Accusé du meurtre de sa petite amie, Oscar Pistorius comparaît ce matin devant le tribunal de Pretoria. L'athlète va demander sa libération sous caution. Une requête qui a très peu de chances d'aboutir, explique notre journaliste. Cinq questions pour faire le point sur l'affaire qui bouleverse l'Afrique du Sud.

Patricia Huon, collaboration spéciale LA PRESSE

Q: Y a-t-il eu de nouvelles révélations au cours des derniers jours?

R: Depuis la première comparution d'Oscar Pistorius vendredi - l'audience a alors été ajournée -, il y a eu de nombreux rebondissements, relatés par la presse sud-africaine. Une batte de cricket ensanglantée aurait été trouvée au domicile de l'athlète et aurait pu servir à fracasser la tête de la victime, Reeva Steenkamp, abattue de quatre balles jeudi à l'aube.

Selon le tabloïd britannique The Sun, la police aurait également mis la main sur des stéroïdes anabolisants. Ces produits dopants ont pour effet d'augmenter la masse musculaire, mais une utilisation à forte dose peut aussi entraîner des comportements agressifs.

Cependant, il ne s'agit pour l'instant que d'informations révélées par les médias, qui n'ont pas été confirmées par la police. Seuls les résultats des prises de sang auxquelles a dû se soumettre Oscar Pistorius et de l'autopsie du corps de la victime pourront confirmer, ou non, ces allégations.

Q: Quel est l'enjeu de l'audience d'aujourd'hui?

R: Oscar Pistorius comparaît devant le tribunal de Pretoria pour demander une libération sous caution. Le Parquet s'opposera à cette requête et présentera son dossier à charge. Celui-ci contiendra très certainement la liste des indices récoltés par la police, et des détails sur la manière dont la police estime qu'Oscar Pistorius a tué Reeva Steenkamp.

Au cours de l'audience, qui doit se prolonger demain, les avocats de l'athlète handisport tenteront probablement de convaincre la Cour en disant qu'il ne représenterait aucun danger pour la communauté et ne tenterait pas de fuir s'il était remis en liberté en attendant son procès. L'accusé devrait aussi exposer sa version des faits devant le juge. Si la libération sous caution est refusée, Pistorius, actuellement détenu dans un commissariat de Pretoria, sera transféré en prison.

Q: Que risque Oscar Pistorius au terme de son procès?

R: Vendredi dernier, Oscar Pistorius a été inculpé pour meurtre. Une accusation que le Parquet devrait reformuler en meurtre avec préméditation. Le système judiciaire sud-africain ne prévoit pas de jury populaire. C'est un seul juge, assisté de deux conseillers, qui écoutera toute l'affaire et statuera sur la culpabilité ou l'innocence de l'accusé. S'il est reconnu coupable, Oscar Pistorius pourra interjeter appel. Il risque une condamnation à perpétuité. Il n'y a pas de peine de mort en Afrique du Sud.

Q: Quelle sera la ligne de défense?

R: Pistorius réfute les accusations de meurtre, et sa famille, qui s'est exprimée par l'entremise de son agence de relations publiques, maintient aussi la thèse de l'accident. L'athlète aurait dit à sa soeur qu'il avait pris sa compagne pour un cambrioleur. À l'arrivée de ses proches sur les lieux du drame, Reeva Steenkamp respirait toujours et Pistorius aurait tenté de la réanimer.

S'il est avéré qu'Oscar Pistorius était sous l'influence de stéroïdes au moment du drame, ses avocats pourraient aussi tenter d'utiliser cet argument pour demander que des circonstances atténuantes soient reconnues.

Outre deux avocats, ténors du barreau, la famille Pistorius a engagé le Britannique Stuart Higgins, ancien rédacteur en chef du tabloïd The Sun, pour renforcer ses relations publiques.

Q: Pourquoi décrit-on le procès comme un «combat de poids lourds» ?

R: Oscar Pistorius est représenté par un duo d'avocats qui figurent parmi les meilleurs du pays: Barry Roux et Kenny Oldwadge. Ce dernier a notamment obtenu l'acquittement du chauffeur qui, après avoir perdu la maîtrise de son véhicule, avait provoqué l'accident dans lequel est morte l'arrière-petite-fille de Nelson Mandela, à la veille de la Coupe du monde de football en 2010.

Du côté de l'accusation, le procureur, Gerrie Nel, est connu notamment pour avoir envoyé en prison pour corruption, en 2011, le chef de la police sud-africaine Jackie Selebi. L'arbitre du duel sera le juge Desmond Nair, magistrat expérimenté. Plusieurs années pourraient néanmoins s'écouler avant le début du procès.