L'athlète Oscar Pistorius, premier homme amputé des deux jambes à avoir participé aux Jeux olympiques, a été arrêté et inculpé de meurtre.

Mis à jour le 15 févr. 2013
Patricia Huon, collaboration spéciale LA PRESSE

Le sprinter de 26 ans est accusé d'avoir tué sa compagne, trouvée morte jeudi matin à son domicile, situé dans une banlieue aisée de la capitale sud-africaine Pretoria. Reeva Steenkamp, 30 ans, a été abattue à l'aube de quatre balles. Selon la police, l'arme utilisée appartiendrait à Oscar Pistorius et les deux jeunes gens étaient seuls à la maison au moment du drame. «Nous avons trouvé un pistolet 9 mm sur les lieux», a déclaré Denise Beukes, porte-parole de la police, ajoutant que l'athlète ne bénéficierait d'aucun traitement de faveur.

Jeudi, l'événement tragique a d'abord été présenté par la presse comme un accident: Oscar Pistorius aurait tiré sur sa compagne par erreur, pensant qu'un cambrioleur avait pénétré dans sa maison. L'année dernière, dans une interview donnée à un quotidien anglais, il avait déclaré qu'il conservait toujours une arme à proximité de son lit. La veille de sa mort, Reeva Steenkamp - en couple avec l'athlète depuis quelques mois, selon des proches - avait lancé sur le réseau Twitter: «Qu'est-ce que vous avez comme surprise pour votre amoureux demain?» Une phrase qui a entraîné des allégations sur un scénario de la Saint-Valentin qui aurait mal tourné. Mais l'hypothèse, dont s'est rapidement distanciée la police, semble aujourd'hui de moins en moins plausible.

Le couple aurait un passé houleux. La police a confirmé avoir déjà été appelée au domicile de Pistorius pour des «disputes familiales». Des voisins auraient par ailleurs affirmé avoir entendu des cris le soir du drame. «Il serait prématuré et irresponsable de ma part de me prononcer sur ce qui s'est passé», a simplement déclaré la porte-parole de la police.

Un héros national en Afrique du Sud

Déjà, certains épisodes du passé de l'athlète refont surface. En 2009, Pistorius a été accusé de coups et blessures sur une amie, qui a finalement retiré sa plainte. Son ex-compagne, Samantha Taylor, avait aussi eu des propos durs envers lui. «Oscar n'est franchement pas celui que les gens croient», avait-elle déclaré lors d'une interview à un magazine local en novembre dernier.

Photo Lucky Nxumalo, AFP

Reeva Steenkamp et Oscar Pistorius

Surnommé «Blade runner» (le coureur aux lames), en référence aux prothèses en fibre de carbone qu'il porte lorsqu'il court, Pistorius est un héros national en Afrique du Sud. Amputé des deux jambes à l'âge de 11 mois, faute d'être né avec des péronés, son destin extraordinaire avait le don de faire rêver le public. Vu comme un modèle de détermination et un exemple à suivre pour des millions de jeunes sportifs, il faisait la fierté de la Nation arc-en-ciel.

À Londres, l'an dernier, il a atteint les demi-finales du 400 m aux Jeux olympiques et il a remporté l'or au 400 mètres paralympique. Quatre ans auparavant, aux Jeux paralympiques de Pékin, l'athlète avait gagné trois médailles d'or, aux 100 m, 200 m et 400 m.

En 2008, la Fédération internationale d'athlétisme avait mis son véto à la participation du Sud-Africain aux compétitions, car elle estimait que ses lames en carbone lui conféraient un certain avantage. Par manque de preuves scientifiques, le Tribunal arbitral du sport avait annulé cette décision.

Vedette médiatique au sourire charmeur, Oscar Pistorius a signé plusieurs gros contrats publicitaires, entre autres pour une série de parfums du Français Thierry Mugler, ou pour la marque américaine Nike, pour un montant qui avoisinerait les 2 millions par année.

Les événements de jeudi ont provoqué de nombreuses réactions parmi les Sud-Africains. Pour les admirateurs, c'est l'incrédulité. Certains prennent la défense de l'athlète, avançant qu'il faut respecter la présomption d'innocence en attendant les résultats de l'enquête. D'autres s'enflamment contre lui, et parlent d'un nouveau cas de violence contre les femmes, un mal endémique dans le pays.

Oscar Pistorius comparaîtra vendredi matin devant le tribunal de Pretoria, après une nuit en détention préventive dans une cellule de la capitale. Jeudi, il a été longuement interrogé par la police et a dû se soumettre à un examen médical ainsi qu'à une prise de sang. Selon la police, le parquet s'apprête à refuser la libération sous caution de l'athlète.

Photo Bernard Brault, La Presse

Oscar Pistorius est entré dans l'histoire de l'athlétisme mondial aux Jeux olympiques de Londres en devenant le premier champion paralympique double amputé à s'aligner dans les épreuves pour valides.