(Montréal) Darrin Fletcher ne comprend pas. L’ex-porte-couleurs des Expos et des Blue Jays estime que le baseball commettrait un suicide professionnel s’il n’y avait pas de saison 2020.

Frédéric Daigle
La Presse canadienne

« J’admets ne pas avoir suivi le dossier de près, mais il y a trop de risques à ne pas jouer cette année. Ce serait suicidaire pour le baseball de ne pas s’entendre », a-t-il dit lors d’un entretien avec La Presse canadienne, mercredi.

Pour Fletcher, représentant des joueurs des Expos lors de son passage à Montréal, notamment lors de la grève de 1994, la mésentente doit porter sur quelque chose de plus important que la proportion de salaires qui sera versée par les propriétaires et le nombre de matchs qui seront disputés.

PHOTO ANDREW VAUGHAN, PRESSE CANADIENNE

Darrin Fletcher, des Expos, en 1997.

« Je ne comprends pas ce qui se passe. Il doit y avoir quelque chose de plus gros ou un élément qui m’échappe pour qu’ils ne s’entendent pas. Il me semble qu’avec tout ce qui se passe dans le monde actuellement, ça aurait dû être simple de mettre de l’eau dans son vin des deux côtés. Il doit y avoir autre chose.

“Je comprends qu’il n’y a qu’une partie de l’argent habituellement disponible qui pourra être partagée cette année, mais je ne comprends pas pourquoi les propriétaires rechignent à payer 100 % du salaire des joueurs en proportion des matchs joués. Il s’agit d’une situation exceptionnelle et nous souhaitons tous qu’elle ne se reproduise jamais. Il y aurait dû avoir un peu de flexibilité des deux côtés. Oui, il y aura des pertes, mais le jeu doit reprendre », a indiqué celui qui a aussi défendu les couleurs des Dodgers et des Phillies au cours de sa carrière de 14 saisons.

Mercredi, le Baseball majeur a déposé une quatrième offre aux joueurs, qui n’y avaient pas répondu au moment d’écrire ces lignes. Fletcher, qui ne voit aucun lien entre ce conflit et celui de 1994, croit que la lenteur des négociations a peut-être quelque chose à voir avec la prochaine convention collective, qui doit être négociée à la fin de la saison 2021.

« C’est la seule chose qui me vienne en tête. Il faut que ce soit quelque chose de ce genre qui empêche les négociations pour 2020 d’aller de l’avant. Je ne peux pas croire qu’il ne s’agisse que d’une question de nombre de matchs et de salaire au pro rata. Il me semble que tout le monde devrait prendre un pas de recul et s’entendre. Il faut qu’il y ait quelque chose de lié aux négos de 2021 pour que ça retarde de la sorte. »

Si les propriétaires se sont résignés à payer le plein salaire aux joueurs, ceux-ci doivent retourner sur le terrain, estime Fletcher, qui craint que le baseball ne manque de temps.

« Ils parlaient de la date du 4 juillet, mais ça commence à être trop serré. Ils parleraient maintenant du 19. Une chose est certaine, je ne laisserais pas les choses aller jusqu’en août. Il y aura alors d’autres sports qui se mettront en branle, dont la NBA et la NFL, et les gens oublieront alors le baseball. La MLB manquera le bateau si elle ne commence pas en juillet.

“Je me répète, mais c’est une situation exceptionnelle qui demande des mesures exceptionnelles. »

Les partisans souhaitent que les deux parties aient bien saisi son message. Fletcher croit que oui.

« Le baseball semble toujours trouver une façon de s’entendre à la dernière minute ; je crois que ce sera encore le cas cette fois-ci », a-t-il dit, juste avant d’ajouter : « sauf une fois, en fait ».