Marc Griffin est connu pour son travail comme analyste de baseball sur les ondes de RDS. Il a également atteint les hautes sphères de son sport, dans les organisations des Dodgers de Los Angeles et des Expos de Montréal. Il partage aujourd’hui sa vaste connaissance du sport avec les jeunes des Gouverneurs AA, qui administrent les équipes de catégories Moustique, Pee-Wee, Bantam et Midget AA des associations de Boucherville, Sainte-Julie et Varennes.

Jean-François Tremblay Jean-François Tremblay
La Presse

Le geste technique le plus complexe ?

Entrons tout de suite dans le vif du sujet. Quel est le geste technique le plus complexe au baseball ?

« Frapper est probablement un des gestes les plus difficiles, tous sports confondus. Tu as un bâton rond, une balle ronde, en anglais tu dis “you have to hit it square”. La balle bouge, va à des vitesses différentes, elle est lancée par un droitier ou un gaucher, vers des endroits différents, et tu dois la frapper avec un endroit précis sur le bâton. Frapper est le geste qui va permettre de reconnaître si le jeune a des habiletés naturelles. Quand tu es plus vieux, si tu frappes, on va te trouver une position en défense. En revanche, si tu es bon en défense, mais que tu ne frappes pas, on va peut-être t’ignorer. Il y a de bons joueurs en défense, mais le geste de frapper une balle et de la voir partir loin, ça reste le feeling que tu recherches quand tu joues au baseball. »

Selon Griffin, l’erreur est de mal comprendre d’où doit venir la puissance. Tout passe par les jambes, non par les bras, comme on pourrait le croire. Donc, ce n’est pas tout d’avoir de la puissance dans les bras. Il faut surtout avoir de l’équilibre et une position de base athlétique.

« Tu as beau avoir le meilleur élan en haut, ça ne marchera pas. On veut générer de la vitesse, tu veux amener tes mains vers la balle le plus vite. La première chose à faire est d’avoir une base solide. Une fois que c’est fait, il y a plein de choses que l’on peut travailler. »

Le « shadow »

Marc Griffin suggère de s’exercer avec ce qu’il appelle le « shadow », technique prisée chez les Cubains, mais peu utilisée ici. Elle consiste à répéter un geste technique plusieurs fois devant un miroir, sans équipement, de manière à pouvoir le reproduire à la perfection une fois sur le terrain. Aussi, pour ce qui est de la position au bâton qui varie d’un frappeur à l’autre, Griffin apporte une grande nuance. Il est important d’être à l’aise dans sa position de départ, mais au moment de frapper la balle, 95 % des joueurs utiliseront la même mécanique.

Le lanceur maintenant

Selon Marc Griffin, le geste technique du lanceur ressemble beaucoup à celui du frappeur. Il y a évidemment l’action de lancer une balle qui diffère, mais le geste repose tout autant sur le mouvement des jambes.

« Les lanceurs, c’est même encore plus les jambes. Quand un lanceur se fatigue, les tirs sont haut, et les tirs sont hauts, car il est fatigué des jambes. On parle plus des jambes que des bras, car naturellement tout le corps va suivre par la suite. »

Cette mauvaise mécanique peut rapidement devenir la cause des douleurs et des blessures chez les lanceurs. Il y aura toujours ce malaise à l’épaule, qui va et vient, et qui est le lot d’un sport où l’on doit lancer une balle aussi fort que possible. Il y a les plus jeunes, 10, 11 ans, qui se blessent peu. Puis il y a les plus vieux, 14, 15 ans, quand le corps se forme. C’est à ce moment que les blessures aux ligaments peuvent survenir.

« Comment on fait pour les blessures ? C’est un bon échauffement. Le grand problème est qu’à cet âge-là, tu prends une balle et tu lances. Après quatre lancers, tu peux lancer le plus loin que tu veux. Tu dois enseigner qu’il y a des étapes. Tu commences avec un genou au sol pour une bonne mécanique. Tu te lèves ensuite pour l’utilisation des jambes. Un bon échauffement de bras devrait durer une bonne dizaine de minutes avant de lancer de toutes tes forces. Si tu le fais en bas âge, tu inculques de bonnes habitudes. Ce n’est pas un mouvement naturel de lancer par-dessus l’épaule, donc il faut [insister] sur un bon échauffement. »

L’équipe

Le baseball est un sport d’équipe qui reste, malgré tout, très individuel. Les meilleurs exercices d’équipe restent donc de se familiariser, tout le monde en même temps, à chaque position sur le terrain. Marc Griffin apprécie particulièrement l’exercice du + 1.

Un joueur se place à chacune des neuf positions défensives, et un dixième parcourt les sentiers. Puis, après quelques minutes, tout le monde fait « + 1 ». Le lanceur devient receveur, et ainsi de suite. Marc Griffin, au bâton pour l’exercice, peut à la fois enseigner les rudiments de chaque position, ainsi que la stratégie de jeu.

« C’est l’exercice que je préfère pour comprendre la technique et le sens du jeu. Tu simules un match. Au bout de deux minutes, tu fais plus un, tu fais une rotation. Le jeune voit toutes les différences entre les positions. Tu es tout le temps en mouvement et en train d’apprendre où tu dois lancer la balle lorsqu’elle est frappée vers toi.

« Mais le plus le fun est de frapper. Les jeunes vont demander un entraînement au bâton, et c’est vrai que c’est amusant. Les jeunes aiment ça, car il n’y a pas d’attente. Les entraînements sont très dynamiques et c’est ce que les jeunes aiment. »