En plus de condamner Lance Armstrong et Tyler Hamilton, dont les «aveux» de dopage ne l'émeuvent pas, la championne cycliste britannique Nicole Cooke s'en est prise à la Québécoise Geneviève Jeanson lors de l'annonce de sa retraite, lundi. Dans le même souffle, elle a défendu Lyne Bessette, l'estimant victime, comme elle, des agissements de Jeanson.

Mis à jour le 16 janv. 2013
Simon Drouin LA PRESSE

Dans une longue déclaration, Cooke, 29 ans, a dressé un portrait très sombre du cyclisme en général et du cyclisme féminin en particulier, qui a pâti des nombreuses affaires de dopage qui ont éclaté au cours de la dernière décennie.

Cooke cite l'exemple du Canada, où le cyclisme féminin sur route a connu une sorte d'âge d'or au tournant des années 2000. La Britannique, championne olympique et mondiale en 2008, rappelle la tenue de la très populaire Coupe du monde sur le mont Royal, du Tour du Grand-Montréal et des Championnats du monde de Hamilton, en 2003. Elle a expliqué aux médias britanniques à quel point Jeanson était à l'époque une «superstar canadienne, une icône nationale».

Après son contrôle positif à l'EPO en 2005 et ses aveux forcés à l'émission Enquête, deux ans plus tard, «il y a eu un désastre», constate Cooke.

«Second violon de Jeanson durant ces années au Canada, il y avait une coureuse avec une morale qui s'appelait Lyne Bessette, raconte Cooke. Personne ne peut rendre à Lyne Bessette ou à moi les victoires que Jeanson nous a volées. Comme Lance, Jeanson a menti à répétition durant toute sa carrière, et voilà qu'elle confesse avoir été sur un vaste programme de dopage depuis qu'elle a 16 ans. L'histoire complète est seulement sortie grâce à du journalisme d'enquête de qualité.

«Comme tous les autres, Jeanson affirme qu'elle est «repentante» et que tout ça est derrière elle, enchaîne Cooke. Tous des champions «born again» d'un sport propre. Ils pourraient être plus fidèlement décrits comme des criminels qui ont volé le gagne-pain des autres, qui ne sont jamais sincèrement désolés que d'une chose - d'avoir été pris.»

L'avenir ne s'annonce pas plus rose, ajoute Cooke, qui pointe un doigt accusateur vers l'Union cycliste internationale, «qui a passé 10 ans à tenter de défendre la position intenable de Lance Armstrong».

«Je désespère de voir le sport se nettoyer quand les récompenses d'avoir volé sont plus grandes que d'avoir couru propre», affirme Cooke, qui a elle-même été exposée au dopage sans toutefois fléchir. «Si ça continue à être le cas, la tentation sera toujours trop grande pour ceux qui n'ont pas de morale. Lyne l'a bien résumé avec une déclaration qui lui a valu peu d'applaudissements, mais qui était entièrement vraie. Lyne a déclaré: Jeanson a gagné alors que j'arrivais deuxième. Pendant que je gagnais 80 000$ durant les quelques années où j'étais au sommet de ma carrière, Jeanson faisait 400 000$ par année. Maintenant, elle s'est «confessée» et ça fait les manchettes - ils feront un film et Jeanson, qui a triché, va voler les autres pour une deuxième fois, racontant l'histoire de comment elle a volé et menti.»

Cooke se désole de penser que Tyler Hamilton fera «plus d'argent avec son livre en décrivant comment il a triché que Bessette et moi en ferons durant toutes ces années de travail honnête».

S'estimant chanceuse d'avoir pu vivre de son sport en courant proprement, Cooke invite les gens à la réflexion lorsqu'ils écouteront l'entrevue de Lance Armstrong à Oprah Winfrey, demain soir: «Quand Lance pleurera et qu'elle lui passera un mouchoir, ayez une pensée pour les personnes honnêtes qui ont quitté le sport sans récompenses - seulement des rêves brisés. Chacune d'entre elles vaut 1000 Lance.»

Lyne Bessette: «Flatteur»

«Entièrement d'accord» avec les propos de Cooke, Bessette se dit flattée qu'une championne d'une telle stature, qu'elle n'a côtoyée que brièvement dans le peloton, ait été interpellée par sa propre histoire. Elle a envoyé un courriel à la Britannique pour la remercier. Celle-ci lui a répondu qu'elle avait été une inspiration.

«Ce qu'elle a dit, c'est pas mal ce que j'ai ressenti», a affirmé Bessette, jointe au téléphone hier après-midi. «[Jeanson] nous a tous fait vivre la tricherie. [Les dopés] s'en sortent en disant: «Désolé-pardon, je m'excuse, je m'excuse». Tout l'argent qu'ils ont fait, ils ne l'ont jamais remis. Sans compter les journées de gloire sur le mont Royal, qui étaient de fausses journées de gloire.»

Quant à la saga Armstrong, Bessette s'en dit «un peu écoeurée». «J'ai hâte qu'on passe à un autre appel», a dit celle qui a conclu sa carrière l'été dernier avec une médaille d'or comme guide sur un tandem aux Jeux paralympiques de Londres. «La partie la plus triste de cette histoire, c'est sa femme et ses enfants. Si [Armstrong] va en prison, c'est sûr qu'il aura couru après. Mais ça aura des répercussions sur des gens qui n'étaient pas nécessairement impliqués.»