Dans une province obnubilée par le hockey, les premiers pas de Dominique Rollin dans le peloton européen n'ont pas fait grand bruit. Pourtant, le coureur de Boucherville s'est remarquablement bien débrouillé. Bilan de mi-saison avec le porteur-couleurs de la nouvelle formation Cervélo TestTeam.

Simon Drouin LA PRESSE

Après cinq mois à bourlinguer aux quatre coins de la planète cycliste, Dominique Rollin a enfin trois semaines pour souffler un peu. La période des classiques a été éreintante et le Québécois a enchaîné avec le Tour de Romandie, auquel il ne devait initialement pas participer. Épuisé, il a posé pied lors de la quatrième étape.

 

L'athlète de 26 ans refait ses forces à Lucerne, en Suisse, sa nouvelle ville d'adoption. Dans une formation comptant sur de grandes vedettes comme Carlos Sastre, gagnant du dernier Tour de France, et Thor Hushovd, meilleur sprinter sur le Tour en 2005, Rollin a réussi à se démarquer. Il a entre autres monté sur le podium au Grand Prix de l'Escaut, une prestigieuse semi-classique belge.

Rollin devait participer au Championnat international de Philadelphie, le 7 juin, mais Cervélo a annulé sa présence, faute de budget. En attendant son prochain rendez-vous, le Tour Bayern-Rundfahrt, à partir du 27 mai, La Presse a fait le point avec Rollin.

Q: Comme Nord-Américain, comment se passe l'adaptation?

R: Très bien. Il y a une quinzaine de nationalités dans l'équipe alors que je n'étais qu'avec des Français quand j'ai été amateur en France pendant deux ans. Il n'y a pas de frontières. Chacun apporte sa petite couleur, un peu de sa culture. Ça aide à travailler ensemble. Mais en tant que Nord-Américain qui vient s'installer en Europe, c'est un peu plus difficile. Je ne connais personne dans le peloton, à l'exception de quelques gars que j'ai côtoyés en Amérique. C'est toujours un peu plus dur de s'intégrer socialement. Déjà que je ne parle pas allemand, ce qui crée une certaine barrière dans une ville comme Lucerne. Il faut que j'improvise avec l'anglais ou le français. En plus, j'ai passé les cinq derniers mois à voyager. Je n'ai pas eu vraiment le temps de m'installer et de m'adapter.

Q: Comment évalues-tu ton début de saison?

R: Les choses vont bien. Mais l'équipe est nouvelle et après cinq mois à rouler à pleine peau, il y a encore de l'adaptation. Il faut apprendre à travailler ensemble. Côté organisation, il y a toujours de petites surprises, mais pour l'instant, c'est assez fluide. On a eu la chance de bien commencer la saison, d'avoir des résultats, ce qui a aidé pour le moral et à créer des liens.

Q: Et toi, personnellement?

R: Pour une première année en Europe, je me débrouille assez bien. Le plus souvent, j'ai un boulot d'équipier, mais j'ai quand même réussi à monter sur le podium au Grand Prix de l'Escaut. Je visais au moins un top 10, alors ça dépasse mes attentes. Mon objectif est plutôt de m'adapter, d'apprendre à connaître des parcours toujours très accidentés.

Q: Justement, tu as très bien fait dans les classiques, mais tu as aussi appris à la dure avec quelques chutes, dont deux à Gent-Wevelgem, où tu as quand même fini 19e. Inexpérience ou simple malchance?

R: Gent-Wevelgem, j'avais été 10 jours sans course et il pleuvait. Il y a une chute qui était un peu mon erreur. J'ai glissé dans un virage. L'autre, sur une vague, un coup de vent, je me suis fait pousser un peu et je me suis retrouver hors de la route. J'ai tapé un trou et je suis passé par-dessus le guidon. Au moins, le gazon était épais... donc je n'ai rien eu! Deux chutes dans la même course, c'est toujours dur moralement. Mais ça fait partie de l'apprentissage. C'est à moi de faire plus attention, de mieux protéger ma position. J'ai un peu de travail à faire là-dessus.

Q: Que disent tes patrons à Cervélo?

R: Ils sont satisfaits. Ils ne s'attendaient pas à un podium de ma part dans une des semi-classiques. À moi maintenant de faire le boulot pour passer de la période des classiques à celle des tours. J'éprouve plus de difficulté que je m'attendais à faire la transition. J'ai pris un peu de poids durant les classiques, question d'avoir la masse musculaire nécessaire pour passer des côtes courtes et abruptes. Maintenant, il faut travailler pour passer les longues ascensions, des cols de 15 à 25 kilomètres à répétition, si je veux prendre part à un Grand Tour.

Q: Quel est ton poids?

R: 85 kilogrammes. Je suis un des plus gros dans le peloton... Je travaille à perdre un peu de poids sans perdre trop de force. J'aimerais perdre deux ou trois kilos. Mais je suis quand même un bon grimpeur pour ma taille.

Q: Parlant de Grand Tour, quelles sont les chances de t'y voir dès cette année?

R: Elles existent. Il faut juste que je fasse mes preuves dans les ascensions. En camp d'entraînement et au Tour de Californie, j'avais bien démontré que je peux passer les bosses. Il reste juste à retrouver cette forme-là, à travailler un peu mon endurance et mes qualités de grimpeur et je pense que je pourrais peut-être prendre le départ de la Vuelta cette année.

Q: On croyait te voir sur Paris-Roubaix, mais tu as été écarté de la sélection à la dernière minute. Tu as parlé d'une «énorme déception». Certains y ont vu une injustice. Qu'en penses-tu aujourd'hui?

R: C'est sûr que c'est décevant. Mais bon, c'est ma première année en Europe. Le «problème», c'est qu'on avait le luxe d'avoir 10 coureurs prêts pour la course. Ils ont choisi les coureurs d'expérience qui ont déjà fait leurs preuves sur la course au lieu d'essayer un jeune. Il fallait que je m'y en attende. Malheureusement, je suis tombé dans une des seules équipes qui avaient le luxe de faire ça. Ça a un peu mal tombé pour ça, mais l'an prochain, je ferai mes preuves un peu mieux et j'espère être au départ. Ils ont pris la bonne décision. Si tu regardes les résultats, on a cinq coureurs dans les 20 premiers, et on a passé proche de gagner.

Q: Hushovd a en effet fini troisième après une chute. Quelle est ta relation avec lui?

R: Il est très relax, facile d'approche. Ça va bien pour apprendre à travailler ensemble, savoir comment gérer les choses. J'ai travaillé un peu avec lui, mais pas autant que j'aurais aimé. Les occasions ne se sont pas présentées. À Tirreno-Adriatico, il a quitté plus tôt car sa femme accouchait. Mais ça s'est merveilleusement bien passé en Californie, avec une victoire la première fois qu'on travaille bien ensemble. J'espère pouvoir continuer sur les mêmes bases.

Q: À part le Bayern-Rundfahrt, qu'est-ce qui s'annonce pour toi?

R: Comme Philadelphie vient de prendre le bord, on est en train de travailler sur le calendrier. Ça s'enligne peut-être pour une course en Hollande, le Ster Elektrotoer, une course de quatre-cinq jours. En attendant, j'en profite pour m'installer et me faire un chez-moi plus confortable.