Play Ball !

Alexandre Pratt Alexandre Pratt
La Presse

Le baseball est de retour. Pas en Amérique du Nord. À Taïwan, une île relativement épargnée par la COVID-19. Seulement 393 cas confirmés. L’équivalent de l’arrondissement d’Ahuntsic-Cartierville, à Montréal. Sauf qu’à Taïwan, ils sont 23 millions…

Le premier match a eu lieu dimanche.

Comment c’était ?

Divertissant.

Je ne vous parle pas du calibre de jeu, mais de l’ambiance dans les gradins. Aucun spectateur. À leur place, des centaines de mannequins en carton aux couleurs d’une équipe locale. Plusieurs étaient affublés de masques chirurgicaux, de crainte d’attraper… D’attraper quoi, au juste ?

Il n’y avait pas que des spectateurs en carton. Il y avait aussi des chats en carton. Des chiens en carton. Des photographes de presse en carton. Des mannequins en plastique. Une demi-douzaine de (vraies) cheerleaders. Et mes préférés, des droïdes qui jouaient du tambour. Ça m’a rappelé l’ancien temps, quand les Astros de Houston se déchaînaient sur une poubelle.

Le baseball est de retour à Taïwan !

  • Le baseball est de retour à Taïwan… dans des conditions assez particulières !

    PHOTO ANN WANG, REUTERS

    Le baseball est de retour à Taïwan… dans des conditions assez particulières !

  • Les faux spectateurs semblent attentifs au match qui se déroule au stade international de Taoyuwan.

    PHOTO ANN WANG, REUTERS

    Les faux spectateurs semblent attentifs au match qui se déroule au stade international de Taoyuwan.

  • Même des « photographes » assistent à la partie…

    PHOTO ANN WANG, REUTERS

    Même des « photographes » assistent à la partie…

  • … ainsi que des animaux en carton !

    PHOTO ANN WANG, REUTERS

    … ainsi que des animaux en carton !

  • Un mannequin subit une transformation avant de prendre place dans l’amphithéâtre.

    PHOTO ANN WANG, REUTERS

    Un mannequin subit une transformation avant de prendre place dans l’amphithéâtre.

  • Les meneuses de claque s’amusent malgré tout !

    PHOTO ANN WANG, REUTERS

    Les meneuses de claque s’amusent malgré tout !

  • Ce journaliste attend patiemment le premier lancer de la rencontre.

    PHOTO ANN WANG, REUTERS

    Ce journaliste attend patiemment le premier lancer de la rencontre.

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Du gros cabotinage ?

Oui. Mais pas juste ça. Sous cet épais maquillage, Taïwan est présentement un écosystème fascinant.

Avec moins d’une dizaine de nouveaux cas par jour, l’île est un laboratoire pour les mesures de déconfinement. Ses écoles sont ouvertes. Ses commerces aussi. Sa ligue de baseball est active. Celle de basketball amorce ses séries éliminatoires. Ça suscite la curiosité. Notamment celle des patrons des autres ligues professionnelles, qui se demandent comment fonctionner d’ici à la découverte d’un vaccin ou d’un remède.

***

Alors, comment ça fonctionne ?

J’y arrive. Mais d’abord, une mise en garde. Cette reprise est très fragile. Face au virus, il vaut mieux être humble que défiant. Personne ne veut subir l’affront encaissé par la Ligue japonaise de basketball, qui a relancé trop vite ses activités, à la fin de mars.

Un échec total.

Trois joueurs et un officiel ont reçu des diagnostics positifs tout juste avant une partie. Dans un autre match, trois basketteurs ont refusé de jouer. Depuis, la ligue a reporté sa saison à la semaine des quatre jeudis.

Un scénario que les ligues taïwanaises tentent d’éviter. C’est tout un casse-tête, révélait le week-end dernier le New York Times, dans un long reportage consacré à la Taiwan Super Basketball League, qui n’a de super que le nom.

