Votre cerveau peut-il exploser ?

Alexandre Pratt
Alexandre Pratt La Presse

Oui.

Enfin, presque.

Il y a une dizaine d’années, Angelika Dimoka a mené une expérience intéressante. Cette chercheuse de l’Université Temple voulait savoir si un trop-plein d’informations pouvait créer une surcharge cognitive. En gros : un court-circuit dans le cerveau.

Ses cobayes devaient analyser l’achat de lots d’atterrissage dans un aéroport. Elle les a bombardés de données. Plus les informations s’accumulaient, plus le cortex préfrontal des sujets rétrécissait. Les analystes se sont mis à prendre de mauvaises décisions. Leurs émotions ont pris le dessus.

Anxiété. Frustration. Les fils se sont touchés.

Kaboum.

Leurs cerveaux ont (un peu) explosé.

Avertissement : c’est ce qui vous attend dans les paragraphes suivants. Votre cerveau devra absorber une quantité élevée de statistiques inutiles, insolites et incroyables sur les circuits dans le baseball majeur. Ce fut un été record, avec 6776 longues balles. Disséquons-les, de l’information la plus bénigne à la plus dommageable pour votre cortex préfrontal.

PHOTO TOMMY GILLIGAN, USA TODAY SPORTS

Pete Alonso, des Mets de New York, a frappé 53 circuits cette saison, un sommet dans le baseball majeur.

LES PETITES DOSES

– Vous souvenez-vous de la Big Red Machine ? Les Reds de Cincinnati de 1976. Parmi les plus grandes puissances offensives de l’histoire. De gros canons. Sept des huit frappeurs réguliers ont participé au match des Étoiles. Cette année-là, les Reds ont dominé le baseball majeur avec 141 circuits. Où les aurait placés ce total cette saison ? Au dernier rang. Derrière les misérables Marlins de Miami (146).

– C’est vrai, les Marlins sont pourris. Mais ils ont quand même battu un record de franchise pour les circuits. Lequel ? La réponse à la fin de la chronique.

– Qui a fait pire cet été que les frappeurs des Marlins ? Les lanceurs des Marlins ! Des tire-pois. Ils ont accordé au moins un circuit pendant 107 matchs consécutifs, soit la pire performance depuis que l’Homme a découvert l’usage de ses bras. (L’ancienne marque était de 69 parties.)

– Une autre séquence hallucinante ? Pendant 37 jours de suite, entre le 15 juillet et le 20 août, un frappeur a réussi au moins deux circuits dans un match. Relisez trois fois cette phrase à voix haute. Sentez-vous votre cortex préfrontal rétrécir ?

LES MOYENNES DOSES

– À moins d’avoir la silhouette de Jabba le Hutt, il est plus facile de frapper un double qu’un circuit. Alors qu’ont fait les Yankees de New York ? Le contraire, évidemment. Ils ont cogné plus de longues balles (306) que de coups de deux buts (206). Un résultat hautement improbable. Une seule autre équipe a réussi l’exploit depuis 50 ans — et cinq dans toute l’histoire du baseball majeur.

– En 1945, les White Sox de Chicago ont frappé 22 circuits. Au total. Pour toute l’équipe. Cet été, 107 joueurs ont cogné 22 circuits ou plus.

– Plusieurs frappeurs des Blue Jays de Toronto ont réussi au moins 10 circuits. Rien pour titiller votre cerveau. Sauf si vous apprenez que six de ces joueurs étaient des recrues — un record. Et qu’ils couvraient toutes les positions de l’avant-champ, y compris le receveur inclus !

LES FORTES DOSES

– Le 10 juin. Les Diamondbacks de l’Arizona et les Phillies dePhiladelphie battent le record du plus grand nombre de circuits en une partie (13). Le grand responsable : le lanceur Jerad Eickhoff, qui a accordé cinq coups sûrs — tous des circuits !

– Le 26 juin. Les Padres de San Diego frappent cinq circuits contre les Orioles de Baltimore. C’était déjà la 10e fois depuis avril que les Orioles étaient victimes d’autant de longues balles en une partie. Un record. Et on n’était même pas encore arrivé à la moitié de la saison.

– Le 22 août. Les lanceurs des Orioles — qui n’ont rien à envier à ceux des Marlins — font tomber le record du plus grand nombre de circuits accordés par une équipe en une année. Avec encore 34 matchs à disputer…

– Le 31 août. Les Twins du Minnesota pulvérisent la marque des ligues majeures pour les circuits en une saison. Un mois avant la fin de la saison. Cinq de leurs joueurs ont réussi 30 circuits ou plus — une autre première.

LA DOSE FINALE

Le 9 juin, les Nationals de Washington affrontaient les Padres. Après sept manches, c’est 1-1. Superbe duel de lanceurs. C’est à contrecœur que les Nationals retirent leur partant, Stephen Strasburg, au profit d’un frappeur d’urgence, Howie Kendrick. Qui, vous l’aurez deviné, frappe un circuit.

2-1.

Prochain frappeur : Trea Turner. Auteur d’un seul circuit jusqu’alors dans sa saison. Qui, vous l’aurez deviné, frappe aussi un circuit.

3-1.

Prochain frappeur : Adam Eaton. Qui n’a pas claqué la balle de l’autre côté de la clôture depuis 12 matchs. Et qui, vous l’aurez encore deviné, frappe évidemment un circuit.

4-1.

Les chances de réussir trois circuits consécutifs ? Pas mal meilleures que celles d’en frapper quatre de suite. Ce qui arriva lorsque le frappeur suivant, Anthony Rendon, cogna un circuit en solo.

5-1.

Le comble ?

Pendant ces quatre frappeurs, le gérant des Padres n’a jamais retiré son releveur Craig Stammen du monticule. Son cortex préfrontal devait être noyé sous le flot des statistiques avancées. Et le nôtre pourrait ne jamais se remettre de cette année record.

RÉPONSE

Les Marlins ont battu le record d’équipe pour le plus de circuits réussis par des frappeurs d’urgence en une saison (8).

LES SÉRIES

Brewers de Milwaukee contre Nationals de Washington, ce soir à 20 h
Rays de Tampa Bay contre Athletcis d’Oakland, demain à 20 h
Gagnant Brewers-Nationals contre Dodgers de Los Angeles, début jeudi
Cardinals de St. Louis contre Braves d’Atlanta, début jeudi
Gagnant Rays-Athletics contre Astros de Houston, début vendredi
Twins du Minnesota contre Yankees de New York, début vendredi