Suisse, printemps 2012. Pour la première fois de sa carrière de plus de 20 ans en para-athlétisme, Chantal Petitclerc se retrouve sur la même piste que l'équipe canadienne sans s'apprêter à prendre le départ.

Mis à jour le 27 août 2012
Simon-Olivier Lorange LA PRESSE

Plus encore, elle ne porte même pas de vêtements aux couleurs de l'unifolié, arborant plutôt une combinaison de la formation britannique.

Depuis le début de l'année, la multimédaillée travaille en effet comme entraîneure et mentor pour le compte du pays hôte des Jeux olympiques et paralympiques. Et elle assure que le premier duel contre son ancienne troupe n'a pas du tout laissé place à un malaise.

«J'avoue que la première fois qu'un de nos athlètes a battu un autre du Canada, ça m'a fait drôle, dit-elle. Mais sinon, ça s'est bien passé, la glace est brisée. Maintenant, que le meilleur gagne!»

Selon celle qui a pris sa retraite après les Jeux de Pékin (ses cinquièmes), ce changement d'air était quasi nécessaire pour le bien-être de son après-carrière.

Membre du conseil d'administration du comité paralympique canadien jusqu'à la fin de l'année 2011, elle se questionnait sérieusement sur son avenir. Elle espérait être des Jeux de Londres, mais gardait pour elle ses ambitions.

Jusqu'à ce que survienne l'appel de la Fédération britannique d'athlétisme (UKA).

«Ç'aurait été particulier de me retrouver à superviser des athlètes avec qui je m'entraînais il y a à peine quatre ans, estime Chantal Petitclerc. Travailler avec un autre pays m'a donné une certaine distance, m'a fait rencontrer de nouvelles personnes. Je sentais que je pouvais apporter mon expertise et que ça me donnerait une idée de ma contribution au sport dans le futur.»

Tout nouveau, tout beau

Plusieurs éléments ont pesé dans la balance au moment de prendre sa décision. En plus de la perspective de rester connectée à la compétition et d'obtenir ses qualifications d'entraîneure de niveaux 1 et 2, Chantal Petitclerc a trouvé au sein de l'équipe britannique une structure qu'elle n'avait jamais même imaginée au Canada.

Évidemment, comme la Grande-Bretagne est hôtesse des Jeux, ses équipes olympiques et paralympiques se sont vu allouer des sommes élevées pour faire bonne figure en compétition. Mais au-delà des ressources financières, c'est toute une philosophie que Petitclerc a découverte.

«La culture européenne de l'athlétisme joue pour beaucoup, dit-elle. Les entraîneurs donnent des entrevues à la BBC, tous les championnats sont télédiffusés. C'est vraiment une autre mentalité.»

«Mais le modèle d'intégration des sports paralympiques est aussi très différent, poursuit-elle. Les fédérations de sport sont harmonisées, les entraîneurs olympiques travaillent avec des athlètes paralympiques. Tous les athlètes côtoient les mêmes coachs, le même personnel de soutien, sur la même piste. Les entraîneurs comparent leurs programmes de préparation entre eux: je n'avais jamais vu ça! Il y a un véritable partage de l'excellence, et ça envoie un message très positif. C'est génial.»

Souci du détail

Le rôle même de Chantal Petitclerc témoigne du souci du détail de l'équipe britannique.

Entraîneure spécifiquement attitrée aux compétitions (event coach), elle ne serait, en principe, pas tenue de suivre le cheminement complet des athlètes sous son aile en dehors des épreuves paralympiques.

«Quand je courais aux Jeux, je pouvais tomber sur un coach à qui j'avais parlé deux heures en quatre ans, raconte-t-elle. Sur l'équipe canadienne, jamais personne n'a pris le temps de demander quoi que ce soit à mon entraîneur habituel. Tous les coachs que j'ai eus étaient bons, mais pas nécessairement bons pour moi.»

C'est maintenant tout le contraire qui se produit. Présence aux entraînements, rencontres avec les athlètes, avec leurs entraîneurs, leurs thérapeutes, leurs psychologues sportifs: Chantal Petitclerc s'assure de tout savoir de ses protégés, afin de les accompagner de la meilleure manière possible à Londres.

«Je sais ce que les athlètes veulent, comment ils gèrent leur course, comment les encadrer, etc., énumère-t-elle. C'est là-dessus que j'ai misé quand j'ai accepté ce contrat.»

De retour bientôt?

Ceci dit, Chantal Petitclerc ne compte pas faire carrière outre-mer. Son contrat prend fin après les Jeux, et elle dit ouvertement qu'il n'est pas dans ses projets de déménager en Angleterre.

Elle espère donc faire profiter le programme canadien de ses apprentissages et être à la source de certains changements.

«Mon coeur est encore beaucoup ici, et je veux ramener mon expérience, confirme-t-elle. C'est sûr que les moyens financiers entrent en ligne de compte, mais je fais beaucoup de choses qui ne coûtent rien. Un courriel à un athlète après une mauvaise performance, une conversation par Skype, la révision d'un programme d'entraînement... C'est une question d'organisation et de leadership. On peut faire beaucoup de petites choses pour créer cette énergie.»

Il n'empêche que, pour l'heure, les yeux de Chantal Petitclerc ne sont rivés que sur «ses» athlètes, avec qui elle apprend son nouveau métier. À Londres, elle suivra de près cinq coureurs et coureuses, tous identifiés comme des espoirs de médailles britanniques. Ces derniers s'alignent dans une équipe jeune qui, avoue l'entraîneure, sera davantage à surveiller à Rio en 2016.

Reste à savoir si elle sera toujours de leur côté de la piste dans quatre ans. Ou si elle aura retrouvé ses premières amours.

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Une carrière bien remplie

> 5 Jeux paralympiques (Barcelone, Atlanta, Sydney, Athènes et Pékin)

> 21 médailles paralympiques, dont 14 d'or

> 1 médaille d'or olympique, au 800 m, en démonstration à Athènes