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Marcel Aubut: le sport, c'est son business

Marcel Aubut... (Photo: David Boily, La Presse)

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Marcel Aubut

Photo: David Boily, La Presse

Marcel Aubut a l'habitude des défis. Le célèbre avocat a conduit les Nordiques de Québec à la Ligue nationale de hockey, sorti les frères Stastny de la Tchécoslovaquie communiste et organisé Rendez-vous 87, sans doute le plus extraordinaire match des étoiles de l'histoire de la LNH.

Il a aussi développé une passion pour le sport olympique, lui qui a assisté aux 10 derniers Jeux. Élu en 2005 au conseil d'administration et au comité exécutif du Comité olympique canadien (COC), il y a piloté des dossiers importants. Parmi eux, l'obtention d'un financement fédéral annuel de 24 millions $ pour le programme «Vers l'excellence», destiné à améliorer les chances de médailles du Canada aux Jeux olympiques d'été.

La semaine dernière, au terme d'une campagne intensive de trois mois, Aubut est devenu le premier président francophone du COC, une organisation centenaire. Il a recueilli 62% des suffrages, face à l'avocate de Vancouver Tricia Smith, médaillée d'argent en aviron aux Jeux olympiques de Los Angeles.

Jusqu'aux Jeux de Vancouver, en février 2010, l'homme de 61 ans partagera la tête du COC avec le président actuel, Michael Chambers. Mais il a déjà entrepris de relever le défi qu'il s'est fixé: hisser le Canada parmi les meilleures nations sportives du monde. La Presse l'a rencontré à son bureau, chez Heenan Blaikie, à Montréal.

Q: Vous êtes déjà très occupé avec votre travail d'avocat et d'innombrables conseils d'administration. Pourquoi avoir brigué la tête du Comité olympique canadien?

R: Ma famille, mes amis et ma firme d'avocats auraient tous fait un très gros party si j'avais perdu, parce qu'ils savaient que je serais très occupé en cas de victoire! Mais j'ai passé ma vie à suivre mes intuitions et à aller là où la passion me mène. C'est là que je suis à mon meilleur. Et puis mon amour pour le sport ne s'estompe pas. Après quatre ans au COC, j'ai senti que le soutien était là.

Q: Vous êtes le premier francophone à la tête du COC. Est-ce important?

R: Maintenant que je suis élu, je suis vraiment content, mais je n'ai pas basé ma campagne sur la langue, la race, le sexe ou l'Est contre l'Ouest. Ça aurait été killer. Ce que j'ai dit, c'est que je suis le meilleur leader pour le COC d'aujourd'hui et celui qu'on veut bâtir pour le futur. Le COC est devenu un business. La passion pour les affaires est aussi importante que la passion pour le sport. Il y a tellement d'argent qui passe par le sport, si on ne prend pas des gens qui ont une expérience en affaires, on va contre la tendance de tout ce qui se passe dans le monde actuellement.

Q: Craigniez-vous votre adversaire, Tricia Smith?

R: Mes handicaps étaient énormes. Je me présentais contre une olympienne, une médaillée, quelqu'un de la machine, très respectée et issue de Vancouver en plus, ce qui est important dans le contexte un peu euphorique des Jeux de 2010. C'était difficile, mais ça m'a motivé encore plus, car j'y croyais. Une cinquantaine de personnes ont participé à ma campagne. Et j'ai travaillé fort. Comme souvent dans ma vie, ce n'est pas le talent qui a fait la différence, c'est le travail.

Q: Vous disposiez tout de même d'appuis importants, non?

R: J'ai été poussé par des gens comme (l'ancien vice-président du Comité international olympique et ex-président de l'Agence mondiale antidopage) Dick Pound et Walter Sieber (vice-président et éminence grise du COC depuis la nuit des temps). Le président d'Athlétisme Canada, Jean-Guy Ouellette, et le PDG de Patinage de vitesse Canada, Jean Dupré, m'ont aussi appuyé. Mon grand handicap, c'est que j'étais très connu pour mes réalisations, mais que les électeurs ne me connaissaient pas sur le plan humain. C'est ce qui m'a poussé à faire deux fois le tour du pays pour constater les problèmes et rencontrer tous les votants dans les lieux où ils travaillaient.