Ce sont cinq clubs qui – crise oblige – disputent toutes leurs parties au même endroit. Dans un centre d’entraînement de la taille d’un gymnase de cégep. Ici, pas de spectateurs en carton ni de robots percussionnistes. Les gradins sont vides. En tout temps, il doit y avoir moins de 100 personnes dans l’édifice. Seuls les joueurs, les officiels, les marqueurs, les caméramans, les descripteurs et les journalistes peuvent accéder à l’enceinte.

Étonnamment, les athlètes ne sont pas testés avant chaque rencontre. Par contre, ils doivent se soumettre à un protocole strict :

– À leur arrivée au centre d’entraînement, un préposé prend leur température à l’aide d’un thermomètre infrarouge sans contact. Si un joueur fait de la fièvre – plus de 99,5 degrés Fahrenheit –, l’accès au gymnase lui est interdit.

– Après l’échauffement, puis lors de chaque arrêt de jeu, les joueurs doivent se frotter les mains avec une solution hydroalcoolique, de type Purell ;

– À la demie et après la partie, les joueurs doivent se laver les mains ;

– Les « high fives » sont proscrits.

Cela dit, au baseball, il semble y avoir une certaine tolérance sur les « high fives ». On a vu un frappeur taïwanais multiplier les tapes dans les mains de ses coéquipiers, dimanche, à la suite d’un circuit. Comme si c’était en 2019.

Sans revenus de billetterie, les ligues survivent grâce aux commanditaires et aux chaînes sportives. Est-ce que ça donne un bon spectacle à la télé ? Bof. Ça rappelle Les héros du samedi, version 1988. On entend tout ce qui se dit sur le terrain. 

Les sièges vides donnent la désagréable impression d’être le seul spectateur assez con pour s’intéresser à un match de ligue de garage, un vendredi soir, à 23 h.

« On se dirait dans une ligue pour adultes », a commenté le basketteur Charles Garcia au New York Times. Puis il a ajouté, à propos de la possibilité que la NBA présente des matchs à huis clos : « Aucune chance. Aucune chance. Aucune chance. Vous avez besoin des partisans. Où trouverez-vous l’énergie ? Je ne peux même pas m’imaginer ça dans la NBA. Ce serait très difficile. […] Quand tu réussis un dunk, tu veux crier. Mais là, c’est inutile. Alors tu retournes prendre ton poste en défense. »

Ce qui se passe aujourd’hui à Taïwan donne une idée des défis qui attendent la LNH, la NBA et le Baseball majeur dans les prochains mois. Même au sein de petites ligues de cinq clubs, dans une île où l’épidémie est presque enrayée, tout reste aussi fragile qu’un spectateur en carton.

Les scénarios de Baseball Québec

PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE

Maxime Lamarche

Aurons-nous une saison de baseball mineur ? Le directeur général de Baseball Québec, Maxime Lamarche, garde espoir. Son équipe et lui ont préparé plusieurs scénarios, qu’ils présenteront ce mercredi. Trois dates sont ciblées pour les premiers matchs : le 1er juin, le 1er juillet et le 1er août. « Plus on commence tard, plus on risque d’annuler les championnats régionaux, provinciaux et nationaux, m’a-t-il expliqué. Ça permettrait de donner plus de parties à tout le monde, plus longtemps. Jusqu’en septembre, qui est plus beau que mai pour la météo. »

Un enjeu : la fermeture des régions. Ça pourrait toucher les ligues élites et forcer l’annulation des tournois. Autre problème, la distanciation physique. « Au baseball, c’est impossible d’avoir deux mètres entre les joueurs en tout temps. Par contre, on peut être ingénieux. L’arbitre derrière le marbre pourrait se placer derrière le lanceur. Les joueurs sur le banc pourraient être assis sur des chaises, dans le champ, à deux mètres de distance. »

Ce sont les autorités de la Santé publique du Québec qui autoriseront – ou interdiront – la reprise des activités cet été.