Comme un peu toute la saison 2020, les séries éliminatoires du baseball seront bien différentes cette année.

Frédéric Daigle
La Presse Canadienne

À commencer par le nombre d’équipes admises ; la MLB a décidé d’attiser l’intérêt d’un plus grand nombre de partisans en ouvrant le cadre de ses séries éliminatoires. Ainsi, au lieu des 10 équipes habituellement admises, ce sont 16 équipes qui lutteront pour le trophée du Commissaire.

Il y a donc huit équipes par ligue : les deux premières de chaque section, puis les deux meilleures fiches parmi les autres. Les équipes seront classées selon leur fiche, de 1 à 8. À noter que les champions de sections sont classés 1 à 3 ; les équipes de deuxièmes places 4 à 6, et les équipes repêchées 7 et 8, peu importe si elles ont de meilleures fiches que des clubs ayant terminé « devant » elles. Jusqu’ici, pas beaucoup de changements, si ce n’est que personne ne bénéficie d’un laissez-passer au premier tour. Mais, attention, ça se corse rapidement.

Les équipes sont placées dans un tableau — à la façon du « March Madness », le championnat universitaire de basketball —, l’équipe la mieux classée affrontant la moins bien classée dans chaque ligue. Au premier tour, les équipes se disputeront une série au meilleur de trois rencontres. Mais afin d’éviter les déplacements superflus en temps de pandémie, les trois rencontres auront lieu dans le stade de l’équipe la mieux classée, qui agira à titre d’équipe hôte pour toutes ces rencontres.

Au deuxième tour, l’équipe ayant terminé avec la meilleure fiche affrontait habituellement celle avec la moins bonne. Ce ne sera pas le cas. Comme au March Madness, les équipes poursuivent leur route de façon linéaire dans ce tableau. Ainsi, l’équipe classée deuxième pourrait avoir la série de sections — au meilleur de cinq rencontres cette fois — la plus « facile », puisqu’elle pourrait affronter la tête de série no 6, si cette dernière a battu l’équipe classée troisième. Le gagnant de la série 1 c. 8 fera face au vainqueur de 4 c. 5.

Cette fois, les quatre clubs agiront comme équipes hôtesses à tour de rôle, selon la formule 2-2-1. Mais ces matchs seront disputés en territoires neutres. La MLB a assigné quatre villes pour accueillir ce deuxième tour éliminatoire : San Diego et Los Angeles pour les matchs de la Ligue américaine, ainsi qu’Arlington et Houston pour les matchs de la Nationale.

Les quatre équipes gagnantes passeront ensuite aux choses sérieuses : les séries de championnat. San Diego accueillera celle de l’Américaine et Arlington celle de la Nationale. La MLB, en choisissant ces sites neutres, n’a pas voulu courir le risque qu’une équipe se retrouve dans son stade à cette étape-ci, c’est pourquoi les villes accueillent les finales de la ligue dans laquelle elles n’évoluent pas.

Finalement, le tout nouveau Globe Life Park d’Arlington accueillera la Série mondiale. L’équipe avec la meilleure fiche en saison sera considérée club hôte pour la série, disputée en format 2-3-2, comme les séries de championnat.

Des favoris ?

Toute cette mécanique, c’est bien, mais qu’en est-il de l’émotion ? Qui part favori ?

Difficile de ne pas parler des Dodgers de Los Angeles, assurés d’avoir la meilleure fiche de la Nationale avec 40 victoires avant les rencontres de vendredi. Dans l’Américaine, les Rays de Tampa Bay (37 victoires) sont pour l’instant l’équipe la mieux classée.

Parlant des Rays, ils devraient affronter les Blue Jays au premier tour et ce ne sera pas sans risque. Les Torontois viennent de prouver en remportant trois matchs sur quatre face aux Yankees qu’ils sont sans complexe. La jeune formation des Jays, menée par Bo Bichette, Cavan Biggio, Vladimir Guerrero fils et Theoscar Hernandez, pour ne nommer que ceux-là, ne se laisse pas impressionner facilement.

Il ne faudrait surtout pas passer outre les équipes qualifiées pour les éliminatoires dans la Centrale : les Twins du Minnesota, les White Sox de Chicago et les Indians de Cleveland. Les Twins ont le haut du pavé au moment d’écrire ces lignes, ayant devancé les White Sox grâce à une séquence de quatre victoires, jumelée à la glissade de cinq défaites des Sox. Si jamais les Twins terminent au premier rang, il faudra plaindre l’équipe qui les visitera : ils ont une fiche de 23-5 à domicile, la meilleure des Majeures.

Dans la Nationale, ceux qui ne se sont pas fait le plaisir de regarder les Padres de San Diego cette saison devront le faire pendant les éliminatoires. À l’instar des Jays, il s’agit d’une équipe bourrée de jeunes de talents qui ne craint personne. Fernando Tatis fils, Manny Machado, Jake Cronenworth, Jurickson Profar et Trent Grisham sont tous âgés de 27 ans ou moins. Même les Dodgers n’ont pas été en mesure de les intimider cette saison. Les Padres ont actuellement la deuxième meilleure fiche de la Nationale.

Les Braves, champions dans l’Est, pourraient faire un bon bout de chemin. Ils sont pour l’instant classés deuxièmes de la Nationale et affronteraient les Reds de Cincinnati. Les Reds ne sont pas encore assurés de leur place en séries, mais ils seront une équipe redoutée s’ils devaient le faire : ils viennent de remporter 10 de leurs 12 dernières sorties et comptent en Trevor Bauer sur un candidat au Cy-Young dans la Nationale.

Qu’en est-il des Yankees et des Astros de Houston ? Les Astros ne sont toujours pas qualifiés pour les séries, tandis que les Yankees jouent peut-être leur pire baseball de la saison depuis qu’ils ont obtenu leur qualification. Plusieurs de leurs gros canons — Aaron Hicks, Bary Sanchez et Brett Gardner, notamment — frappe à peine pour ,200, voire beaucoup moins dans le cas de Sanchez et de sa moyenne de ,142. Par contre, ils comptent sur l’excellent D. J. LeMahieu, qui mène la course au championnat des frappeurs de l’Américaine, Luke Voit, qui mène les Majeures avec 21 longues balles, ainsi que sur le partant Gerrit Cole.

Aaron Judge et Giancarlo Stanton sont de retour dans la formation avec des résultats mitigés après avoir soigné des blessures. Heureusement pour eux qu’en leur absence, Clint Frazier a été tout feu tout flamme.