Q: Qu'espérez-vous accomplir à la tête du COC?

R: Je ne veux pas changer la vision, qui est celle d'aller chercher des médailles. Mais on est incroyablement en retard sur les pays du G8 pour le financement et la reconnaissance du sport au pays. Quand on compare le Canada à l'Australie, à l'Italie, à la Suède, là-bas, le sport est une priorité nationale, alors qu'ici il n'y a même pas de ministre du Sport en titre depuis 1993!

Q: Qu'est-ce que ça changerait d'avoir un ministre du Sport?

R: Ce serait énorme. Nous devons prouver une fois pour toutes qu'un investissement dans le sport est l'investissement le plus rentable qu'un gouvernement puisse faire, avec ce que ça signifie comme baisse des coûts médicaux et des coûts pour les jeunes qui se perdent dans la drogue et l'alcool. Il n'y a rien qui rapporte plus que le sport. Mais il faut vendre nos projets au Conseil des ministres et ça, ça se fait par l'intermédiaire d'un ministre du Sport influent. Pas par un secrétaire d'État qui n'a pas d'argent, pas de portefeuille, pas de personnel et donc pas d'influence.

Q: N'empêche, vous entretenez de bons rapports avec le ministre d'État aux Sports, Gary Lunn...

R: C'est lui qui m'a nommé au conseil d'administration d'Énergie atomique du Canada, quand il était ministre des Ressources naturelles. On a traversé la crise des isotopes (affaire Chalk River) ensemble. Ça crée d'importants liens. Au dernier remaniement, tout le monde au conseil d'administration d'Énergie atomique était peiné de son départ. J'étais le seul qui souriait, parce qu'il s'en venait aux Sports.

Q: Vous arrivez dans un contexte financier périlleux. Nous vivons une crise économique et les commanditaires du COC risquent de décamper après les Jeux de Vancouver. Êtes-vous condamné à gérer la décroissance?

R: C'est peut-être pour ça qu'on m'a élu. Je n'ai jamais été habitué aux choses faciles. Sortir les Stastny de Tchécoslovaquie, fusionner la LNH et l'AMH, révolutionner la télé en 1984 (en brisant le monopole de Radio-Canada sur la diffusion du hockey), il n'y a rien de facile là-dedans. Il faut qu'on puisse garantir avant les Jeux, au moins par lettre d'intention, le renouvellement des commanditaires, plutôt que d'attendre que les Jeux soient passés. Il faut éviter la répétition de ce qui s'est passé aux Jeux de Calgary, en 1988: il n'y avait pas de crise économique, mais seulement deux des 38 commanditaires ont été renouvelés, parce qu'on a attendu après les Jeux.

Q: Pour la prochaine année, comment les tâches seront-elles partagées entre vous et celui qui préside le COC depuis 2001, Michael Chambers?

R: Je vais me mettre au travail sur les choses dans lesquelles j'ai le plus de talent. Renouveler les commandites et aller en chercher de nouvelles, faire avancer la Fondation olympique canadienne créée en 2007 et le projet de Réseau (télévisé) du sport amateur canadien.

Q: Ça ne laisse pas grand-chose à M. Chambers, non?

R: Au contraire. Tout ce qui concerne les Jeux de Vancouver, c'est à lui. Je ne veux pas de visibilité reliée à ça. Moi, ce que je veux, c'est éviter qu'on tombe dans un trou après les Jeux. La chimie entre M. Chambers, le chef de la direction, Chris Rudge, et moi est très bonne. Il y a du travail pour tout le monde. Ce n'est plus une question d'ego, c'est une question de faire progresser vers un niveau supérieur une organisation déjà très bien placée. Le but doit être d'en faire le meilleur comité national olympique du monde et de donner aux athlètes quelque chose de comparable à ce qui se fait de meilleur. Les athlètes luttent contre les meilleurs au monde, alors ça leur prend les meilleures infrastructures, le meilleur soutien technique et les meilleurs entraîneurs.

