Si la « vraie vie » avait suivi son cours, Chris Boucher se préparerait présentement à disputer les derniers matchs de la saison régulière de la NBA, puis à amorcer la défense du titre remporté par les Raptors de Toronto l’année dernière.

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

Pour les raisons que l’on connaît, les jeux vidéo et l’entraînement individuel sont maintenant au cœur de son quotidien, passé seul dans son condo de la Ville-Reine.

Le Québécois ne fait pas de cachette : comme tout le monde, il trouve le temps un peu long. Même s’il répète qu’il y a « des choses bien plus importantes que le basketball en ce moment », il donnerait tout pour retourner sur le court et lancer des ballons dès que possible.

Mais à tout prendre, il préfère sans doute le calme plat du moment à la tempête qu’il a traversée il y a quelques semaines.

PHOTO HANS DERYK, THE CANADIAN PRESS

Chris Boucher (25) contournant Nerlens Noel, du Thunder d’Oklahoma City à Toronto le 29 décembre 2019.

Les Raptors se sont en effet retrouvés en plein cœur de l’actualité lorsque la NBA a annoncé la suspension de ses activités il y a bientôt un mois. Cela semble faire 15 ans, mais ce n’était que le 11 mars dernier.

C’est l’éclosion d’un foyer de contamination chez le Jazz de l’Utah qui a précipité les choses dans la NBA. Or, au moment où la décision a été prise de mettre la saison sur pause, les Raptors revenaient tout juste d’un long voyage qui les avaient notamment emmenés au chef-lieu des mormons.

Ajoutez à cela le fait que les Torontois avaient participé à deux événements publics depuis leur retour à la maison, et sont ainsi réunies les proverbiales conditions gagnantes pour une propagation réussie. Tous les joueurs de l’équipe ont donc été placés en isolement pour deux semaines. « Ç’a été un choc. Nos familles étaient très inquiètes », a raconté Boucher au cours d’une conférence téléphonique organisée par les Raptors, mercredi après-midi.

La poussière n’avait pas eu le temps de retomber que l’ailier de 27 ans se retrouvait sous les projecteurs. Malgré la saison encourageante qu’il connaissait, sur le terrain, Boucher jouait encore dans l’ombre des Kyle Lowry, Pascal Siakam et compagnie. Mais tout à coup, il n’y avait plus que son nom qu’on entendait sur toutes les tribunes.

PHOTO PASCAL RATTHÉ, LE SOLEIL

Chris Boucher lors d’un match intra-équipe au camp d’entraînement des Raptors à Québec le 3 octobre 2019.

À son premier jour complet de quarantaine, Boucher a été aperçu dans un supermarché de Toronto. Les Raptors ont convenu qu’il avait brisé le protocole en vigueur et le principal concerné a présenté ses excuses par l’entremise de son compte Instagram. Il dit avoir « beaucoup lu » sur le sujet depuis, et si c’était à refaire, il serait évidemment resté cloitré chez lui.

« Comme j’avais eu un test négatif et que je n’avais plus rien chez moi, je suis sorti [faire des courses], a-t-il dit. Je sais aujourd’hui que j’aurais dû attendre deux semaines sans avoir de symptômes. »

Ambassadeur

Désormais, plus de compromis. Même si sa quarantaine est terminée, il se fait livrer sa nourriture et ne sort qu’en extrême nécessité.

Le voilà même devenu, au cours des derniers jours, l’un des ambassadeurs officiels de la NBA dans la lutte contre la pandémie de COVID-19. Il prend ce rôle à cœur et s’est même permis d’y aller d’une initiative personnelle destinée à un public bien précis.

Dans une vidéo en français publiée plus tôt cette semaine sur son compte Snapchat, Boucher s’est adressé directement aux jeunes de Montréal-Nord, quartier de la métropole qui l’a vu grandir, mais également un milieu de vie marqué par un fort indice de pauvreté et une abondante population immigrante.

Sa vidéo se voulait un appel à la prudence. « Le virus, ça ne le dérange pas qui tu es, [il s’attaque] à n’importe qui », disait-il.

« Je me connais, et je sais que si j’étais un jeune en ce moment, ce serait très dur pour moi, a-t-il précisé en entrevue. Si on veut gagner, on ne peut pas battre le virus en l’affrontant et en sortant dehors. À ce point, il faut juste attendre et trouver des façons de se garder occupé. »

Concentration

Pour ne pas trop tourner en rond, justement, Boucher s’adonne à des exercices de musculation et demeure en communication avec les thérapeutes des Raptors afin de garder la forme. Il dit regarder un ou deux matchs chaque jour pour trouver des éléments à améliorer dans son jeu et être le plus prêt possible lorsque l’action recommencera. Du reste, il parle quotidiennement avec sa famille à Montréal – « tout le monde est en santé », assure-t-il.

Et il attend. Patiemment. En refusant, jure-t-il, de se perdre dans les multiples hypothèses évoquées quotidiennement sur les réseaux sociaux pour une reprise du calendrier de la NBA. « Au début, j’écoutais tout ce qui se disait, mais j’ai réalisé que c’était juste du bruit, dit-il. Quand ce sera la réalité, on verra. »

Si la saison était annulée, il devrait commencer à négocier les termes d’un nouveau contrat, car il profiterait du statut de joueur autonome avec restrictions. La situation est tout sauf à son désavantage pour celui qui a connu une véritable éclosion cette saison, sa première complète sur le circuit. Lorsque la saison s’est interrompue, il présentait une moyenne de 6,3 points par rencontre et avait disputé 55 des 64 matchs des Raptors.

Mais encore là, pas question de mettre la charrue devant les bœufs.

« Je savais que ce moment viendrait, mais peut-être pas aussi vite, convient-il. Mais il y a plus important en ce moment. »

Son attention, dit-il, est consacrée à la crise de santé mondiale. Et si le jeu reprenait à court ou moyen terme, il n’aurait qu’une chose en tête : remporter un nouveau championnat.

De fait, un collègue du Soleil lui a souligné à la blague que si la fin de saison et les séries éliminatoires étaient annulées, les Raptors seraient champions en titre une année de plus.

« J’aimerais mieux une autre bague », a-t-il répondu.