FOUS DU VÉLO

Cycliste au pouce vert

Ian Christopher Goodman, assis sur sa remorque longue... (Photo: Marco Campanozzi, La Presse)

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Ian Christopher Goodman, assis sur sa remorque longue de trois mètres.

Photo: Marco Campanozzi, La Presse

Simon Coutu
La Presse

Tous les mardis jusqu'à la mi-août, La Presse vous propose des portraits de passionnés du vélo. Aujourd'hui : l'entrepreneur-paysagiste Ian Christopher Goodman, qui ne se déplace que sur deux roues dans le cadre de son travail.

Dans une ruelle du quartier Rosemont, Ian Christopher Goodman ajuste patiemment une vieille tondeuse à gazon manuelle qu'il vient tout juste de récupérer sur le bord du chemin. Après avoir testé son affutage, l'homme au chapeau de paille évoquant les gondoliers de Venise l'embarque sur une remorque longue de trois mètres qu'il fixe derrière son vélo.

En plein trafic, rue Jean-Talon dans la Petite Italie, il traîne ses outils d'aménagement paysager, minutieusement attachés sur la plateforme en bois et en aluminium. Grâce à un petit rétroviseur installé sur ses lunettes, le grand et mince jardinier surveille les automobilistes téméraires qui voudraient le dépasser.

Ian Christopher Goodman est le fondateur des Jardiniers à bicyclette. Tous les déplacements de la petite entreprise établie dans un garage d'une ruelle de Rosemont se font à vélo. Ils sont trois employés à temps plein et cinq autres à temps partiel à pédaler et à jouer dans la terre. Tous les outils qu'ils utilisent sont manuels, aucun produit chimique n'est épandu dans les jardins et ils privilégient les plantes indigènes québécoises.

De sous-titreur à jardinier

Il y a deux ans, Goodman en avait assez de corriger pour une grosse compagnie des sous-titres de films préalablement traduits en anglais en Inde. Il a eu l'idée simple de tondre le gazon sans utiliser d'essence. «J'avais besoin de jouer avec les plantes et les insectes, dit l'entrepreneur de 36 ans originaire de St. Albert, en banlieue d'Edmonton. Je me disais que ce serait agréable de faire ce travail durant les fins de semaine.»

Le jardinier qui se consacre aussi à la poésie s'est donc procuré une petite remorque à vélo et une tondeuse manuelle et a publié un billet sur un site internet de petites annonces. «Je trouvais naturel de marier vélos et jardinage. Ça m'a coûté moins de 100$ pour me lancer en affaires, et je n'avais pas plus d'argent. Le jour même, j'ai eu un appel et un premier contrat.»

Ian a rapidement compris que la demande était beaucoup plus importante pour l'aménagement paysager que pour tondre des gazons. L'anglophone arrivé à Montréal il y a huit ans s'est donc plongé dans les livres. «Au même moment, j'apprenais à parler français, les rudiments de l'aménagement paysager et comment démarrer une entreprise. J'aurais dû échouer, mais les affaires vont très bien maintenant.»

Montréal, ville de vélo

L'Albertain connaît bien le Canada, qu'il a parcouru de long en large. Il est persuadé que Montréal est la ville idéale pour une entreprise dont tous ses déplacements se font à vélo. «C'est relativement plat et les automobilistes me respectent, avec ma bannière et les phares à l'arrière, dit-il, en tripotant sa tondeuse. J'aime bien mieux pédaler que rester dans une voiture dans le trafic. Je suis aussi assez satisfait de ne pas encourager l'industrie pétrolière.»

Ian estime qu'il économise beaucoup d'argent en roulant à bicyclette. Sur son bolide vert à suspension, équipé de pignons qui lui permettent de grimper les côtes montréalaises, il se déplace presque partout. Il a toutefois dû apprendre la topographie de la ville, à ses dépens. «Certains quartiers comme Côte-des-Neiges et Westmount ont un petit avertissement rouge sur la carte maintenant.»

Le jardinier admet qu'il se permet de tricher et de faire livrer des chargements très lourds par les pépinières avec qui il fait affaire. «Traverser la ville avec un arbre ou une tonne de pierre dans la remorque n'est tout simplement pas possible.»

Tous les matins, vers 6h, Ian est devant son garage peint aux couleurs de son entreprise. La journée se termine souvent vers 21h. Lorsqu'il se balade dans la rue avec sa remorque, les passants l'arrêtent pour discuter. «Ça m'a valu plusieurs clients. Mais maintenant, je n'ai pas le choix de regarder droit devant moi et de faire comme s'ils n'existaient pas, sinon je perds un temps fou!»

Les Montréalais semblent apprécier le retour à la terre de Ian Christopher Goodman. «Ils trouvent plus original de m'embaucher que d'appeler une entreprise qui porte le même nom que le propriétaire. Jardiner et faire du vélo sont deux activités agréables, et je crois que c'est ce que je vais faire pour le reste de mes jours».




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