Q: C'est un discours qu'on entend depuis longtemps...

R: C'est vrai que c'est un vieux disque, mais avec moi, il y a des chances que ça se réalise. Je ne suis pas trop lâcheux.

Q: Vous avez parlé du Réseau du sport amateur canadien, un projet de chaîne télé lancé il y a un an. Quel est l'objectif?

R: Si le CRTC donne son accord, le réseau ferait partie du forfait de base du câble. Ça donnerait de la visibilité à plusieurs sports qui n'en ont jamais et qui sont incroyablement excitants. Ça pourrait être une source de financement, une fois les coûts de production payés. Et ça donnerait aux sports l'occasion d'aller chercher l'appui du privé. La réduction de la couverture du sport amateur annoncée récemment par la CBC n'est pas une bonne décision à long terme, mais d'un point de vue plus égoïste, ça peut donner une belle ouverture à notre projet, entièrement consacré au sport amateur.

Q: Votre arrivée va-t-elle donner un coup de pouce à l'idée d'une nouvelle candidature de Québec pour les Jeux d'hiver?

R: J'ai un devoir de réserve beaucoup plus grand maintenant que j'occupe une fonction nationale, mais Québec a tout ce qu'il faut pour les Jeux d'hiver. Je n'aime pas moins ma ville aujourd'hui qu'hier. Et c'est sûrement mieux d'avoir le président du Comité olympique canadien dans sa ville que de ne pas l'avoir!

Q: Vous avez parlé dans le passé d'une candidature pour 2018, mais le maire Régis Labeaume a écarté ce scénario et semble croire que 2022 serait la possibilité la plus rapprochée...

R: Si le maire n'appuie pas, oubliez ça. Le COC est là pour entériner la candidature d'une ville et la mousser avec le comité local. Il faut de l'intérêt de la part des dirigeants de la ville et c'est leur décision.

Q: La candidature de Toronto pour les Jeux panaméricains de 2015, dont le sort sera décidé cette année, n'est-elle pas le prélude à une nouvelle candidature olympique? Est-ce que ça ne risque pas de repousser l'échéance pour Québec?

R: Non, 2015 n'est pas un obstacle pour des Jeux d'hiver à Québec. Si Toronto vise les Panams, c'est sans doute parce qu'on a jugé qu'à court et à moyen terme, la ville n'avait pas beaucoup de chances d'obtenir les Jeux olympiques d'été, surtout avec la candidature de Chicago (pour les Jeux de 2016).

Q: Vous militez pour la tenue au Canada d'un plus grand nombre de compétitions sportives internationales. Pourquoi?

R: Au Canada, malheureusement, on met seulement l'accent sur le sport quand quelque chose de gros s'en vient. L'argent entre dans le programme «À nous le podium» parce qu'il vise à faire du Canada le numéro un pour le nombre de médailles chez nous, à Vancouver. Qu'est-ce qu'il y aurait de mal à vouloir être premier en Russie, en 2014? On investit beaucoup et après on est prêt à reculer 10 ans en arrière parce que le programme est fini? Notre problème, il est là. Pour que l'accent soit mis en permanence sur le sport, il faut donc avoir beaucoup de compétitions. Je veux qu'on ait constamment 10 ou 12 lignes à l'eau, à la grandeur du Canada, pour attirer de grands événements. Il n'y a rien comme de grandes compétitions pour justifier la construction d'infrastructures sportives.

Q: Vous avez évoqué plus tôt l'appui d'un vétéran du Comité international olympique, Dick Pound. La présidence du COC est-elle pour vous un tremplin vers le CIO?

R: Je n'ai aucun intérêt à parler de ça. Mon père m'a toujours dit «fais bien ce que tu as à faire aujourd'hui et les occasions viendront». Je n'ai jamais été celui qui arrivait à un poste en pensant déjà au suivant. Je ne pense pas à ça, pas une seconde.




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