Les Phillies de Philadelphie possèdent un complexe à Clearwater, en Floride, où se tient chaque année leur camp d’entraînement. C’est aussi là que joue une filiale de niveau A de l’équipe. Dans un des vestiaires se trouve un babillard, où sont écrites les informations importantes pour les joueurs.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

« Dans le coin du babillard, il y avait une carte professionnelle épinglée. C’était écrit Roy Halladay, avec son numéro de téléphone. Et un message : “Call me”. »

C’est le Québécois Alex Agostino qui nous décrit la scène. Éclaireur de longue date, maintenant superviseur régional du recrutement chez les Phillies de Philadelphie, il recrutait plusieurs joueurs qui passaient ensuite par ces installations et bénéficiaient des conseils de Roy Halladay. Le légendaire lanceur avait été embauché pour aider les espoirs de l’organisation en préparation mentale.

« J’ai repêché un jeune, Nick Fanti, au 31e tour en 2015. Nick s’est blessé et faisait sa rééducation à Clearwater. Il n’en revenait pas, Roy Halladay venait souvent lui parler, il lui disait de l’appeler s’il y avait quoi que ce soit. »

Derrière cette grandeur d’âme se cachait un côté sombre, que le monde du baseball a découvert avec stupeur dans les semaines qui ont suivi sa mort tragique dans un accident d’avion, le 7 novembre 2017. C’est cet aspect que l’on découvrira vendredi dans le documentaire Imperfect : The Roy Halladay Story, de la série E60 du réseau ESPN.

« Quand il est mort, j’ai parlé à quelques-uns de nos espoirs, qui me disaient : “Il y a deux jours, il était ici, il nous parlait, nous donnait des conseils. Comment ça, c’est arrivé ?” Ils étaient sous le choc », raconte Agostino.

« C’est triste, parce que c’était un gars à l’apogée de sa vie. Il avait 40 ans. Il avait connu une brillante carrière, il avait fondé une belle famille, et sa passion l’a mené à sa chute. »

PHOTO FRANK GUNN, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Roy Halladay a lancé pour les Blues Jays de Toronto pendant 12 saisons.

Un grand

Choix de premier tour des Blue Jays de Toronto en 1995, Harry Leroy Halladay annonce vite ses couleurs. Dès son deuxième départ dans les majeures, le 27 septembre 1998, il perd un match sans point ni coup sûr… après deux retraits en 9e manche !

Après trois saisons en montagnes russes, qui lui vaudront notamment une rétrogradation au niveau A, Halladay remporte 19 victoires en 2002 et s’établit dès lors comme un des meilleurs de sa génération.

Son palmarès : trois saisons de 20 victoires, deux trophées Cy-Young, deux campagnes de 250 manches au monticule, un match sans point ni coup sûr en séries et un match parfait.

Tout ça en démontrant des habitudes de travail irréprochables.

« À l’époque où je travaillais pour les Expos, raconte Agostino, on m’avait envoyé à Toronto pour un camp avec des jeunes. On est dans le Skydome à 7 h 30 le matin, et on aperçoit dans les gradins un joueur en train de courir dans les escaliers du stade. C’était Roy Halladay. Et c’était le lendemain d’un départ ! Tous nos jeunes de 14-15 ans l’ont vu. On s’est tous arrêté. Des coachs des Blue Jays étaient sur le terrain avec nous. Ils ont dit : “Ça, c’est Roy.” »

Le « Doc » est toutefois passé pendant les années de vaches maigres des Blue Jays. Pendant les 12 saisons de son passage dans la Ville Reine, les Jays n’ont jamais participé aux séries. « Au début de sa carrière, les Expos étaient là, on avait Vladimir Guerrero comme vedette. Mais Roy a eu tout un impact au Canada anglais », croit Agostino.

Halladay participera finalement aux séries en 2010 et 2011, à Philadelphie, sans toutefois atteindre la Série mondiale. Il prendra sa retraite au terme de la campagne 2013.

PHOTO GREGORY FISHER, ARCHIVES USA TODAY SPORTS

Le 21 juillet 2019, lors de l’intronisation de Roy Halladay au Temple de la renommée du baseball, à Cooperstown, Brandy Halladay est venue parler de son mari mort dans un accident d’avion, deux ans plus tôt.

Des problèmes

Derrière ses succès, ses habitudes de travail et son désir d’aider, Halladay cachait toutefois un profond mal de vivre, marqué par des problèmes de dépendance aux médicaments. C’était lui qui était aux commandes de l’avion lors de son accident fatal, et l’autopsie a révélé des traces d’amphétamine, de morphine et d’un médicament contre l’insomnie. « Dépression, anxiété, paranoïa », énumère sa veuve, Brandy, dans le documentaire.

« Des gens imparfaits peuvent tout de même connaître des moments parfaits », ajoute-t-elle.

« Les Phillies, c’est une organisation où tout le monde est important, des joueurs jusqu’aux gens qui coupent le gazon, souligne Agostino. Roy Halladay a seulement joué quatre ans ici, mais il l’a senti. Il cadrait bien. Il ne voulait pas être un instructeur des lanceurs. Il voulait travailler sur la préparation mentale, pour aider les jeunes à composer avec les hauts et les bas. « Imperfect, c’est un gars si bon avec les joueurs, avec les jeunes, mais si dur envers lui-même. »
Imperfect : The Roy Halladay Story sera diffusé vendredi, à 19 h, sur TSN 1, TSN 3 et TSN 4.