeurée dans l’univers du basketball de diverses façons.

« Je trouvais ça important de m’impliquer et c’est tellement amusant ! » partage la Montréalaise, qui a porté les couleurs du Canada aux Jeux olympiques de Londres et de Rio. En plus de travailler avec le Comité olympique canadien, elle fait partie du conseil d’administration de Basketball Québec et donne un coup de main aux athlètes de son alma mater, le Collège Dawson, où elle a évolué en 2001 et en 2002.

« Je retrouve mon ancienne école et mon ancien entraîneur (Trevor Williams). Les jeunes sont tellement bonnes, motivées et ont un potentiel énorme. Elles me donnent beaucoup d’énergie et j’espère pouvoir les guider », explique-t-elle, attristée de ne pas pouvoir les retrouver au gymnase en raison de la pandémie.

La force du nombre

Les trois Québécoises s’entendent sur l’importance de voir d’anciennes athlètes s’investir après leur carrière. « Je suis heureuse de pouvoir servir comme modèle, mais j’espère qu’il va y en avoir plusieurs encore, parce je commence à être vieille ! » dit Lizanne Murphy en riant.

Leurs parcours respectifs les aident en tant qu’entraîneures et semblent inspirer les jeunes, qui les questionnent régulièrement sur leurs expériences et aspirent à les suivre.

« Elles voient que je sais de quoi je parle et que je sais jouer. Quand elles apprennent que je suis restée sur le banc à ma première année avec Équipe Québec et que j’ai joué pro par la suite, ça en dit beaucoup. C’est super important d’avoir des mentors et on doit pousser pour que des joueuses de haut calibre reviennent aider. On peut facilement rejoindre les joueuses et leurs objectifs leur paraissent plus accessibles », croit Jennifer Mathurin.

« Avec les années, on se rend compte qu’il y a beaucoup d’habiletés sociales qu’on a développées au basket et qui nous suivent dans la vie de tous les jours. C’est ce que j’aime leur enseigner, souligne Frédérique Potvin. J’espère voir de plus en plus de filles s’impliquer à long terme et voir plus de femmes entraîner. Mais mon souhait le plus cher, c’est que mes joueuses vivent leurs rêves et je vais les aider à y arriver. »