Les candidats à la mairie de Montréal Valérie Plante et Denis Coderre s’entendent sur un point dans le dossier du baseball : si le projet d’un nouveau stade voit le jour, le groupe de Stephen Bronfman n’aura pas droit à un congé de taxes foncières. Il devra payer les taxes foncières habituelles en fonction de la valeur du stade.

Vincent Brousseau-Pouliot et Philippe Teisceira-Lessard La Presse

Par exemple, un stade d’une valeur d’environ 580 millions situé au bassin Peel – comme le projeté en 2013 par le groupe de M. Bronfman1 – coûterait environ 20,7 millions en taxes foncières en 2021, selon les estimations de La Presse à partir des taux actuels d’impôt foncier pour les immeubles commerciaux dans l’arrondissement du Sud-Ouest, où est situé le bassin Peel.

« Oui [le groupe de M. Bronfman devra payer les taxes foncières d’un stade]. De la même façon que les autres installations sportives paient leurs taxes, je ne vois pas pourquoi ils ne paieraient pas. Je pense que c’est la chose à faire. Moi, je n’ai pas l’intention d’utiliser l’argent des Montréalais pour payer un stade », a dit Valérie Plante, cheffe de Projet Montréal, en entrevue éditoriale avec La Presse plus tôt cette semaine. Mme Plante a précisé que les propriétaires d’un stade de baseball devraient payer des taxes foncières sur la valeur réelle du terrain et de l’immeuble.

Les gens devront payer leur juste part [de taxes foncières]. On va attendre de voir ce qui se passe [dans ce dossier] et on travaillera en conséquence.

Denis Coderre, en entrevue éditoriale avec La Presse

M. Coderre a aussi rappelé que le groupe de M. Bronfman avait indiqué qu’il ne demanderait pas de fonds publics à la Ville de Montréal pour la construction d’un stade de baseball.

Le Groupe Baseball Montréal, groupe de gens d’affaires mené par M. Bronfman qui veut obtenir une équipe du baseball majeur à Montréal à temps partagé avec Tampa Bay, n’a pas rappelé La Presse jeudi au sujet des taxes foncières d’un futur stade de baseball.

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Deux candidats prudents en matière de baseball

Autre point commun entre Valérie Plante et Denis Coderre : ils sont très prudents en campagne électorale quand ils abordent le dossier du stade de baseball.

Si le projet se concrétise, le groupe de M. Bronfman aimerait construire son nouveau stade sur un terrain appartenant au gouvernement fédéral (la Société immobilière du Canada) au bassin Peel. En pratique, la Ville de Montréal doit consentir à ce que l’acheteur s’en porte acquéreur, puisqu’elle a un droit de veto sur le terrain en vertu de son droit de préemption.

La Ville doit-elle réserver ce terrain au bassin Peel pour un stade de baseball ? Ni Valérie Plante ni Denis Coderre ne veulent répondre à cette question pour l’instant.

Il n’y a aucun projet sur la table, je ne peux pas me positionner sur un projet hypothétique.

Valérie Plante

« J’ai rencontré le Groupe Baseball Montréal en leur disant quels sont les besoins, a poursuivi Mme Plante. Il y a eu [le rapport de] l’OCPM [l’Office de consultation publique de Montréal], mais j’ai pris la peine de leur rappeler ce qu’il avait dans cette consultation sur l’importance que ce soit un milieu de vie, que ce ne soit pas un milieu qui se vide et où il n’y a plus rien. C’est tellement un terrain stratégique. Il faut de l’habitation, il faut des pôles de travail, de l’accès aux berges, du verdissement, des terrains pour les écoles. Ils savent tout ça. »

Denis Coderre dit ne pas avoir réfléchi à la question du terrain du bassin Peel. De toute façon, le groupe de M. Bronfman discute actuellement avec le gouvernement du Québec pour obtenir une contribution financière pour le projet de stade, fait-il observer.

« Actuellement, la balle est à Québec, dit Denis Coderre. On va laisser le lanceur de relève, M. François Legault, s’occuper du dossier. Je n’ai pas de réponse [à la question du terrain]. Je veux voir ce que le gouvernement du Québec va faire avant. Ce n’est pas dans mes priorités présentement. Si tout le monde veut travailler, le rôle de la Ville n’est pas d’être un irritant. C’est d’être aussi partie prenante de ce dossier-là. Si c’est un bon dossier, je vais le regarder avec attention et je ne dirai pas non. […] J’aime le baseball, tout le monde le sait. Il faut être responsable dans la gestion des fonds publics. »

Si le projet se concrétise, M. Coderre ne veut pas seulement d’un stade de baseball au bassin Peel. « On veut créer la Cité du Havre, 20 000 [logements], quelque chose de mixte avec de l’innovation, pas juste de mettre un stade de baseball, dit-il. Dans les autres projets de stade, il y a des [logements], des commerces, du divertissement. »

1. Le rapport commandé par la Chambre de commerce et des gens d’affaires (dont M. Bronfman) parlait d’un stade de 500 millions en 2013. Avec l’inflation, ça donne 580 millions en 2021.