La patience est l'arme de Carlos Sastre qui attend la fin des grands tours pour surgir comme il l'a fait dans sa carrière pour devenir leader sur le tard.

Jean Montois AGENCE FRANCE-PRESSE

Dans la vie, le coureur espagnol se comporte comme à vélo. Il a la parole aussi rare que la victoire. Sept succès en tout et pour tout depuis ses débuts professionnels en 1997. Mais de beaux bouquets, dans la Vuelta, le Giro -il a gagné lundi l'étape-reine du Giro du Centenaire-, le Tour. Et, par-dessus tout, la victoire finale du Tour de France 2008.

«Je suis quelqu'un de toujours tranquille, je ne fais pas de bruit», reconnaît cet homme longtemps catalogué de coureur effacé. A tort. Quand il a quelque chose à dire, le Castillan sait hausser la voix.

Pour preuve, sa riposte à un propos selon lequel Lance Armstrong aurait décidé de revenir à la compétition en le voyant gagner l'étape de l'Alpe d'Huez puis le Tour de France en juillet dernier. «J'en ai rien à f...», a rétorqué lundi Sastre.

A un journaliste italien qui s'interrogeait sur son visage triste en prêtant cet avis au public, Sastre a répondu d'un sourire: «Ah bon, vous me trouvez l'air triste ? Ca m'est égal qu'on puisse le penser. Dans un grand tour, je suis concentré à cent pour cent. Je dépense de l'énergie pour les choses qui comptent.»

«Quand j'ai été prêt»

Ainsi parle Sastre, fort d'un bon sens qui l'apparente à son ami Laurent Jalabert. De ses années CSC, où il avait retrouvé l'ancien champion français en 2002, l'Espagnol dit simplement: «J'ai beaucoup appris. J'y ai laissé beaucoup d'amis. Mais il était temps pour moi de partir. Je devais me lancer. J'ai pensé que c'était mieux pour moi et pour CSC.»

«J'ai décidé de changer pour une nouvelle motivation, pour un projet différent aussi», explique le vainqueur du Tour de France qui a rejoint l'équipe Cervélo en cours de formation à la fin de la saison dernière.

Sous ses nouvelles couleurs, Sastre est devenu leader à part entière. Il dit disposer d'une confiance venue avec l'âge, sur le tard, la trentaine dépassée.

Regrette-t-il d'avoir attendu dans l'ombre des autres ? «Non, répond-il, j'ai gagné quand j'ai été prêt pour gagner. Avant, j'ai travaillé pour Ivan (Basso) parce que c'était lui qui était le plus fort à ce moment-là. J'ai pris l'opportunité quand elle s'est présentée.»

«Quelque chose a changé dans ma tête, poursuit-il. J'ai pris confiance en moi. J'ai évolué, voilà tout. C'est comme ça que j'ai gagné le Tour l'an dernier, que je lutte pour la victoire dans ce Giro, que j'espère lutter pour un nouveau Tour de France».

Derrière le ton mesuré, l'ambition affleure. Depuis le début de la saison, Sastre a laissé ses adversaires occuper le devant de la scène. Il a monté en puissance, tranquillement, jusqu'à devenir la menace principale pour le duo-roi du Giro, le Russe Denis Menchov, porteur du maillot rose, et l'Italien Danilo Di Luca.

A cinq jours de l'arrivée à Rome, l'Espagnol est placé pour figurer encore sur le podium d'un grand tour. Pour la sixième fois depuis qu'il a passé le cap de la trentaine.