Il aura fallu deux heures et demie à David Savard-Gagnon pour remporter le Marathon de Montréal, le 22 septembre. Combien de temps auront pris les organisateurs pour lui remettre sa bourse de 1500 $? Mystère. Le gagnant attend encore son chèque.

Mis à jour le 30 oct. 2013
Gabriel Béland LA PRESSE

Savard-Gagnon n'est pas le seul. Les 12 coureurs et coureuses qui ont remporté une bourse ce jour-là n'ont toujours rien reçu. Plusieurs d'entre eux ont exigé des précisions au Marathon de Montréal, sans succès. Certains se demandaient même, dans les derniers jours, s'ils seraient payés tout court.

«Normalement, dans les courses, les prix en argent sont remis directement après la course, note David Savard-Gagnon. Plus rarement, ils nous envoient ça par la poste. Mais là, c'est vraiment long. C'est très nébuleux.»

Le Marathon de Montréal et ses nouveaux gestionnaires américains ont été accusés d'improvisation et d'amateurisme à la suite de la dernière édition, notamment à propos des bourses.

Avant l'événement, plusieurs coureurs se sont fait dire que l'entreprise Competitor Group avait choisi de les éliminer. Dans le passé, les trois premiers au marathon et au demi-marathon en recevaient une. Le vainqueur du 42 km a touché 10 000 $ en 2012, par exemple.

Plusieurs coureurs, fâchés, ont décidé de ne pas participer au marathon. Pour eux, la disparition des bourses relevait d'une question plus large, soit le caractère de plus en plus populaire du marathon aux dépens de l'élite.

À la ligne d'arrivée, les organisateurs n'ont jamais parlé de bourses aux vainqueurs. David Savard-Gagnon est retourné chez lui bredouille.

Erreur de communication

Mise au courant des récriminations des coureurs, La Presse a voulu comprendre la décision de Competitor Group. En entrevue deux jours après l'événement, un porte-parole a nié la disparition des prix. Il s'agissait «d'une erreur de communication entre les bureaux de Montréal» et un cadre américain, expliquait Josh Furlow.

L'entreprise avait donc changé de discours. Des bourses seraient remises aux vainqueurs, assurait M. Furlow. Elles seraient cependant grandement amputées. Plutôt que 10 000 $, Savard-Gagnon allait toucher 1500 $. «Je l'ai appris en lisant l'article dans La Presse. Personne de l'organisation ne m'a contacté», explique-t-il.

Hier, La Presse a donc envoyé un courriel à Competitor Group à 15h59 pour demander des comptes. Un porte-parole a réitéré que les gagnants recevraient leur bourse. «Laissez-moi voir pour quelles raisons il y a tous ces délais», a répondu Dan Cruz.

À 16h38, les vainqueurs ont reçu un courriel de l'entreprise. En pièce jointe se trouvait un formulaire à remplir pour toucher la bourse. Coïncidence?

«Sincèrement, je ne pense pas qu'ils auraient envoyé l'argent sans appel des médias», croit Philippe Viau-Dupuis, qui a fini deuxième au demi-marathon et espère recevoir un chèque de 500 $.

«Je ne pratique pas ce sport pour l'argent ou les prix, mais il s'agit d'une question de principe», fait valoir le coureur.

Competitor Group a acquis le Marathon de Montréal de ses fondateurs locaux il y a plus de deux ans. L'entreprise organise une quarantaine de marathons et de triathlons dans le monde. Elle est propriété du fonds d'investissement Calera Capital.

Au moment de mettre sous presse, le porte-parole de l'entreprise n'avait toujours pas expliqué les raisons du délai.

Il a donc été impossible de lui demander si l'appel de La Presse avait accéléré les choses, ni quand les coureurs recevraient leur argent. À suivre.