À l'été 2005, Michael Phelps prenait le métro de son hôtel du centre-ville pour se rendre aux piscines de l'île Sainte-Hélène, où il participait aux Championnats du monde de natation. Rares étaient les usagers qui reconnaissaient ce gaillard aux grandes oreilles coiffé d'une casquette des Orioles de Baltimore.

Simon Drouin LA PRESSE

Quatre ans plus tard, le nageur américain risque de passer pas mal moins inaperçu lorsqu'il reviendra à Montréal dans le cadre de la Coupe du Québec de natation, les 20 et 21 juin, à la piscine du Parc olympique (1).

Phelps était une simple vedette de la natation à l'époque; il a rejoint depuis le cénacle des plus grands athlètes de l'histoire en ajoutant huit médailles d'or olympiques à une collection qui en comptait déjà six, l'été dernier, à Pékin.

À la fin janvier, la publication par un tabloïd britannique d'une photo de Phelps en train d'inhaler dans une pipe à marijuana l'a propulsé au rang pas toujours agréable de star people planétaire.

Depuis, la prudence est de mise dans le clan Phelps. L'athlète de 23 ans, qui a même dû s'excuser auprès du public chinois, est dorénavant accompagné d'un protecteur-chaperon qui surveille ses arrières.

Le mois prochain, on ne risque donc pas de croiser Phelps à la station Viau, carte Opus à la main. «Je suis certainement toujours la même personne, mais j'ai quelqu'un avec moi qui m'aide dans mes activités de tous les jours. C'est bien d'avoir une personne en qui j'ai confiance qui peut veiller sur mes intérêts et m'aider quand j'en ai besoin», a raconté Phelps, jeudi, dans une entrevue exclusive avec La Presse.

Le rendez-vous téléphonique avait été fixé à 19h. Phelps a appelé trois quarts d'heure plus tard. Poli, il s'est excusé du retard, prétextant une réunion d'équipe.

Retard facilement pardonné considérant le régime auquel il est soumis depuis une dizaine de jours. Avec quelques coéquipiers du North Baltimore Aquatic Club, Phelps est au milieu d'un camp d'entraînement de trois semaines en altitude, à Colorado Springs. «C'est très fatigant. On se fait complètement démolir tous les jours», a-t-il raconté, en évoquant les méthodes brutales de son entraîneur Bob Bowman.

Voici son lot quotidien: lever à 5h45, dans l'eau à 6h30 pour la première de trois séances en piscine. La journée est entrecoupée d'exercices avec des poids ou des renforcements des muscles abdominaux. Combien de mètres par jour? «Pas tant que ça. Probablement entre 15 000 et 16 000 mètres par jour, a-t-il calculé. C'est du gros boulot, c'est certain, mais ça va faire le travail.»

Phelps n'a pas de temps à perdre. Après une pause salutaire de cinq mois, au cours de laquelle il n'a «littéralement rien fait», son retour à la compétition a été retardé en raison de la suspension de trois mois imposée par sa fédération à la suite de son incartade.

Ce hiatus imprévu explique en partie sa présence surprise à Montréal. «De toute évidence, je n'ai pas eu l'occasion de nager souvent en compétition», a rappelé Phelps, qui est revenu à l'action il y a deux semaines, à Charlotte, en Caroline-du-Nord. La semaine prochaine, il participera au meeting de Santa Clara, en Californie, avant de s'amener à la Coupe du Québec, son dernier rendez-vous avant les sélections américaines pour les Championnats du monde de Rome, fin juillet.

«C'est important pour moi de goûter le plus souvent possible à une atmosphère de compétition, simplement pour retrouver la sensation de la course», a-t-il dit.

De son précédent séjour à Montréal, Phelps dit ne pas en avoir conservé beaucoup de souvenirs, sinon que sa mère Debbie, omniprésente dans sa vie, avait «adoré» la ville.

«Ce ne fut pas ma meilleure compétition, alors j'essaie de ne pas trop m'arrêter sur mes Mondiaux 2005», a rappelé celui qui avait été arrêté en préliminaires du 400m libre. L'ogre des piscines avait dû se satisfaire de cinq médailles d'or et d'une d'argent, excusez du peu.

À la Coupe du Québec, Phelps s'alignera sur 100m papillon, rare épreuve dont il ne détient pas le record mondial, et le 100m libre, le nouveau défi que Bowman et lui se sont lancé pour le prochain cycle olympique. «Le 100 libre, c'est tout simplement très différent: une nouvelle stratégie de course, un nouveau défi, un nouvel outil à ajouter à mon répertoire», a-t-il indiqué.

Phelps n'est quand même pas un néophyte dans la distance-reine de la natation. À titre de premier relayeur américain à Pékin, il avait réussi un chrono de 47,51, ce qui en faisait le quatrième nageur de l'histoire sur deux longueurs.

Malgré cette référence, Phelps a fait le pari d'innover sur le plan stylistique. Les observateurs à Charlotte ont eu droit à un avant-goût de cette nouvelle technique, qui avait fait l'objet des spéculations les plus folles. Dans la phase de rattrapage, l'Américain ramène les bras bien droits plutôt que fléchis, à la manière d'un moulin à vent, imitant ainsi plusieurs sprinters. Il estime ainsi pouvoir générer plus de puissance.

La méthode n'est pas au point, comme en fait foi ce temps de 49,05 enregistré à Charlotte, où il a mélangé les deux styles. Le Français Frédérick Bousquet l'avait devancé de presque une seconde.

Clairement agacé par cette défaite sans appel, Phelps s'est remis au boulot au Colorado. «Ça prendra un certain temps pour s'y habituer, mais je sens que je suis meilleur maintenant, plus préparé, que je ne l'étais à Charlotte, a-t-il estimé. Le plus important est que j'aie un style établi, dans lequel je suis confortable, afin de l'utiliser aux sélections pour les Championnats du monde.»

Les spectateurs montréalais seront donc les témoins privilégiés de ce chantier qui, espère Phelps, le mènera vers la médaille d'or la plus prestigieuse pour ses derniers Jeux olympiques, à Londres, en 2012.

(1) Les billets sont disponibles sur le réseau Admission (www.admission.com).